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R. Große: De l’utilité des regestes

discussions 9 (2014)

Rolf Große

De l’utilité des regestes

Résumé:

Les grandes entreprises telles les »Regesta Imperii« et le »Göttinger Papsturkundenwerk« montrent que les regestes ont bien une valeur propre. La mise en valeur de grands fonds de sources représente certainement leur principal avantage. En rassemblant tous les témoignages écrits qui se réfèrent à un événement, les regestes historiographiques permettent de confronter les différentes sources et d’évaluer leur crédibilité. En plus, ils donnent un aperçu de l’état actuel de la recherche. La structure géographique du »Göttinger Papsturkundenwerk« aide à établir des parallèles entre les régions bénéficiaires d’actes pontificaux. Les regestes donnent de plus des indications sur le fonctionnement des chancelleries et sur l’itinéraire des rois et papes. Ils peuvent éviter au chercheur d’examiner le texte entier des actes.

Resümee:

Die großen Projekte wie die »Regesta Imperii« und das »Göttinger Papsturkundenwerk« belegen, dass Regesten ihren eigenen Wert besitzen. Die Erschließung umfangreicher Quellenbestände ist ihr wichtigster Vorzug. Indem sie alle schriftlichen Zeugnisse für ein bestimmtes Ereignis zusammenstellen, gewähren historiographische Regesten die Möglichkeit, Quellen gegeneinander abzuwägen und auf ihre Glaubwürdigkeit hin zu prüfen. Zudem bieten sie einen Überblick über die Forschung. Die geographische Struktur des »Göttinger Papsturkundenwerks« erleichtert den Vergleich von Regionen, aus denen die Empfänger der Papsturkunden stammten. Regesten gewähren Aufschluss über den Arbeitsablauf innerhalb der Kanzleien wie auch über das Itinerar von Königen und Päpsten. Ein gutes Regest kann die Einsichtnahme des gesamten Urkundentextes ersetzen.

»Une propriété pour toujours«

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»Je suis alors ma route droite et fixe à travers les siècles et apprécie la vue à droite et à gauche sans écrire beaucoup à ce sujet«: c’est avec ces mots que Johann Friedrich Böhmer, le fondateur des »Regesta Imperii«, mort en 1863, décrit son activité 1 . Celle-ci ne semble pas très tentante car tout historien, même celui qui fait une édition de chartes ou qui rédige des regestes, ne voudrait pas seulement préparer des textes en regardant à droite et à gauche, mais voudrait aussi puiser aux sources et les exploiter par des études accompagnant son travail d’éditeur. L’idée de créer par la publication des sources »une propriété pour toujours«, un κτῆμα ἐς αἰεὶ, comme le dit Thucydide (I, 22, 4), peut ne pas être si séduisante: l’historien se veut aussi homme de lettres. Tout comme Leopold von Ranke, qui souligna l’alliance entre la science et l’art 2 , le médiéviste qui prépare une édition ou des regestes aimerait bien lui aussi œuvrer comme artiste. Même Paul Kehr, le fondateur de ce que l’on appelle le »Göttinger Papsturkundenwerk«, ne considérait pas ses éditions et regestes comme une fin en soi, mais comme la base d’autres études qu’il espérait pouvoir mener lui-même 3 . Raison suffisante alors pour se demander quelle est la valeur des regestes.

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Pour la plupart d’entre nous, les recueils de regestes, comme le »Jaffé« 4 , font partie de nos outils quotidiens. Nous en connaissons très bien les avantages et les limites tout en sachant qu’il n’est pas facile de rédiger un bon regeste. Par son travail, comparable à celui d’un anatomiste, le »cordonnier de regestes«, »der Regestenschuster«, pour utiliser une expression de Paul Kehr 5 , dissèque et analyse la charte. Ce qui est souvent plus difficile que l’édition d’un texte entier. Chaque mot compte, il faut trouver une traduction adéquate des termes techniques et l’on ne doit pas non plus perdre de vue la question du vrai ou du faux. Il faut casser chaque noix, aussi dure soit-elle. Car, contrairement à l’auteur d’une étude, celui d’un regeste n’a pas la possibilité de contourner aisément des problèmes ou des questions ouvertes 6 .

