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    P. Moos, Öffentliches und Privates, Gemeinsames und Eigenes (Jean Meyers)

    Francia-Recensio 2010/1 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

    Peter von Moos, Öffentliches und Privates, Gemeinsames und Eigenes. Gesammelte Studien zum Mittelalter, Bd. 3, hg. von Gert Melville, Berlin (Lit Verlag), 2007, 477 p. (Geschichte: Forschung und Wissenschaft, 16). ISBN 978-3-8258-9079-7, EUR 49,90.

    rezensiert von/compte rendu par

    Jean Meyers, Tressan

    Avec ce volume s’achève la trilogie des recueils de travaux de Peter von Moos sur le Moyen Âge. Après un volume sur Abélard et Héloïse (2005) et un autre sur rhétorique, communication et dialogue (2006), ce dernier volume rassemble des travaux de l’auteur consacrés aux concepts de »Public et privé, Commun et personnel«, abordés au travers de sept études reprises ici avec des compléments et des mises à jour: 1. » Occulta cordis . Contrôle de soi et confession au Moyen Âge« (p. 5–28); 2. »Les solitudes de Pétrarque« (p. 29–64); 3. »Crise et critique de l’institutionnalité. L’Église médiévale comme établissement et comme royaume céleste sur terre« (p. 65–119); 4. »Commun et privé au Moyen Âge. Pour un anachronisme contrôlé« (p. 121-202); 5. »Public et privé à la fin du Moyen Âge« (p. 203–235); 6. »Le bon sens. Quatre études sur l’ endoxon au Moyen Âge« (p. 237–393); 7. » Sensus communis au Moyen Âge: sixième sens et sens social. Aspects épistomologiques, ecclésiologiques et eschatologiques« (p. 395–457). L’ensemble est complété par d’utiles indices : index des personnes et index des concepts et des choses (p. 459–477).

    Avec ce dernier ouvrage, qui d’une certaine façon semble venir couronner les deux premiers (dans lesquels en effet beaucoup de questions posées ici l’étaient déjà), l’auteur éclaire, avec l’intelligence, la profondeur et l’érudition qui sont les siennes, quelques-unes des structures mentales les plus importantes des hommes du Moyen Âge. En scrutant les deux formes du silence médiéval, celle de l’ascèse monastique et celle de la prudence aristocratique, P. von Moos montre que derrière elles se cachait le secret individuel du cœur, qui, réservé au seul scrutateur des reins jusqu’au concile de Latran IV (1215), allait devoir être dévoilé par l’institution de la confession auriculaire obligatoire, un tournant historique désastreux qui allait conduire à l’Inquisition et à la fabrique absurde d’une »machine produisant des péchés« et même des péchés inouïs, impossibles à commettre, tel le coït avec le diable (p. 22). Avec les solitudes de Pétrarque, l’auteur montre que la retraite active de l’auteur du De vita solitaria s’inscrit dans le conflit entre la liberté individuelle et l’activisme urbain dans la crise du XIV e siècle: le solitaire, loin des soucis envahissants de la vie urbaine, cherche à »accomplir une vie chrétienne authentique en dehors d’une Église qui confond religion et pouvoir« (p. 56), mais cette solitude n’en devient pas moins celle d’un » homo faber bougeois, comptable de son temps, qui calcule ses heures irrécupérables pour se rendre utile à tout moment« (p. 58). Les recherches sur la crise et la critique de l’Église en tant qu’institution révèlent les problèmes entre les deux lois canoniques, la loi publique et la loi privée, une loi privée qui n’a rien à voir avec notre »droit privé«, mais qui marque l’opposition entre la liberté du chrétien et le droit positif de l’Église, entre la responsabilité personnelle et l’institution. C’était là une sorte de droit subjectif avant la lettre en même temps qu’une valorisation linguistique du concept de privé (p. 105–106).

