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H.I. Marrou, Carnets posthumes (Guy Lachenaud)

Francia-Recensio 2009/1 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

Henri Irénée Marrou, Carnets posthumes. Édités par Françoise Marrou-Flamant. Préface par le cardinal Jean-Marie Lustiger. Le travail de Dieu dans la vie d’un homme par MGR Claude Dagens. Présentation par Jacques Prévotat, Paris (Les Éditions du Cerf) 2006, XXII–523 p. (Intimité du christianisme), ISBN 2-204-07274-8, EUR 59,00.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Guy Lachenaud, Rueil-Malmaison

Ces carnets, au nombre de cinq, couvrent les années 1927–1977, soit de 23 ans jusqu’à l’année de la disparition de l’auteur. Ils sont précédés d’une préface du Cardinal Lustiger et de deux avant-propos écrits par mon ancien condisciple Claude Dagens, é vêque d’Angoulême et par Jacques Prévotat qui fut élève de Marrou et a accepté de rédiger les notes indispensables. Suivent deux notes rédigées par Françoise Marrou-Flamand et une chronologie. Ces textes liminaires nous permettent de bien comprendre pourquoi Marrou ressentait le besoin d’écrire ces pages: »Il ne s’agit donc pas d’une autobiographie ni d’un journal intime jamais à l’abri de la tentation narcissique, mais des traces et des repères qui jalonnent le chemin par lequel Dieu nous fait passer« (cardinal Lustiger). »Le travail de Dieu dans la vie d’un homme«, comme le dit fort bien Claude Dagens. L’excellente biographie composée par Pierre Riché, dont j’ai rendu compte dans un précédent numéro de «Francia« (31/1, 2004, p. 233–237) est ainsi prolongée par des notes qui, malgré leur caractère souvent elliptique et fugace, sont souvent reliées les unes aux autres et retracent un itinéraire intellectuel et spirituel. Marrou a détruit les sept premiers cahiers, mais, s’il est vrai qu’il écrivait pour lui-même, ses enfants se sont crus autorisés à publier ce qu’il avait conservé parce qu’il l’avait intitulé operis postumi. Peut-être jugeait-il que les pages de sa jeunesse étaient trop proches d’une écriture intimiste et détourneraient de l’essentiel.

Pour autant, le lecteur se plaît à retrouver Marrou tel qu’il était, marcheur et musicien, curieux de toutes choses, mais soucieux de ne pas se laisser duper, de ne pas céder trop facilement aux mouvements d’enthousiasme que pouvaient provoquer les rencontres et les lectures. Ses élèves, à coup sûr, ne seront pas étonnés de lire sous sa plume des boutades polémiques (par exemple: »L’Église n’est pas une coopérative de salut«), des sursauts d’indignation et des moments de doute sur lui-même, particulièrement émouvants, parce qu’ils témoignent d’une inlassable quête de la vérité.

»Aidez-moi Seigneur à me dégager par ascèse de la gangue inerte de mon cœur et que je puisse travailler avec vous, Christ, à réconcilier toutes choses avec le Père« (p. 63). Tout est dit! Il faut »sentir avec l’Église, mais aussi sentir avec le monde« (p. 65) et cette formule signale, parmi d’autres, l’influence de la pensée de Teilhard de Chardin. Jacques Prévotat a eu raison de souligner l’importance de la référence à un passage célèbre de l’»Éthique à Nicomaque« où Aristote explique que toute activité trouve son accomplissement quand il s’y ajoute quelque chose »par surcroît« ( epigignomenon ), comme la beauté chez les jeunes. Le travail intellectuel, l’art, les engagements dans la vie sociale n’ont vraiment de sens que si nous avons conscience de notre imperfection, de notre inachèvement et de celui du monde (voir p. 57 et 70), mais aussi de tout ce qui en nous-même nous transcende (p. 109) et qui nous est donné. Ici, nous retrouvons la grande leçon de l’augustinisme.

Aux lecteurs qui regretteraient que Marrou ne soit pas plus explicite à propos de ces engagements dans la Cité des hommes, il suffit de répondre qu’il nous invite à ne pas la confondre avec la Cité de Dieu. Quand il dit »dark ages« (un véritable leitmotiv) parce que la barbarie se fait menaçante et s’installe, nous devons comprendre que son parcours scientifique d’Augustin à sa »Théologie de l’histoire« n’est pas seulement celui d’un spécialiste, mais d’un citoyen du monde animé d’une folle espérance: il se peut que les voix prophétiques soient mieux perçues quand le ciel s’assombrit. Le relativisme, inséparable de toute démarche érudite, menace la conscience historique parce qu’il conteste la continuité de la culture et refuse toute analogie entre les hommes d’autrefois et nos contemporains. Les livres, les musiques … ne valent que »vues dans l’âme vivante, contribuant à un certain moment de son ascension« (p. 200). Sinon, ce n’est qu’une forme d’idolâtrie, ou pire encore (voir p. 439: »Tu veux être justifié au jour du Jugement par l’énoncé de ta bibliographie«).

La patience du lecteur est bien récompensée: nous assistons à la maturation d’une réflexion qui prend de l’ampleur. Laissons à Marrou le dernier mot: »La journée du Romain, même çà je ne le connais pas. Vanité? Ah que non. C’est que je ne connais qu’une chose ma vie devant être vécue, du passé mort je ne rétrospecte que ce qui s’intègre immédiatement à mon existentiel«.

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PSJ Metadata
Guy Lachenaud
H.I. Marrou, Carnets posthumes (Guy Lachenaud)
CC-BY-NC-ND 3.0
Neuere Zeitgeschichte (1945-heute), Zeitgeschichte (1918-1945)
Frankreich und Monaco
Ideen- und Geistesgeschichte
121172503
1927-1977
Marrou, Henri Irénée (121172503)
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H.I. Marrou, Carnets posthumes (Guy Lachenaud)
In: Francia-Recensio 2009/1 | Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)
URL: https://prae.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2009-1/MA/Marrou_Lachenaud
Veröffentlicht am: 08.04.2009 18:35
Zugriff vom: 22.09.2020 18:34
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