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N’attendez pas de ma contribution des idées novatrices 7 . Je vais surtout y aborder l’histoire des grands projets de regestes, en l’occurrence les »Regesta Imperii« et le »Göttinger Papsturkundenwerk«. Un aperçu de leur genèse et de leur structure donne des éclaircissements sur leur fonction, leur utilité et leurs limites. Le but d’un regeste, comme chacun sait, n’est pas de présenter le texte complet d’une charte. Il défriche plutôt celui-ci pour la recherche, en résumant les parties essentielles de son contenu, en en citant de manière normalisée les noms propres et la date, en fournissant des informations sur sa tradition manuscrite et ses éditions, tout en apportant des commentaires diplomatiques et historiques. Un bon regeste peut remplacer non seulement la lecture du texte de la charte, mais très souvent aussi la consultation d’une littérature scientifique dispersée.

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Lors du grand colloque sur les cartulaires organisé par l’École des chartes en 1991, Dietrich Lohrmann souligna dans son exposé que des traditions scientifiques différentes en Allemagne et en France ont fait que l’Allemagne est aujourd’hui un pays à »Urkundenbücher«, alors que la France est un pays à cartulaires édités 8 . Tandis que les diplomatistes français gardent à l’esprit la pratique de l’administration médiévale et font des éditions de cartulaires, la recherche allemande préfère le classement chronologique de tous les actes établis par ou pour une institution spécifique. Il y a même des »Urkundenbücher« qui concernent une région entière, tel le »Urkundenbuch für die Geschichte des Niederrheins« publié par Theodor Lacomblet 9 . Le même schéma, l’ordre chronologique, est suivi par les recueils de regestes, et eux aussi sont typiques de la tradition allemande de mise en valeur des sources médiévales.

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Cela ne signifie pas que d’autres pays ne disposent pas de regestes. À titre d’exemple, nous pouvons citer les œuvres d’Achille Luchaire sur Louis VI et Louis VII ou les quatre volumes des »Regesta regum Anglo-Normannorum« 10 . Mais les deux grands projets que sont les »Regesta Imperii« et le »Göttinger Papsturkundenwerk« ont été fondés en Allemagne. Sans parler des regestes pontificaux de Philipp Jaffé et d’August Potthast 11 , et des recueils de regestes pour l’histoire des villes allemandes, telles Aix-la-Chapelle, ou pour des régions entières, telles les archidiocèses de Cologne, Mayence et Trèves 12 . Ces ouvrages qui, dans le cas des archevêques de Cologne, couvrent en douze volumes les années de 313 à 1414, permettent de rendre accessible à la recherche une masse énorme de sources, tant historiographiques que diplomatiques, dont une édition serait trop exigeante. Voilà l’avantage le plus important du recueil de regestes. Les régions, les périodes et la quantité qu’il est capable de traiter sont plus importantes que celles à la mesure d’une édition 13 .

Johann Friedrich Böhmer et ses précurseurs

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Est-ce à dire que les recueils de regestes ne sont que des travaux préliminaires, notamment pour une édition ultérieure, ou possèdent-ils leur propre valeur? Tournons notre regard d’abord vers les précurseurs directs des recueils de regestes modernes, élaborés depuis le XIX e siècle 14 . Je parle de précurseurs »directs« puisque nous sont aussi parvenus des inventaires du Moyen Âge qui revêtent parfois le caractère de recueil de regestes. Je ne débuterai donc pas par le Moyen Âge, mais par le temps des humanistes, auxquels revient un rôle de premier ordre pour la recherche médiévale. Leur formation philologique leur permettait de dépouiller les sources de manière critique pour traiter de sujets historiques. Je me bornerai à mentionner Lorenzo Valla à qui nous devons d’avoir prouvé que la donation de Constantin est un faux 15 . Lorenzo Valla est devenu le père de la méthode philologique de critique des textes. Pourtant, les humanistes se sont surtout intéressés aux sources narratives. En revanche, l’étude des chartes les passionnait moins. Le grand changement n’eut lieu qu’au XVII e siècle avec les activités des Bollandistes et des Mauristes, aux travaux desquels les chartes servirent de base solide. L’intégralité du matériel historique était essentiel pour eux, leur permettant de développer, par le biais de comparaisons, la méthode du discrimen veri ac falsi . La volonté d’une connaissance la plus large possible de ce matériel devait mener à l’idée d’établir des listes comprenant des extraits de chartes. En effet, nous disposons du témoignage de Johann Nikolaus Hert, professeur de droit à l’université de Gießen, qui écrivait en 1699 à propos de Jean Mabillon: »(…) ut per literas nuper accepimus, nunc in eo quoque est, ut catalogum congerat Diplomatum omnium extantium 16 .« Apparemment, le fondateur de la diplomatique avait prévu d’établir un recueil de regestes qui pourtant ne fut jamais réalisé.

