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    M. Pauly, Pereginorum, pauperum ac aliorum transeuntium receptaculum (Robrecht Van Hee)

    Francia-Recensio 2009/3 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

    Michel Pauly, Pereginorum, pauperum ac aliorum transeuntium receptaculum. Hospitäler zwischen Maas und Rhein im Mittelalter, Stuttgart (Franz Steiner Verlag) 2007, 512 p. (Vierteljahrschrift für Sozial- und Wirtschaftsgeschichte, Beiheft 190), ISBN 978-3-515-08950-0, EUR 72,00.

    rezensiert von/compte rendu rédigé par

    Robrecht Van Hee, Anvers-Wilrijk

    Ce livre est sans aucun doute un ouvrage parmi les plus érudits, qui aient été publiés les dernières années dans le domaine de l’histoire des hôpitaux. L’étude concerne une recherche réalisée dans le cadre du Sonderforschungsbereich 235 de la Deutsche Forschungsgemeinschaft (DFG) et décrit d’une façon très étendue l’histoire de la genèse et de l’évolution des 528 hôpitaux médiévaux dans la région entre Aix-la-Chapelle au Nord et Mulhouse au Sud, et entre Verdun à l’Ouest et Speyer à l’Est, soit, comme l’indique le sous-titre de l’ouvrage, entre Meuse et Rhin. L’auteur étudie à fond ces institutions médiévales, et décrit consécutivement les différentes phases de leur création, les lieux de leur implantation, les fondateurs et les types d’hospices fondés, les différentes fonctions hospitalières, et la relation sociale qu’elles ont exercées dans leur contexte urbain ou provincial.

    Comme déjà évoqué, l’auteur a fait une recherche approfondie des sources dans les archives départementales de la Lorraine et de l’Alsace, ainsi que des bibliothèques et archives nationales du Luxembourg, de la France et de l’Allemagne. De cette recherche est issu un rapport extrêmement pointu des 528 institutions hospitalières examinées dans la région précitée. Dans le cadre de l’histoire des hôpitaux médiévaux, cette étude est donc fondamentale, non seulement par les données des diverses institutions fournies, mais aussi en vue d’études comparatives d’autres hôpitaux de la même époque et dans d’autres régions.

    Concernant la création progressive de ces institutions, l’auteur distingue trois périodes consécutives: la première avant 1180, la seconde entre 1180 et 1350, et la dernière après 1350. Dans 173 des 528 institutions, la fondation est connue, même si seulement dans 57 d’entre elles l’auteur a pu en trouver des preuves irréfutables. L’examen du lieu d’insertion des édifices les situe d’une part aux grands axes de transport (ainsi, la Meuse était qualifiée de »boulevard des hôpitaux«, tandis qu’entre Francfort et Aix-la-Chapelle la »route du Couronnement« servait également à l’implantation des premiers hospices). D’autre part, certains hôpitaux étaient joints aux cloîtres, spécialement au début, quand le réseau routier n’était pas encore si élaboré. Enfin, des hôpitaux étaient construits dans les villages et les cités, particulièrement à partir de la deuxième phase, après 1200.

    Ensuite, l’auteur s’attaque aux différentes sortes de fondateurs des hospices médiévaux, à savoir les évêques et les couvents (surtout au début), les rois et les cours seigneuriales, les nobles, les citoyens et les communes. Les fondateurs, connus dans 322 des institutions étudiées, doivent être distingués des exploitants, dont l’auteur a recensé 26 catégories, essentiellement les ordres religieux, tels les bénédictins, les cisterciens, les prémontrés, les antonins, les chevaliers de St. Jean, et d’autres.

    Élaborées consciencieusement, viennent ensuite les diverses instances de fondation des hôpitaux, qu’elles soient légendaires comme les hospices précarolingiens (l’hospice de St. Goar près du Rhin, celui de Bebrona [plus tard des Fosses] ou celui d’Echternach), ou qu’elles aient été érigées par des cloîtres et des abbayes, ou par la noblesse ou la bourgeoisie, comme dans les périodes suivantes. En effet, selon les chapitres 4 et 58 des règles, les cloîtres étaient obligés d’aider les pauvres et d’héberger mendiants et passants. En revanche, les rois carolingiens garantissaient l’aide aux pauvres par l’intermédiaire des moines. Quant aux couvents de chanoines, c’est le concile d’Aix-la-Chapelle en 816, qui les avaient amenés à installer des hospices. Ces derniers étaient desservis par des congrégations qui adoptaient la règle d’Augustin. Il s’agissait d’institutions soit régulières, soit séculaires, fondées par des princes, des doyens, des vicaires, etc. À côté de ceux-ci, les hospices ont été fondés par des évêques et joints aux couvents de cathédrales, entre autres à Metz, Toul, Liège, Mainz, etc.

