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Jürgen von Stackelberg, Voltaire (Gérard Laudin)

Francia-Recensio 2009/3 Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500–1815)

Jürgen von Stackelberg, Voltaire, München (C. H. Beck) 2006, 128 S., ISBN 3-406-53602-6, EUR 14,60.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Gérard Laudin, Paris

Éminent romaniste de Göttingen, l’auteur de cette brève synthèse, parue dans la collection »Beck Wissen« qui est un équivalent de nos »Que sais-je?«, a donné jadis un excellent »Diderot«dans un format comparable. Dans le présent ouvrage, il sélectionne dans la vie et l’œuvre de Voltaire des éléments pertinents, mêle sans cesse des faits très connus à d’autres qui le sont moins, dans un souci constant de contextualisation et de soulignement d’aspects significatifs de la civilisation des Lumières. Quelques exemples: il n’évoque pas seulement les Anglais que Voltaire rencontre à Londres, mais aussi ceux qui séjournent en France dans les décennies suivant la Glorieuse Révolution; à propos du »Traité de la tolérance«, il ne mentionne pas seulement Calas, Sirven et de la Barre, mais également le paysan Martin, Montbailli et le général Lally-Tollendal, et consacre quelques lignes au contexte (l’Ordonnance criminelle de 1670, Locke, Beccaria). Il présente ainsi à un large public allemand les acquis récents de la recherche tout en rendant intéressant et utile à des lecteurs les plus divers son petit livre qui peut rendre les mêmes services qu’en son temps le »Voltaire«de R. Pomeau dans les »Écrivains de toujours«(1955).

Sans être un »Voltaire en Allemagne«, le présent ouvrage mentionne bon nombre de détails relatifs à la réception allemande de Voltaire. Il évoque ainsi par exemple l’intérêt manifesté par Albrecht von Haller envers le théâtre de Voltaire dont il sinin" par "ailleurs les idées dans de nombreux comptes rendus, ou rappelle que le duc de Weimar invita Goethe à faire une adaptation de »Mahomet«, montée à Weimar en 1800. À propos de la réception de Shakespeare, dont Voltaire reconnaît le génie tout en le combattant, surtout durant la seconde moitié de sa vie, au nom d’un idéal classique qu’il partage avec d’Alembert et dont il se voit lui-même comme le continuateur, l’auteur souligne que Voltaire est certes dans ses jugements très proche des classiques anglais (Dryden, Cibber et Pope), mais aussi que sa réflexion sur l’esthétique shakespearienne le sensibilise à la relativité historique et culturelle du goût (laquelle n’exclut toutefois nullement l’existence d’un »bon goût«universel), une perspective qui sera prolongée et radicalisée dans l’Allemagne des années 1770 par Goethe et les Stürmer und Dränger qui ne cesseront de dénoncer la tyrannie des faiseurs de règles. Voltaire expose ces idées dans l’»Essai sur la poésie épique«(première rédaction en anglais en 1725), auquel l’auteur consacre un chapitre entier en écho aux travaux de D. Acke qui y voit »la première étude de littérature comparée«.

L’auteur retient une présentation en douze chapitres lui permettant de faire ressortir des orientations actuelles de la recherche (Voltaire et le théâtre; Voltaire historien; le »Dictionnaire philosophique«) tandis que d’autres, plus attendus mais nécessaires (les quelque 20 000 lettres de la correspondance; Voltaire et Frédéric II; les romans philosophiques; l’affaire Calas et la question de la tolérance), exposent clairement des enjeux en s’appuyant sur les meilleures sources récentes. Il privilégie des textes qui eurent un grand écho du temps de Voltaire. Tel est le cas de la Henriade, qui plut aux tenants de l’esthétique classique et aux esprits éclairés épris de tolérance et dont le succès se traduisit par seize éditions au XVIIIesiècle.

Un chapitre entier est consacré à l’historien, principalement au »Siècle de Louis XIV«, dans lequel l’auteur relève, derrière une tournure générale encomiastique, des perspectives qui l’apparentent aux miroirs des princes, Voltaire usant des procédés habituels de ce genre: il noircit le conseiller pour blanchir le roi (Colbert dans l’affaire Fouquet), et le rappel que Mazarin et Colbert laissèrent les huguenots relativement en paix peut être lu comme la condamnation en creux de la politique répressive de Louis XIV. L’auteur souligne que cet ouvrage s’inscrit dans une tradition historiographique féodale et aristocratique, et qu’il constitue en cela un projet historiographique qui n’est comparable qu’en ses marges à l’»Essai sur les Mœurs«.

Le théâtre, longtemps négligé par la recherche, est abordé à travers »Œdipe«,»Zaïre«et »Mahomet«ainsi que les »Commentaires sur Corneille«, mais aussi les comédies, qui se prêtent certes moins que ses tragédies à l’expression de perspectives des Lumières mais ne méritent pas, aux yeux de l’auteur, le discrédit dans lequel elles sont tombées, en particulier »L’Écossaise« qu’il juge fort réussie et à laquelle il consacre des passages intéressants (p. 54), de même qu’il s’emploie aussi à réhabiliter »La Pucelle«(p. 77). Le choix de textes représentatifs ou originaux est également le procédé retenu pour le »Dictionnaire philosophique«, représenté par quelques extraits d’articles (»Foi«,»Anthropophage«et »Prophètes«), et les romans et contes philosophiques, abordés par cinq textes qui en illustrent la variété thématique: »Micromégas», »Zadig«(l’auteur rappelle ici que d’Aguesseau tenta vainement en 1738 d’interdire les romans), »Candide«,»L’ingénu«(lu comme roman »anti-Rousseau«) et »Le taureau blanc«,»à tort oublié«.

Au total: un petit ouvrage utile, une bonne synthèse de la recherche voltairiste, qui sait malgré sa brièveté éviter les simplifications (nous en avons relevé une toutefois, relative à la pensée politique de Voltaire, p. 31) et combiner la présentation de quelques grands textes avec quelques réhabilitations.

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PSJ Metadata
Gérard Laudin
Jürgen von Stackelberg, Voltaire (Gérard Laudin)
CC-BY-NC-ND 3.0
Frühe Neuzeit (1500-1789)
Frankreich und Monaco
Ideen- und Geistesgeschichte
18. Jh.
118627813
Voltaire (118627813)
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Jürgen von Stackelberg, Voltaire (Gérard Laudin)
In: Francia-Recensio 2009/3 | Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500–1815)
URL: https://prae.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2009-3/FN/stackelberg_laudin
Veröffentlicht am: 12.11.2009 15:50
Zugriff vom: 27.01.2020 01:30
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