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Ce n’est que Peter Georgisch, archiviste et conseiller à la cour de Dresde, qui, avec les quatre volumes in-folio des »Regesta chronologico-diplomatica«, publia de 1740 à 1744 le premier recueil de regestes comprenant des extraits de chartes publiées, depuis la donation de Constantin jusqu’en 1730 17 . Même si la recherche ne s’est guère servie des regestes de Georgisch, c’est à lui qu’appartient le crédit d’avoir donné un nom à l’enfant. Car Johann Friedrich Böhmer, le fondateur des »Regesta Imperii«, crédita expressément Peter Georgisch du titre de son ouvrage 18 . À peu près trente ans seulement après Georgisch, en 1769, fut publiée en France une œuvre comparable, la »Table chronologique des diplômes, chartes, titres et actes imprimés concernant l’histoire de France« de Louis Georges de Bréquigny 19 .

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Bien que Georgisch ait publié les premiers regestes, le titre de leur »père« revient sans doute à Johann Friedrich Böhmer qui, aux débuts des »Monumenta Germaniae Historica«, était, aux côtés de Georg Heinrich Pertz, le collaborateur principal du baron vom Stein 20 . Tandis que Pertz se passionna surtout pour les sources narratives, Böhmer se consacra aux chartes et forma le dessein de reconstituer le »Registrum Imperii«, les registres impériaux 21 . Car il crut à la hypothèse fausse selon laquelle les rois francs et germaniques auraient, tout comme les papes, fait copier les diplômes établis par leur chancellerie dans un registre 22 . À titre de travail préliminaire à un tel »Registrum Imperii«, Böhmer s’attaqua à en rassembler le matériel diplomatique en rédigeant des regestes. Son zèle atteignit un tel degré que l’écrivain Clemens Brentano le représenta dans une de ses œuvres, le »Tagebuch der Ahnfrau«, comme »Urkundius Regestus« 23 . Böhmer commença son ouvrage en 1829 et publia deux ans plus tard le premier volume, couvrant la période de 911 à 1313. Celui-ci fut suivi de quatre autres, de sorte que la recherche put finalement disposer de regestes des premiers temps Carolingiens jusqu’au règne de l’empereur Louis de Bavière mort en 1347 24 .

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La décision prise lors de la préparation du volume sur les Carolingiens, à savoir de tenir compte non seulement des chartes mais aussi de l’historiographie, fut novatrice et décisive. Cela permit dans un premier temps de compléter l’itinéraire du roi. Mais au cours de son travail, Böhmer en vint à la conclusion que ses recueils de regestes n’étaient pas une étape préliminaire, en l’occurrence pour la reconstitution du »Registrum Imperii«, mais une œuvre ayant sa propre valeur. Pour cette raison, ses regestes devinrent de plus en plus détaillés. Les nouvelles éditions des regestes de Böhmer avec lesquelles nous travaillons aujourd’hui forment ainsi des manuels d’histoire franque et allemande. Prenons l’exemple du couronnement impérial de Charlemagne en 800 25 . Le récit qu’en donne Éginhard est un des textes médiévaux les plus connus et discutés 26 . Le regeste rédigé par Engelbert Mühlbacher dans la deuxième édition de Böhmer parue en 1908 compte plus d’une page et fait référence à un maximum de sources. Ce qui nous permet de les comparer et de nous faire une image de l’événement.

Paul Kehr

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À l’instar de Johann Friedrich Böhmer, Paul Kehr fut lui aussi guidé par l’intention de reconstituer des registres perdus, ceux de la Curie avant Innocent III. Je me passe de présenter le projet en détail 27 . Ce qui nous intéresse ici, c’est sa deuxième étape, les volumes intitulés »Pontificia«. Ces recueils de regestes, qui forment pour nous aujourd’hui la partie essentielle du »Göttinger Papsturkundenwerk«, n’étaient pas prévus à l’origine. Kehr ne prit le parti de les rédiger qu’au moment où il se rendit compte de son incapacité à maîtriser la masse de documents récemment découverts par ses soins, l’incitant à s’exclamer: »Papsturkunden ohne Ende« ‒ »Des actes pontificaux à l’infini« 28 . Ces recueils de regestes se distinguent de ceux de Böhmer surtout par leur structuration selon un principe géographique et par le fait qu’ils ne suivent pas l’ordre chronologique, c’est-à-dire la succession des pontificats romains. Ils s’intéressent ainsi aux relations entretenues par Rome avec une région en se focalisant sur le point de vue de cette dernière, ce qui les rend particulièrement adaptés à des études régionales qui, dans le cadre du »Göttinger Papsturkundenwerk«, ont eu et ont toujours leur place.