    Après 1180, c’était à la haute et basse noblesse, ainsi qu’à la bourgeoisie d’ériger également des hospices. L’auteur en donne à chaque fois une douzaine d’exemples dans la région étudiée. Dans la même période, des confréries fondaient, elles aussi, des hospices, dédiés entre autres au Saint-Esprit comme à Mayence et Bingen, à saint Augustin comme à Liège, à saint Jacques comme à Namur et Liège, etc. En même temps, les pouvoirs publics urbains se lancaient également à la création d’hôpitaux, s’adjugeant l’appui soit d’un évêque, soit du conseil communal ou des citoyens. Dans quelques cas, comme à l’hôpital Saint-Nicolas à Metz, l’hospice a été initialement fondé par un évêque (en l’occurrence par l’évêque Bertram en 1192), pour passer plus tard dans les mains de la ville. Mais les hospices instaurés en commun par un évêque et des citoyens pouvaient aussi devenir des institutions communales, comme à Mayence, Worms, Toul, Liège, Dinant, Coblence, Luxembourg, etc. Enfin, les pouvoirs religieux et communaux pouvaient également décider de continuer leur gérance commune des hôpitaux, comme c’était le cas, par exemple, à Aix-la-Chapelle ou à Dinant.

    En somme, durant les trois périodes consécutives dans la région étudiée il apparaît un changement progressif: viennent d’abord les hospices institués par les ordres monacaux, ensuite ceux institués par des instances religieuses, nobles et civiles, et, enfin, les hospices créés par les pouvoirs publics et communaux.

    Dans le chapitre suivant, l’auteur se propose d’investiguer en détail les fonctions et activités que les hospices et hôpitaux ont développés. Comme prévu, les plus anciennes institutions appelées matricularia , se sont exclusivement intéressées aux pauvres, tandis que plus tard les hôpitaux d’abbayes et les infirmeries s’adonnaient autant à l’aide et aux soins des pauvres, qu’à ceux des voyageurs et passants, et devenaient ainsi, comme l’indique le titre du livre, des receptacula pauperum et peregrinorum. À partir de 1221, de plus en plus de voyageurs et pèlerins sont admis dans les hospices; ils sont répertoriés dans 124 institutions (soit 23% du nombre total). Ces hospices se situaient, évidemment, surtout le long des axes routiers et des cours d’eau et ils sont majoritairement dédiés à saint Jacques.

    D’autre part, quand, pendant la seconde phase (XII e –XIV e siècle), les pouvoirs urbains et communaux se consacraient également à la prise en charge des pauvres, on constate aussi qu’un nombre grandissant de pensionnaires plus âgés et plus fortunés est admis à titre payant dans ces hospices et institutions. Ces derniers avait alors l’aspect de »seigneuries« ce qui permettait finalement aux institutions communales des pauvres de résoudre directement certaines difficultés financières. L’auteur recense 75 hôpitaux de ce type. Après la création d’un premier hôpital spécifiquement pour les malades de Wissembourg en 1097–1104, on voit, à partir du XIII e siècle, un nombre progressivement croissant d’institutions »spécialisées« dédiées aux soins des malades. Les premiers sont, à partir de 1253, les hôpitaux des Antonins, érigés pour le traitement des patients atteints du » feu de St. Antoine « (cette maladie est le résultat d’une infection par l’ergot, que l’on trouve dans le blé pourrissant; après avoir mangé du pain contenant du blé ergoté, l’ » ergotisme « qui en résulte provoque une constriction vasculaire, des douleurs atroces et une gangrène pouvant, dans certains cas, même nécessiter l’amputation).

    À la suite de l’interdiction de l’exercice médical par les moines, ce sont, à partir du XIII e siècle, les médecins et chirurgiens qui vont progressivement s’approprier les tâches hospitalières, en particulier dans les institutions urbaines. Dans les institutions thermales travaillent des » maîtres baigneurs « . D’autres hôpitaux sont créés spécifiquement pour le traitement de l’épilepsie, jusqu’alors tenue pour une maladie contagieuse, entre autres en 1411 à Strasbourg, dans le Veltinshof, en 1486 à Rouffach, dans le prieuré de Saint-Valentin. En même temps, sont érigés des hôpitaux pour aliénés, entre autres à Monswiller en 1496, à Trèves en 1480, où au début du XVI e siècle à Liège, chez des Alexians. Ensuite, des institutions spécifiques sont créées pour les handicapés (Trèves 1321), les aveugles (Strasbourg 1411), les femmes enceintes (Metz 1334), les vieilles femmes (Dinant 1302), les clercs (Trèves 1257), les enfants et orphelins (Trèves 1321, Dinant 1441), les syphilitiques (Trèves 1498), etc. La création de ces hôpitaux » spécialisés « d’une part et l’existence de des » seigneuries « d’autre part, amenaient, à la fin du XIV e siècle, les instances communales à remettre en place un certain nombre de centres d’accueil pour pauvres et mendiants.

