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E. Labouvie (Hg.), Adel in Sachsen-Anhalt (Michel Espagne)

Francia-Recensio 2009/2 Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500–1815)

Eva Labouvie (Hg.), Adel in Sachsen-Anhalt. Höfische Kultur zwischen Repräsentation, Unternehmertum und Familie, Köln, Weimar, Wien (Böhlau) 2007, ISBN 978-3-412-12906-4, EUR 44,90.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Michel Espagne, Paris

L’étude de la noblesse reste un domaine relativement peu fréquenté par l’historiographie, alors qu’il s’agit d’un champ nouveau pour ce qui concerne le territoire de l’ancienne RDA. L’histoire de la noblesse offre en outre la possibilité de faire converger sur un même objet diverses approches disciplinaires, telles que l’histoire militaire, la germanistique, l’histoire médicale, économique, juridique, l’histoire des genres. C’est ce dernier aspect que souligne particulièrement l’ouvrage dirigé par Eva Labouvie qui ouvre des perspectives de micro-histoire originales sur la vie de la noblesse dans un territoire, Sachsen-Anhalt que l’on peut considérer pour le XVII e et XVIII e siècle comme paradigmatique. En effet il ne s’agit pas d’une noblesse aspirant à une quelconque hégémonie politique sur l’espace germanophone, mais d’une noblesse qui a pu compter dans ses rangs des représentants des Lumières. Des trois grandes parties de l’ouvrage, la première donne le ton en étudiant successivement l’horizon quotidien bornant la vue des femmes puis des hommes. La seconde s’attache à l’importante catégorie de la représentation, et l’ouvrage se termine par une dernière partie, consacrée à l’économie. Ce passage du vécu quotidien à l’économie en passant par la représentation constitue déjà une profession de foi historiographique.

Les femmes de l’aristocratie sont envisagées comme des épouses qui sont généralement choisies selon des principes d’endogamie. Lorsqu’un prince comme Carl Friedrich von Anhalt-Bernburg passe outre et commet une mésalliance, il est particulièrement intéressant de suivre dans le détail des relations familiales et de tout un milieu les problèmes induits par cette remise en cause d’un tabou social (Carolin Doller). Un autre modèle de relations problématiques, à partir desquelles se lit le rôle de la femme dans la noblesse, est celui de la veuve d’un prince à ses enfants. Si le rôle d’éducatrice sert de prétexte à son maintien au pouvoir, les conflits avec les fils devenus adultes imposent une limite aux ambitions des veuves (Katrin Rawert). Une conséquence des mariages de convenance et des unions arrangées qui caractérisaient la noblesse au XVIII e siècle est la situation singulière des épouses nobles qui devaient cohabiter avec des maîtresses de leur mari. Le cas de Louise von Anhalt-Dessau, étudié à partir de son journal, montre comment une aristocrate se composait à partir de souvenirs de voyages, d’impressions esthétiques, une sorte de monde parallèle (Johanna Geyer-Kordesch). Car lorsqu’une séparation est envisagée, comme dans le cas du couple ducal d’Alexius Friedrich Christian et Marie Friederike zu Anhalt-Bernburg, l’initiative de la séparation revient à l’homme qui, après des négociations auxquelles l’épouse ne prend pas part, renvoie celle-ci à la cour de son père. L’échec d’un mariage est un échec avant tout politique (Katrin Iffert).

La vie de l’aristocrate homme est très différente. Sa formation commence par le Grand Tour, qui le met en contact avec les métropoles européennes sous la surveillance permanente de son précepteur. En dépit des sommes considérables investies dans ces voyages, le jeune aristocrate n’en devait pas moins subir les difficultés de tout déplacement (chemins difficiles, auberges peu accueillantes), abondamment décrites dans les journaux de voyage. De longues stations en un même lieu permettaient parfois au jeune homme d’obtenir une formation plus précise, mais dans tous les cas le voyage aboutissait à une circulation des modes et des connaissances (Steffen Schulz). Dans le code des valeurs d’un jeune noble, la question de l’honneur est centrale. L’officier d’un régiment de Sachsen-Anhalt n’en approuve pas pour autant la mode des duels qui sévit en France, ni les prises de risque irréfléchies, mais en affrontant la mort, l’officier défend son propre statut. Plus que les principes, il est utile de comprendre comment la référence à l’honneur guide les conduites dans des contextes précis (Jutta Nowosadtko et Sascha Möbius).