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Kehr ne modifia pas seulement les principes d’organisation de Böhmer. À l’instar de ce dernier, il prêta aussi attention à l’historiographie, mais alla encore plus loin en retenant de plus les lettres adressées au saint pontife. L’historiographie ne fait pas seulement état de contacts personnels avec le pape, par exemple lors du voyage d’un évêque à Rome, mais aussi les sources narratives donnent très souvent des pistes pour découvrir des actes aujourd’hui perdus. Eux aussi sont recensés par Kehr et ses adeptes comme deperdita sous forme de regestes. Même les actes pontificaux qui nous sont transmis signalent parfois des documents dont nous n’avons plus aucun autre témoignage. Ces derniers sont également enregistrés sous forme de regestes, tandis que dans une édition, ces deperdita sont souvent négligés. De cette façon, avec les volumes des »Pontificiae«, Kehr a su créer un vaste répertoire des relations avec la Curie, dont le contenu informatif dépasse celui d’une édition. Le »Göttinger Papsturkundenwerk« traite l’acte pontifical non comme un document isolé, mais le remet dans son contexte régional. Ce qui permet de distinguer les régions proches du pape de celles loin de lui. Tandis que Kehr qualifiait au début de son travail les regestes de »Notbehelf«, d’»expédient«, il souligna quelques années plus tard qu’il les »considérait plus importants et significatifs que l’édition critique des actes pontificaux« 29 .

Plus qu’une étape préparatoire

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Les exemples de Böhmer et Kehr montrent qu’à l’origine les regestes avaient la fonction d’une étape préparatoire. Leur but était de donner une vue d’ensemble du matériel à publier, ici les diplômes des rois et empereurs, là les actes pontificaux, et de les classer. Böhmer les rangea par ordre chronologique, Kehr par ordre géographique. Devant l’abondance des sources du Moyen Âge tardif dont on ne peut guère d’avoir une vue globale, les »Regesta Imperii« se sont eux aussi décidés à publier les regestes de Louis de Bavière et de Frédéric III par ordre géographique, classés par fonds d’archives et par bibliothèques 30 . Peu à peu, Böhmer et Kehr rompirent avec l’idée de faire un travail préliminaire de sorte qu’ils attribuèrent aux regestes une valeur qui leur était propre. Les »Regesta Imperii« revêtirent le caractère d’un manuel de l’histoire allemande au Moyen Âge, les volumes de Kehr celui d’un abrégé de la présence de la papauté dans les régions de la chrétienté. À la différence des diplômes royaux dont une grande partie a déjà été publiée par les »Monumenta« ou le sera encore, pour l’instant on ne peut pas s’attendre à une édition complète des actes pontificaux. Ce qui augmente encore la valeur des volumes des »Pontificiae«.

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Mais les regestes ont encore d’autres avantages. À propos de Johann Friedrich Böhmer, j’ai fait remarquer qu’il a aussi rédigé des regestes historiographiques pour compléter l’itinéraire des souverains. Aujourd’hui encore, les recueils de regestes servent la recherche sur ce dernier. Il nous livre des informations sur les liaisons routières au Moyen Âge et les vitesses de déplacement 31 . En raison du fait que les lettres pontificales avant le pontificat de Grégoire VIII ne mentionnent que le lieu de l’expédition et le quantième du mois selon le calendrier romain, mais ni l’indiction ni l’année de l’incarnation ou du pontificat, leur datation pose souvent problème 32 . Ce qui vaut surtout pour les nombreux actes d’Alexandre III dont le classement chronologique, fondé sur l’itinéraire, n’est possible qu’avec l’aide des regestes de Philipp Jaffé et les compléments donnés par Ludwig Falkenstein, un des collaborateurs les plus fidèles de la »Gallia Pontificia« 33 .

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L’intégration des deperdita permet aussi d’avoir un aperçu le plus complet possible de l’activité d’une chancellerie et facilite des études quantitatives. Celles-ci ont été engagées pour les derniers volumes des regestes pontificaux publiés dans le cadre des »Regesta Imperii«. Pour les pontificats d’Urbain III et de Grégoire VIII, elles ont relevé, avec 2,06 actes par jour, une augmentation importante de la production de la chancellerie par rapport au pontificat de Lucius III, durant lequel celle-ci atteignait seulement 1,54 actes 34 . Ce qui ne signifie pas seulement que Rome formait le centre du monde chrétien et que le primat juridictionnel de l’évêque de Rome triomphait de plus en plus mais aussi, vu la quantité énorme des actes établis, que la papauté disposait d’une administration très bien organisée.