    L’auteur examine dans un nouveau chapitre les relations et réseaux hospitaliers, qui existaient en particulier dans les ordres religieux. Typiques pour un tel réseau étaient l’ordre des Antonins, l’ordre du Saint-Esprit, les ordres allemands, l’ordre de la Trinité, et enfin l’ordre de Saint-Jean. Comme saints patronnant les hôpitaux sont énumérés 72 saints différents en 282 institutions, dont saint Nicolas (37), le Saint-Esprit (36), la Vierge (29) sont majoritaires; elles sont suivies de saint Jacques (15), sainte Élisabeth et sainte Catherine (12) ainsi que saint Antoine et saint Erhard (10).

    Dans les derniers chapitres, l’auteur a étudié la position centraliste que les hôpitaux médiévaux ont occupée dans les cités et la campagne. Sont énumérés les impôts sur les revenus territoriaux, les rentes, les propriétés et les droits de terrain. Ensuite vient le recrutement des patients venant de près ou de loin, pour autant que ce recensement ait pu être déterminé par des registres de décès. Il apparaît que les patients vivaient, en général, dans un périmètre de 15 à 20 km, et qu’ils pouvaient donc, éventuellement, regagner leur domicile le même jour. Enfin déjà de ce temps là, des différences de langue ou une concurrence entre hôpitaux jouaient aussi un rôle dans le choix du patient pour une institution ou une autre.

    L’auteur attache enfin une grande importance à l’incorporation des paroisses et des pasteurs dans les hôpitaux. Vu que le salut de l’âme dominait généralement les soins corporels, la présence d’un pasteur et l’administration des Saints-Sacrements étaient d’une importance primordiale. La relation entre l’Église et l’hôpital pouvait varier d’une dépendance totale du pasteur hospitalier envers ses supérieurs ecclésiastiques, à une autonomie absolue, comme dans les abbayes et hôpitaux conventuels. Enfin, l’auteur reprend les lieux d’implantation des hospices et hôpitaux, soit annexés aux cloîtres, soit dans les villes près de la cathédrale ou des enceintes urbaines, soit en campagne près des grandes routes ou des ponts.

    Cette étude exhaustive de plus de 400 pages est terminée par un » Essai de synthèse « , ainsi que par un index très élaboré de sources primaires et de bibliographie secondaire. Enfin, divers registres d’hôpitaux, de noms et de lieux sont adjoints, ainsi qu’un grand nombre de planches illustratives de la région, réparties selon les périodes, les fondateurs, les saints vénérés, les propriétés, et les réseaux hospitaliers. Il s’agit en effet, comme annoncé plus haut, d’une des plus amples études sur les hôpitaux médiévaux dont nous disposons jusqu’à ce jour pour cette région délimitée par la Meuse et le Rhin. L’auteur peut donc être félicité pour ce travail intensif et explicite.

    Évidemment, ce livre – de par son ampleur et son étude en profondeur – servira surtout de lecture à ceux qui s’intéressent à l’histoire hospitalière et médiévale. Sans doute, ce livre restera pour longtemps l’ouvrage de référence pour tous ceux qui voudront entreprendre une étude historique analogue. Enfin, on pourrait souligner qu’une telle étude entreprise par M. Michel Pauly a été possible grâce au soutien de la Deutsche Forschungsgemeinschaft, ce qui pourrait servir d’exemple pour d’autres institutions dans d’autres pays.

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    PSJ Metadata
    Robrecht van Hee
    M. Pauly, Pereginorum, pauperum ac aliorum transeuntium receptaculum (Robrecht Van Hee)
    CC-BY-NC-ND 3.0
    Hohes Mittelalter (1050-1350), Spätes Mittelalter (1350-1500)
    Belgien, Luxemburg, Deutschland / Mitteleuropa allgemein, Niederlande
    Medizingeschichte
    Mittelalter
    4076699-8 4025913-4
    1100-1500
    Rhein-Maas-Gebiet (4076699-8), Hospital (4025913-4)
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    M. Pauly, Pereginorum, pauperum ac aliorum transeuntium receptaculum (Robrecht Van Hee)
    In: Francia-Recensio 2009/3 | Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)
    URL: https://prae.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2009-3/MA/pauly_van-hee
    Veröffentlicht am: 12.11.2009 15:10
    Zugriff vom: 31.05.2020 00:39
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