Être noble, c’est adopter un certain nombre de représentations de soi-même et de sa lignée. La noblesse est une question de mémoire des ancêtres, et celle-ci se fixe notamment dans les lieux du souvenir des morts, les cryptes, les tombeaux. Une véritable concurrence des mémoires oppose parfois les familles aristocratiques entre elles. Des exemples comme celui d’une inhumation à Weißenfels, d’une crypte du château de Zerbst, ou de tombeaux de l’église de Dessau permettent de cerner pour l’espace de Sachsen-Anhalt, l’auto-perception de l’aristocratie à partir du culte des morts (Angela Damisch). Pour les vivants et la suite des générations une cérémonie favorise particulièrement la représentation, celle du baptême, et plus largement la fête liée à la naissance. Même si la forte mortalité oblige à considérer les enfants comme des prêts révocables consentis par Dieu, la naissance n’en reste pas moins un événement capital, la femme en couche faisant l’objet d’attentions particulières de la part d’un personnel nombreux mais aussi du père. Dans la famille noble le baptême, dûment célébré, est décalé de quelques semaines par rapport à la naissance. La sémiotique des rituels de célébration met en évidence la dimension politique de la naissance (Eva Labouvie). Le besoin de représentation trouve aussi à se satisfaire, indépendamment des grandes dates rythmant l’existence, dans des ballets de cours auxquels participent les membres même de la famille noble et dont on peut étudier le déroulement précis à partir de l’exemple de Weißenfels (Bernhard Jahn).

Même si elle l’oublie parfois, la culture de cour n’en repose pas moins sur des bases économiques. Il est par exemple révélateur d’étudier la place occupée par les activités minières dans le comté de Wernigerode, où la noblesse n’hésite pas à se consacrer au développement de l’industrie (Jörg Brückner). Durant la première moitié du XIX e siècle le comte Heinrich zu Stolberg-Wernigerode fournit un exemple particulièrement parlant d’aristocrate investi dans le développement industriel de son territoire, dans le choix des spécialistes qui pourront y contribuer (Uwe Lagatz). L’importance des activités industrielles est d’ailleurs telle au XIX e siècle qu’elle en vient à créer une nouvelle aristocratie comme le montre l’exemple de la famille Nathusius, passant en une génération de la bourgeoisie à la noblesse et modifiant ses comportements en conséquence (Ramona Myrrhe).

Contribution à l’histoire des genres, à l’histoire de la représentation sociale, à l’histoire de l’aristocratie dans le cadre d’un territoire, Sachsen Anhalt, encore mal exploré de ce point de vue, le livre édité par Eva Labouvie, fondé sur des recherches de première main, est un ouvrage qui révèle une fois encore la fécondité de l’approche micro-historique des phénomènes sociaux.

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PSJ Metadata
Michel Espagne
E. Labouvie (Hg.), Adel in Sachsen-Anhalt (Michel Espagne)
CC-BY-NC-ND 3.0
Frühe Neuzeit (1500-1789), Neuzeit / Neuere Geschichte (1789-1918)
Deutschland / Mitteleuropa allgemein
Kultur- und Mentalitätsgeschichte, Sozial- und Kulturgeschichte
Neuzeit bis 1900
4051181-9 4000464-8 4122200-3
1600-1900
Sachsen-Anhalt (4051181-9), Adel (4000464-8), Höfische Kultur (4122200-3)
PDF document Labouvie_Espagne.doc.pdf — PDF document, 97 KB
E. Labouvie (Hg.), Adel in Sachsen-Anhalt (Michel Espagne)
In: Francia-Recensio 2009/2 | Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500–1815)
URL: https://prae.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2009-2/FN/Labouvie_Espagne
Veröffentlicht am: 11.09.2009 10:35
Zugriff vom: 05.07.2020 16:57
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