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Afin de pouvoir remplir sa fonction d’épargner la consultation d’une édition ou du texte manuscrit, le regeste doit fournir un maximum d’informations. Ce qui inclut non seulement le contenu juridique de l’acte, mais aussi des renseignements sur le rituel observé lors de l’action. Il faut que le regeste serve de base de travail à des historiens de n’importe quel courant de la recherche 35 . Vu que cette dernière est en constante évolution et que chaque historien est influencé par ses propres intérêts, un regeste, une fois imprimé, atteindra à grand peine son objectif: celui d’avoir une valeur pour toujours. En revanche, un regeste publié non sous forme de livre, mais en ligne, offre l’avantage de pouvoir être complété au cours du temps. Imprimé ou publié en ligne, le regeste soumet son rédacteur à des exigences toujours croissantes. Ceux présentés par Kehr dans les premiers volumes de l’»Italia Pontificia«, ne sont plus que d’une valeur limitée aujourd’hui. Quand un jour paraîtra le volume sur »Regnum et Imperium«, nous pourrons être curieux des regestes relatifs à la paix de Venise conclue par Alexandre III et Barberousse en 1177. Nous disposons déjà des regestes pontificaux dans la »Germania Pontificia«, pour les archevêques de Mayence, Cologne et Trèves qui y étaient présents 36 . Mais le rituel extrêmement complexe suivi à Venise n’y est pas évident à comprendre.

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L’exploitation de grands ensembles de sources représente certainement le principal avantage des regestes. En rassemblant tous les témoignages écrits qui se réfèrent à un événement tel que le couronnement impérial de Charlemagne, les regestes historiographiques permettent de confronter les différentes sources et d’évaluer leur crédibilité. Ils donnent en outre un aperçu de l’état actuel de la recherche. La structure géographique du »Göttinger Papsturkundenwerk« aide à établir des parallèles entre les régions bénéficiaires d’actes pontificaux. Les regestes donnent de plus des indications sur le fonctionnement des chancelleries et sur l’itinéraire des rois et papes. Ce qui montre qu’ils sont bien plus qu’une étape préparatoire à une édition. Ils peuvent éviter au chercheur d’examiner le texte entier des actes. Pour y parvenir, l’auteur d’un recueil de regestes ne doit jamais oublier ses lecteurs. La pénurie croissante de compétences en langue latine convie à mieux apprécier le regeste que l’édition. Pourtant, dans les volumes du »Göttinger Papsturkundenwerk«, les regestes sont rédigés en latin. Ce qui soulève la question de savoir si le mot de Harald Zimmermann s’applique aussi à eux: »On ne lit pas un recueil de regestes avec plaisir, on l’utilise avec profit 37

1 Johannes Janssen, Joh. Friedrich Böhmer’s Leben, Briefe und kleinere Schriften, t. 1, Fribourg-en-Brisgau 1868, p. 156: »Nun führe ich meine geraden festen Straßen durch die Jahrhunderte und genieße dabei die Aussicht rechts und links, ohne gerade viel davon zu schreiben.« Cf. Alfred Hessel, Zur Geschichte der Regesten, in: Archiv für Urkundenforschung 10 (1928), p. 217‒225, ici p. 222; réimpr. in: Harald Zimmermann (dir.), Die Regesta Imperii im Fortschreiten und Fortschritt, Cologne, Weimar, Vienne 2000 (Forschungen zur Kaiser- und Papstgeschichte des Mittelalters, 20), p. 63‒71, ici p. 68.

2 Leopold von Ranke, Französische Geschichte vornehmlich im sechzehnten und siebzehnten Jahrhundert, t. 5, Leipzig 1870 (Sämmtliche Werke, 12), p. 5. Cf. Rudolf Vierhaus, Leopold von Ranke. Geschichtsschreibung zwischen Wissenschaft und Kunst, in: Historische Zeitschrift 244 (1987), p. 285‒298; Harald Zimmermann, Verschiedene Versuche, Vergangenheit vollständig zu vermitteln, in: id., Die Regesta Imperii (voir n. 1), p. 1‒17, ici p. 16‒17.

3 Cf. Rudolf Hiestand, Vorwort, in: Paul Kehr, Ausgewählte Schriften, t. 1, Göttingen 2005 (Abhandlungen der Akademie der Wissenschaften zu Göttingen, phil.-hist. Klasse, III/250), p. V‒XVIII, ici p. VI‒IX.

