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    J. Schweitzer, Schiffer und Schiffsmann in den Rôles d’Oléron und im Llibre del Consolat de Mar (Gisela Naegle)

    Francia-Recensio 2009/2 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

    Julia Schweitzer, Schiffer und Schiffsmann in den Rôles d’Oléron und im Llibre del Consolat de Mar. Ein Vergleich zweier mittelalterlicher Seerechtrechtsquellen, Frankfurt am Main, Berlin, Bern (Peter Lang), 2007, XXIX–200 S. (Rechtshistorische Reihe, 331), ISBN 978-3-631-55251-3, EUR 38, 70.

    rezensiert von/compte rendu rédigé par

    Gisela Naegle, Gießen/Paris

    Les Rôles d’Oléron et le Llíbre del Consolat de Mar comptent parmi les sources les plus célèbres du droit maritime médiéval. Néanmoins, au cours des dernières décennies, les études consacrées aux Rôles d’Oléron sont peu nombreuses. Il s’agit d’un texte très répandu, on en connaît plus de 30 versions différentes. De la Scandinavie à la Méditerranée, sa substance se retrouve dans une large sphère géographique. Les circonstances exactes de la première rédaction des Rôles d’Oléron sont inconnues. Julia Schweitzer adopte la théorie selon laquelle l’année 1286 constituerait un terminus ad quem (p. 23). Les différentes versions ont fait l’objet de nombreuses éditions, dont celles de Jean-Marie Pardessus ( Collection de lois maritimes , t. 1, Paris 1828, avec des variantes tardives) et de Heinrich Ludwig Zeller (1906–1915, »diplomatischer Abdruck« de plusieurs manuscrits). En général, J. Schweitzer cite le texte édité par Karl-Friedrich Krieger ( Ursprung und Wurzeln der Rôles d’Oléron , Cologne 1970) et le Ms. Liber Horn de Londres du début du XIV e siècle. Pour le Llíbre del Consolat de Mar, l’auteur se réfère à la version datée de 1385 (Germá Colon et Arcadi Garcia éd., Llíbre del Consolat de Mar , 4 vol., 1981–1984, rep. Barcelone 2001). Comportant 334 articles, ce texte est beaucoup plus long et détaillé que les Rôles d’Oléron . Bénéficiant de la collaboration de spécialistes de philologie romane, l’édition de Barcelone fournit un glossaire et des informations philologiques très utiles.

    Le but principal de l’étude de Julia Schweitzer est de vérifier l’hypothèse d’une influence des Rôles d’Oléron sur le Llíbre del Consolat de Mar . Cet examen ne porte pas sur l’intégralité des deux textes, il concerne uniquement les relations entre le Schiffer ( Rôles d’Oléron: mestre de la nef ; Llíbre del Consolat de Mar: senyor de la nau ) et les membres de l’équipage (p. 33). La comparaison se réfère donc aux contrats de travail, leur conclusion et résiliation, les formes de l’embauche et du licenciement de l’équipage, la rémunération, les droits et devoirs réciproques des parties, les fautes professionnelles et leur sanction, les conséquences des maladies, de la mort, etc. D’autres dispositions règlent la discipline interne dans le navire, la responsabilité pénale du pilote, le transport maritime, les formes de l’affrètement, les avaries, le jet à la mer, la responsabilité du maître du navire et celle des marchands. J. Schweitzer est juriste, le plan de l’ouvrage reprend des catégories provenant du droit maritime et du droit du travail. Dans chaque chapitre, l’auteur présente d’abord les dispositions des Rôles d’Oléron , ensuite celles du Llíbre del Consolat de Mar . À la fin, les résultats sont résumés.

    Pour trancher la question de l’influence des Rôles d’Oléron sur le Llíbre del Consolat de Mar , l’étude s’appuie principalement sur la version la plus ancienne et la plus courte des Rôles qui compte 24 articles. Décrivant les différents »noyaux« ( nuclis ) de leur texte ( Els nuclis antics , éd. Colon, III /1, p. 179–180), les éditeurs du Llíbre del Consolat de Mar mettent l’accent sur l’existence de plusieurs versions. D’après leurs recherches, la réponse à la question d’une influence directe ou indirecte des Rôles d’Oléron peut varier en fonction du »noyau« respectif. S’appuyant sur les nombreux gasconnismes de l’adaptation castillane des Rôles d’Oléron , connue sous le titre de »Fuero de Layron o Leyes de Layron« (1436), ils suggèrent une piste très intéressante: »Precisament en el text d’un d’aquests manuscrits castellans, el dret dels Rooles d’Oleron fou aplicat a Sevilla, ciutat que es troba en el veïnatge geogràfic i comercial més pròxim del triangle Barcelona-València-Mallorca, que fou l’escenari del procés de formació del LCM [ Llíbre del Consolat de Mar ]« (Colon, III /1, p. 272–273). J. Schweitzer ne prend pas en compte ces suggestions très importantes. À la fin de son livre, sans explications claires sur leurs liens réciproques, des passages sur le Consolat de Mar de Barcelone et celui de la ville de Valence sont mélangés (p. 172–173). Le texte allemand de l’étude comporte de très nombreuses fautes de grammaire et d’expression. Les citations du texte des sources et les traductions allemandes de la terminologie médiévale sont parfois inexactes (p. ex. dans la critique des interprétations de Pardessus, l’expression »lor bailler« est mal traduite, il manque la partie décisive »lors coust « (Pardessus, p. 324; Schweitzer, p. 134, etc.). En outre, il y a des répétitions (p. ex. p. 46–47, 62–63, n. 337), des erreurs, etc. Contrairement à l’historiographie française et Karl-Friedrich Krieger, l’auteur ne mentionne pas l’évolution des brefs de Bretagne . Sur le plan du droit et de la langue, l’Île d’Oléron se situe dans une région de transition entre les influences de la langue d’oïl et du pays de coutumes au Nord et celle de la langue d’oc et du droit écrit au Sud. Il s’agit d’un aspect qui aurait mérité des réflexions. À juste titre, les relations potentielles des Rôles d’Oléron avec les coutumes régionales, dont celles de Bordeaux, ont fait l’objet d’un article récent de Gérard D. Guyon ( Les coutumes pénales des Rôles d’Oléron : un droit pénal maritime original ?, 2003).

