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C. Lewis, Anglo-Norman Studies XXIX (Xavier Hélary)

Francia-Recensio 2009/4 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

C. P. Lewis (ed.), Anglo-Norman Studies XXIX. Proceedings of the Battle Conference 2006, Woodbridge (The Boydell Press) 2007, XIV–227 p., ISBN 978-1-8438-3309-3, GBP 45,00.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Xavier Hélary, Paris

Avec une régularité remarquable, paraît chaque année un nouveau volume des » Anglo-Norman Studies « . Le principe en est toujours le même: un recueil d’articles consacrés à des sujets très divers touchant au monde anglo-normand aux XI e et aux XII e siècles. Chaque volume s’ouvre par une lecture donnée en mémoire du fondateur de la série, R. Allen Brown, qui avait pris l’initiative de réunir à Battle, dans l’abbaye fondée par Guillaume le Conquérant pour commémorer sa victoire de Hastings, les spécialistes du monde anglo-normand. En 2006, la lecture a été donnée par John Gillingham, à l’origine, avec Matthew Strickland, d’un profond renouvellement de la compréhension de la guerre féodale. Il s’attache ici à l’application des »règles de la guerre« »avant, pendant et après la bataille«, en Europe, au XI e siècle, en s’appuyant avant tout sur l’exemple de Hastings: est-il juste de massacrer les prisonniers?

Bien qu’elle soit un genre très prisé par les historiens anglais et américains et que les premiers volumes de la série lui aient logiquement accordé une place très importante, l’histoire militaire n’est représentée dans ce volume que par cet article. La tapisserie de Bayeux donne lieu à deux études très instructives. La première, par Michael John Lewis, se demande comment les personnages y sont caractérisés, du point de vue de leur identité propre comme de celui de leur statut – le principal problème étant que les règles ne sont pas uniformes au fil des 68 mètres de la tapisserie: tel personnage, moustachu ici, sera glabre plus loin … La question se pose notamment pour les groupes ethniques: les Normands ont théoriquement le crâne en partie rasé tandis que les Anglais arborent la moustache, mais il ne s’agit pas d’une règle uniforme. Un second article, par Gale R. Owen-Crocker, est consacré à un problème tout aussi central: l’interprétation des gestes dans la tapisserie. En dépit du très petit nombre d’éléments de comparaison disponibles dans l’art du temps, les deux articles arrivent à des conclusions significatives qui montrent au demeurant qu’un document en apparence si bien connu peut en réalité donner encore lieu à des études précieuses.

L’histoire politique et institutionnelle est abordée par plusieurs des articles de ce volume, sous des angles très différents. Ryan Lavelle livre une étude très fouillée de la question disputée par l’historiographie des propriétés attribuées aux femmes des rois anglo-saxons: il est impossible selon lui de conclure que des terres étaient réservées aux reines ou aux concubines royales – il prend ainsi le contre-pied des thèses de Pauline Stafford. S. D. Church étudie la question de la succession royale en Angleterre du point de vue de la mort des rois, entre 1066 et 1199. Le point de départ de sa réflexion est l’article qu’Elizabeth Hallam a fait paraître sur ce sujet dans le » Journal of Medieval History « , en 1982, qui suggérait que les cérémonies consécutives à la mort du souverain n’avaient pas pour but d’exalter la royauté, comme ce sera le cas dans les derniers siècles du Moyen Âge.

Dans la lignée de ses travaux précédents sur l’alimentation et la convivialité chez les Anglo-Saxons, Alban Gautier s’attache à la question des parcs à gibier dans l’Angleterre d’avant 1066, ce qui l’amène à réévaluer la portée du changement intervenu avec la conquête. C’est de la piété laïque entre 1066 et 1215, et surtout celle de la noblesse, pour des raisons évidentes de documentation, que Hugh Thomas s’occupe dans un essai de synthèse enrichi de nombreux exemples. Les dernières technologies en matière de »Système d’information géographique« (SIG) sont mises en œuvre par Andrew Lowerre pour expliquer la localisation des châteaux construits par les Normands après la Conquête. Sa conclusion est que la dimension strictement militaire était moins importante que le souci de manifester le pouvoir des nouveaux maîtres. C’est en revanche par l’examen des textes que Mark Hagger analyse à nouveaux frais la question du rôle et des fonctions des vicomtes dans le duché de Normandie, dominée encore aujourd’hui par les réflexions de Charles Haskins, au début du XX e siècle. En tant que tels, les vicomtes n’avaient pas de fonction militaire, ni en conduisant les vassaux du duc à l’armée, ni en recevant la garde des châteaux ducaux. Si les vicomtes pouvaient avoir à le faire, c’était en leur qualité de membres de la familia du duc. La fonction principale du vicomte touchait plutôt, semble-t-il, à la gestion du domaine ducal, à la collecte des taxes et à la diffusion des décisions du duc; il collaborait au bon fonctionnement de la justice en amenant les criminels devant le »justicier«; par-dessus tout, il paraît avoir été chargé du maintien de la paix.

Une étude d’histoire économique associe un historien (Andrew Wareham) et un économiste (Xiangdonc Wei) pour apporter une contribution fondée sur l’application des méthodes de l’économétrie au débat qui oppose les historiens sur la place et la nature de la taxation dans l’Angleterre de la fin du XI e siècle, à partir de l’immense »base de données« que constitue le Domesday Book. Signe des temps, deux des articles prennent pour objet des questions d’ordre écologique ou environnemental: les marécages et leur transformation, étudiés par Mark Gardiner; la consommation des saumons, des harengs et des huîtres par Hirokazu Tsurushima. Les conclusions de ce dernier ne manquent pas d’intérêt: Guillaume le Conquérant aurait pu choisir d’attendre le 28 ou le 29 septembre 1066 pour embarquer, afin de profiter de l’absence de la flotte ennemie, mobilisée par le début de la saison de la pêche au hareng telle qu’elle était autorisée par le pouvoir royal anglo-saxon …

Au total, ce nouveau volume d’ » Anglo-Norman Studies « confirme le dynamisme des études consacrées au monde anglo-normand, avant et après la conquête française. Souvent inscrits dans des débats historiographiques nourris, les articles passés ici rapidement en revue apportent tous de nouveaux éléments à la connaissance d’une période très riche de l’histoire de l’Angleterre et de la Normandie aux XI e et XII e siècles. Les nouvelles thématiques, autour de l’histoire de la nature ou de la pêche, ouvrent quant à elles des perspectives intéressantes, alors que les études plus traditionnelles dans leur objet n’hésitent pas à recourir aux possibilités offertes par le développement des outils informatiques. Les textes n’en sont pas pour autant négligés: ils demeurent de fait le pain de l’historien.

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PSJ Metadata
Xavier Hélary
C. Lewis, Anglo-Norman Studies XXIX (Xavier Hélary)
CC-BY-NC-ND 3.0
Frühes Mittelalter (600-1050), Hohes Mittelalter (1050-1350), Spätes Mittelalter (1350-1500)
Großbritannien
Militär- und Kriegsgeschichte
6. - 12. Jh.
4014770-8 4042620-8
1066-1154
England (4014770-8), Normannen (4042620-8)
PDF document lewis_helary.doc.pdf — PDF document, 104 KB
C. Lewis, Anglo-Norman Studies XXIX (Xavier Hélary)
In: Francia-Recensio 2009/4 | Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)
URL: https://prae.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2009-4/MA/lewis_helary
Veröffentlicht am: 26.01.2010 16:50
Zugriff vom: 27.01.2020 01:06
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