4 Voir ci-dessous, n. 11.

5 Cf. Hiestand, Vorwort (voir n. 3), p. V. Voir aussi Ludwig Schmugge, »Regestenschuster 2004«, in: Brigitte Merta, Andrea Sommerlechner, Herwig Weigl (dir.), Vom Nutzen des Edierens. Akten des internationalen Kongresses …, Vienne, Munich 2005 (Mitteilungen des Instituts für Österreichische Geschichtsforschung. Ergänzungsband, 47), p. 117‒129, ici p. 117.

6 Zimmermann, Verschiedene Versuche (voir n. 1), p. 16.

7 Sur les regestes, nous disposons de plusieurs articles de fond réunis dans: Zimmermann, Die Regesta Imperii (voir n. 1); voir aussi Johannes Bernwieser, Les »Regesta Imperii«. Un recueil de sources sur l’histoire du Moyen Âge européen, in: Francia 40 (2013), p. 189‒205.

8 Dietrich Lohrmann, Évolution et organisation interne des cartulaires rhénans du Moyen Âge, in: Olivier Guyotjeannin, Laurent Morelle, Michel Parisse (dir.), Les cartulaires. Actes de la table ronde …, Paris 1993 (Mémoires et documents de l’École des chartes, 39), p. 79‒90, ici p. 79‒80.

9 Urkundenbuch für die Geschichte des Niederrheins, éd. Theodor Joseph Lacomblet, t. 1‒4, Düsseldorf 1840‒1858.

10 Achille Luchaire, Louis VI le Gros. Annales de sa vie et de son règne (1081‒1137). Avec une introduction historique, Paris 1890; id., Études sur les actes de Louis VII, Paris 1885 (Histoire des institutions monarchiques de la France sous les premiers Capétiens. Mémoires et documents); Regesta regum Anglo-Normannorum 1066‒1154, éd. Henry William Carless Davis e.a., t. 1‒4, Oxford 1913‒1969. Voir aussi la bibliographie donnée par Raoul Charles Van Caenegem, Introduction aux sources de l’histoire médiévale, Turnhout 1997 (Corpus Christianorum. Continuatio Mediaeualis), p. 351‒354.

11 Regesta pontificum Romanorum ad a. p. Chr. natum MCXCVIII, éd. Philipp Jaffé. Ed. secundam curaverunt Samuel Loewenfeld, Ferdinand Kaltenbrunner, Paul Ewald, t. 1‒2, Leipzig 1885‒1888; Regesta pontificum Romanorum inde ab a. p. Chr. natum MCXCVIII ad a. MCCCIV, éd. August Potthast, t. 1‒2, Berlin 1874‒1875.

12 Regesten der Reichsstadt Aachen (einschließlich des Aachener Reiches und der Reichsabtei Burtscheid), éd. Wilhelm Mummenhoff e.a., t. 1‒7, Bonn 1937‒2012 (Publikationen der Gesellschaft für Rheinische Geschichtskunde, 47); Die Regesten der Erzbischöfe von Köln im Mittelalter, éd. Friedrich Wilhelm Oediger e.a., t. 1‒12, Bonn, Düsseldorf 1901‒2001 (Publikationen der Gesellschaft für Rheinische Geschichtskunde, 21); Regesta archiepiscoporum Maguntinensium. Regesten zur Geschichte der Mainzer Erzbischöfe von Bonifatius bis Uriel von Gemmingen, 742?‒1514, éd. Johann Friedrich Böhmer, Cornelius Will, t. 1‒2, Innsbruck 1877‒1886; Regesten der Erzbischöfe zu Trier von Hetti bis Johann II., 814‒1503, éd. Adam Goerz, t. 1‒2, Trèves 1859‒1861.

13 Cf. Johannes Mötsch, Vorteile und Grenzen der Regestentechnik, in: Zimmermann, Die Regesta Imperii (voir n. 1), p. 115‒127, ici p. 126‒127.

14 Pour les précurseurs, voir Hessel, Zur Geschichte (voir n. 1), p. 217‒220; réimpr. p. 63‒66; Zimmermann, Verschiedene Versuche (voir n. 1), p. 13‒15.

15 Lorenzo Valla, De falso credita et ementita Constantini donatione, éd. Wolfram Setz, Weimar 1976 (MGH. Quellen zur Geistesgeschichte des Mittelalters, 10). Sur le rôle des humanistes, voir Van Caenegem, Introduction (voir n. 10), p. 220‒226.

16 Johann Nikolaus Hert, Dissertatio de diplomatis Germaniae imperatorum et regum, Gießen 1699, p. 2.

17 Peter Georgisch, Regesta chronologico-diplomatica, in quibus recensentur omnis generis monumenta et documenta publica, … rerum praecipue Germanicarum praesidia, t. 1‒4, Francfort-sur-le-Main, Leipzig, Magdebourg 1740‒1744.