    Dans son étude des concepts de publicus et privatus , P. von Moos préfère à l’approche des historiens des mœurs et coutumes, qui partent de la séparation moderne des sphères du public et du privé, celle des historiens des idées et des discours, qui écartent les connotations contemporaines pour se concentrer sur la sémantique ancienne des termes et qui, en remontant le temps, en considèrent les transformations sémantiques successives jusqu’à nos jours, donc une approche des concepts ab ovo qui impose avec plus d’évidence et de prudence la distance entre nos propres présupposés et la connaissance historique. Il peut ainsi rappeler, à la suite du sociologue Niklas Luhmann, qu’il n’y a pas »d’individu extra-sociétal« avant le XIX e siècle et donc qu’au Moyen Âge, on ne peut parler de valeurs individuelles sans prendre en compte les différentes communautés dans lesquelles elles s’intègrent. Il arrive ensuite à dresser un précieux panorama des différents antagonismes entre public et privé en recourant aux textes de sobres juristes et de responsables administratifs de l’Église, qui ont tous maintenu intacte la primauté de la loi privée sur la loi publique dans la mesure où la lex privata vise au salut individuel de l’âme.

    Ce primat de l’ homo sur le civis selon la théorie politique de Thomas d’Aquin disparaîtra au XV e siècle avec la séparation des pouvoirs, l’Église n’ayant plus à garantir l’ordre public et devant cantonner son champ d’action à celui du dogme et de la dévotion (p. 234–235). Les deux dernières études touchent au sensus communis . La première fait l’histoire de l’ endoxon d’Aristote à Jean de Salisbury: cette technique qu’Aristote définissait comme le recours par un orateur d’une opinion commune à lui-même et à l’auditoire, une opinion paraissant vrai ou respectable »soit à tous, soit à la plupart, soit aux sages; et parmi ceux-ci, soit à tous, soit à la plupart, soit aux plus célèbres et aux plus respectables« (p. 238). Or l’histoire de l’ endoxon montre bien que le savoir fondé sur le consensus omnium est devenu théoriquement négligeable: »ce que tout le monde accepte« devint une évidence naturelle et »ce que la plupart ou les sages acceptent« fut remplacé par l’argument d’autorité, sauf chez quelques penseurs isolés comme Abélard et son élève Jean de Salisbury qui revalorisèrent un savoir approximatif, fondé non sur la déduction, mais sur l’induction, ainsi que chez les juristes et les canonistes dans une discipline conçue non comme une »science«, mais comme une »prudence«. Mais pour finir le consensus omnium devint même inconcevable au XIII e siècle, époque hantée par la quête d’une certitude absolue et la volonté de se persuader que ses croyances étaient établies sur un roc. Le dernier article réfute les travaux d’histoire de la philosophie qui tendent à différencier deux conceptions successives du sensus communis : l’une, »ancienne« ou médiévale, serait physio-psychologique (le sens interne qui coordonne dans l’âme les données des cinq sens externes) et l’autre, nouvelle ou moderne, serait rhétorique, morale et sociale (la reconnaissance du sens commun, du bon sens). En fait, les doctrines médiévales consacrées à l’un des signifiants du sensus communis prennent souvent l’autre en considération, comme le montre une analyse des différences et transformations de ces notions dans des textes qui les appliquent à des valeurs spirituelles telles que la certitude de la foi, l’unanimité des fidèles, la vision béatifique et la résurrection.

    Tous les travaux de Peter von Moos sont passionnants. Les médiévistes ne peuvent donc que se réjouir d’avoir aujourd’hui sous la main, en trois volumes entièrement recomposés, trois recueils d’articles parmi les plus riches et les plus importants de l’auteur.

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    PSJ Metadata
    Jean Meyers
    P. Moos, Öffentliches und Privates, Gemeinsames und Eigenes (Jean Meyers)
    CC-BY-NC-ND 3.0
    Hohes Mittelalter (1050-1350), Spätes Mittelalter (1350-1500)
    Europa
    Geschichte allgemein, Kultur- und Mentalitätsgeschichte, Lateinische Literatur
    Mittelalter
    4015701-5 4125698-0 4039691-5
    (u"(u'',)",)
    500-1500
    Europa (4015701-5), Kultur (4125698-0), Mittellatein (4039691-5)
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    P. Moos, Öffentliches und Privates, Gemeinsames und Eigenes (Jean Meyers)
    In: Francia-Recensio 2010/1 | Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)
    URL: https://prae.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2010-1/MA/von-moos_meyers
    Veröffentlicht am: 08.04.2010 17:40
    Zugriff vom: 27.01.2020 00:41
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