    L’une des hypothèses de départ de l’étude de J. Schweitzer concerne le rôle du facteur de la Genossenschaft . Longtemps très présente dans la tradition historiographique allemande, cette notion n’a pas d’équivalent direct en français. Sa signification est proche des idées exprimées par les mots de »compagnon« ( Rôles d’Oléron : »compaignouns de la neef«) ou de »camarade«. Il s’agit d’un concept historiographique qui désigne des relations d’un type égalitaire, corporatif et ›fraternel‹. L’auteur constate la présence marquante de cet élément dans les Rôles d’Oléron et sa disparition progressive au fil du temps (p. 178, 198). Un examen plus approfondi de la terminologie des sources aurait encore pu fournir des résultats complémentaires. En exemple, on peut citer le premier chapitre du Llíbre del Consolat de Mar qui parle explicitement de »prohòmens navegants, patrons e mariners«, de »prohòmens de la art de la mar« (Schweitzer, p. 172; éd. Colon, p. 395) ou de »bons hòmens de la art de la mar« (Colon, p. 395). D’après le Llíbre , ils participent à la résolution de conflits judiciaires. L’article »prou« du »Diccionari etimològic i complementari de la Llengua catalana« de Joan Coromines (t. 6, Barcelone 1986, p. 835) mentionne la participation de ce type de personnes à la décision de litiges en milieu rural. D’autres langues romanes médiévales connaissent une terminologie semblable (lat. boni homines , probi homines ; occitan prozom(e) , it. produomo , castill. prohombre etc.). Sous l’angle d’une approche comparatiste, l’analyse de cette terminologie est du plus haut intérêt. Dans le droit français actuel, le »conseil de prud’hommes« reçoit une part très importante du contentieux du travail en première instance. Composé de juges élus, le conseil de prud’hommes représente salariés et employeurs de façon paritaire. Sa compétence porte sur les litiges individuels nés à l’occasion d’un contrat de travail de droit privé ou d’un contrat d’apprentissage. Il y a donc encore des pistes de recherche à découvrir.

    À la fin de son étude, l’auteur constate que l’hypothèse d’une influence des Rôles d’Oléron sur le Llíbre del Consolat de Mar ne peut être confirmée d’une façon définitive. Il s’agit en effet d’une question très difficile voire insoluble. Néanmoins, l’idée d’une comparaison de ces deux textes importants du droit maritime médiéval est très intéressante. Cependant, vu la complexité des problèmes posés par la terminologie des langues romanes médiévales, une investigation poussée de cette piste de recherche exigerait des connaissances juridiques et philologiques fort spécialisées en la matière. Finalement, en dépit des remarques critiques relatives à son contenu et à sa forme, l’étude de J. Schweitzer contribue à relancer le débat sur un sujet très difficile et prometteur.

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    PSJ Metadata
    Gisela Naegle
    J. Schweitzer, Schiffer und Schiffsmann in den Rôles d’Oléron und im Llibre del Consolat de Mar (Gisela Naegle)
    CC-BY-NC-ND 3.0
    Hohes Mittelalter (1050-1350)
    Europa
    Rechtsgeschichte
    Mittelalter
    7618115-7 4224186-8 4202270-8 4052413-9 4054130-7 4054176-9
    Llibre del Consolat de Mar (7618115-7), Rôles d'Oléron (4224186-8), Schiffer (4202270-8), Schiffsbesatzung (4052413-9), Seehandelsrecht (4054130-7), Seerecht (4054176-9)
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    J. Schweitzer, Schiffer und Schiffsmann in den Rôles d’Oléron und im Llibre del Consolat de Mar (Gisela Naegle)
    In: Francia-Recensio 2009/2 | Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)
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    Veröffentlicht am: 11.09.2009 10:10
    Zugriff vom: 24.02.2020 16:19
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