18 Regesta chronologico-diplomatica regum atque imperatorum Romanorum inde a Conrado I. usque ad Heinricum VII. Die Urkunden der Römischen Könige und Kaiser von Conrad I. bis Heinrich VII. 911‒1313, éd. Johann Friedrich Böhmer, Francfort-sur-le-Main 1831, p. XI; réimpr. in: Zimmermann, Die Regesta Imperii (voir n. 1), p. 19‒30, ici p. 27: »(…) welchem ich nach dem Vorgang des Georgisch den Titel Regesta chronologico-diplomatica vorgesetzt habe.«

19 Table chronologique des diplômes, chartes, titres et actes imprimés concernant l’histoire de France, éd. Louis Georges Oudart Feudrix de Bréquigny, Jean-Marie Pardessus, Édouard René Lefebvre de Laboulay, t. 1‒8, Paris 1769‒1876.

20 Harry Bresslau, Geschichte der Monumenta Germaniae historica, Hanovre 1921, p. 121‒124, 170‒173.

21 Sur Böhmer et ses regestes, voir Hessel, Zur Geschichte (voir n. 1), p. 220‒223; réimpr. p. 66‒70; Zimmermann, Verschiedene Versuche (voir n. 1), p. 3‒7. Cf. aussi Erwin Kleinstück, Johann Friedrich Böhmer, Francfort-sur-le-Main 1959, p. 225‒233.

22 Regesta chronologico-diplomatica, éd. Böhmer (voir n. 18), p. VIII‒X; réimpr. p. 24‒26.

23 Clemens Brentano, Werke, éd. Friedhelm Kemp, t. 3, Munich 1965, p. 836‒837.

24 Cf. Bernwieser, Les »Regesta Imperii« (voir n. 7), p. 194 adn. 36.

25 J. F. Böhmer, Regesta Imperii, t. 1: Die Regesten des Kaiserreichs unter den Karolingern 751‒918, éd. Engelbert Mühlbacher, Johann Lechner, 2 e éd., Innsbruck 1908, n o 370c, p. 165‒166.

26 Éginhard, Vie de Charlemagne, éd. Michel Sot, Christiane Veyrard-Cosme, Paris 2014 (Les Classiques de l’histoire au Moyen Âge, 53), chap. 28, p. 64‒67. Cf. Peter Classen, Karl der Große, das Papsttum und Byzanz. Die Begründung des karolingischen Kaisertums, Sigmaringen 1985 (Beiträge zur Geschichte und Quellenkunde des Mittelalters, 9), p. 62‒80.

27 Voir ses deux articles: Paul Kehr, Ueber den Plan einer kritischen Ausgabe der Papsturkunden bis Innocenz III., in: Nachrichten von der Königlichen Gesellschaft der Wissenschaften zu Göttingen (1896), p. 72‒86; réimpr. in: id., Ausgewählte Schriften, t. 1, Göttingen 2005 (Abhandlungen der Akademie der Wissenschaften zu Göttingen, phil.-hist. Klasse, III/250), p. 3‒17; id., Über die Sammlung und Herausgabe der älteren Papsturkunden bis Innocenz III. (1198), in: Sitzungsberichte der Preußischen Akademie der Wissenschaften, phil.-hist. Klasse (1934), n o 10, p. 71‒92; réimpr. in: id., Ausgewählte Schriften, t. 1, p. 40‒61. Pour une vue d’ensemble, voir aussi Rolf Große, »Des actes pontificaux à l’infini«: Saint-Denis et la Gallia Pontificia, in: Histoire et Archives 4 (1998), p. 179‒194, ici p. 180‒182; Rudolf Hiestand, 100 Jahre Papsturkundenwerk, in: id. (dir.), Hundert Jahre Papsturkundenforschung. Bilanz ‒ Methoden ‒ Perspektiven, Göttingen 2002 (Abhandlungen der Akademie der Wissenschaften zu Göttingen, phil.-hist. Klasse, III/261), p. 11‒44.

28 Paul Kehr, Nachträge zu den Papsturkunden Italiens I, in: Nachrichten von der Königlichen Gesellschaft der Wissenschaften zu Göttingen (1905), n o 3, p. 321‒380, ici p. 321; réimpr. in: id., Papsturkunden in Italien. Reiseberichte zur Italia Pontificia, t. 5, Cité du Vatican 1977 (Acta Romanorum Pontificum, 5), p. 1‒60, ici p. 1.

29 Paul Kehr, in: Göttingische gelehrte Anzeigen 168 (1906), p. 593‒610, ici p. 607; réimpr. in: id., Ausgewählte Schriften (voir n. 27), t. 1, p. 18–35 , ici p. 32; id., Nachträge zu den Papsturkunden Italiens IV., in: Nachrichten von der Königlichen Gesellschaft der Wissenschaften zu Göttingen (1910), n o 3, p. 229‒288, ici p. 230; réimpr. in: id., Papsturkunden in Italien (voir n. 28), t. 5, p. 227‒286, ici p. 228.

30 Cf. Bernwieser, Les »Regesta Imperii« (voir n. 7), p. 202‒203.

31 Zimmermann, Verschiedene Versuche (voir n. 1), p. 10‒11; cf. Herbert Zielinski, Reisegeschwindigkeit und Nachrichtenübermittlung als Problem der Regestenarbeit am Beispiel eines undatierten Kapitulars Lothars I. von 847 Frühjahr (846 Herbst?), in: Paul Joachim Heinig (dir.), Diplomatische und chronologische Studien aus der Arbeit an den Regesta Imperii, Cologne, Vienne 1991 (Forschungen zur Kaiser- und Papstgeschichte des Mittelalters, 8), p. 37‒49.

32 Cf. Ludwig Falkenstein, La papauté et les abbayes françaises aux XI e et XII e siècles. Exemption et protection apostolique, Paris 1997 (Bibliothèque de l’École des hautes études. Sciences historiques et philologiques, 336), p. 16‒17.

33 Pour la datation des lettres d’Alexandre III, voir Ludwig Falkenstein, Beispiele für Mischformen päpstlicher "Litterae" in der Kanzlei Alexanders III. Mit einer Liste bislang datierter Briefe und Mandate, in: Francia 41 (2014), p. 335 380, ici p. 364 380.

34 J. F. Böhmer, Regesta Imperii, t. 4: Lothar III. und ältere Staufer, 4: Papstregesten 1124‒1198, 4: 1181‒1198, 3: 1185‒1187: Urban III. und Gregor VII., éd. Ulrich Schmidt, Katrin Baaken, Cologne, Weimar, Vienne 2012, p. VIII.

35 Bernwieser, Les »Regesta Imperii« (voir n. 7), p. 195‒197. Voir aussi Hanns Leo Mikoletzky, Regesten und Regestentechnik, in: Zimmermann, Die Regesta Imperii (voir n. 1), p. 73‒86, ici p. 80‒81.

36 Germania Pontificia, t. 4: Provincia Maguntinensis, 4, éd. Hermann Jakobs, Göttingen 1978, n os *419‒*424, p. 176‒177; t. 7: Provincia Coloniensis, 1, éd. Theodor Schieffer, Göttingen 1986, n os *359‒*362, p. 117‒118; t. 10: Provincia Treverensis, 1, Göttingen 1992, n os *314‒316, p. 134‒135.

37 Zimmermann, Verschiedene Versuche (voir n. 1), p. 3: »Ein Regestenwerk liest man nicht mit Genuß, man benützt es mit Gewinn!«

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PSJ Metadata
Rolf Große
De l’utilité des regestes
fr
CC-BY-NC-ND 3.0
Frühes Mittelalter (600-1050), Hohes Mittelalter (1050-1350), Spätes Mittelalter (1350-1500)
Europa nördlich und westlich der Italienischen Halbinsel / Alte Welt
Historische Hilfswissenschaften
Mittelalter
4015701-5 4020531-9 4140893-7 4044562-8 4135952-5 4049007-5
Regeste; Regesta Imperii; Göttinger Papsturkundenwerk; Paul Fridolin Kehr; Johann Friedrich Böhmer Regest; Regesta Imperii; Göttinger Papsturkundenwerk; Paul Fridolin Kehr; Johann Friedrich Böhmer
500-1500
Europa (4015701-5), Geschichtsschreibung (4020531-9), Königsurkunde (4140893-7), Papsturkunde (4044562-8), Quelle (4135952-5), Regest (4049007-5)
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R. Große: De l’utilité des regestes
In: Pourquoi éditer des textes médiévaux au XXIe siècle? 8e rencontre de la Gallia Pontificia, organisée par l’École nationale des chartes, l’Institut historique allemand et les Monumenta Germaniae Historica, Paris, 17 mai 2013, éd. par Olivier Canteaut, Rolf Große (discussions, 9)
URL: https://prae.perspectivia.net/publikationen/discussions/9-2014/grosse_regestes
Veröffentlicht am: 02.09.2014 16:10
Zugriff vom: 20.10.2020 21:48
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