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O. Bauer, Pasquille in den Fuggerzeitungen (Jean Schillinger)

Francia-Recensio 2010/2 Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500–1815)

Oswald Bauer, Pasquille in den Fuggerzeitungen. Spott- und Schmähgedichte zwischen Polemik und Kritik (1568–1605), Köln, Weimar, Wien (Böhlau) 2008, 223 p . (Quellenedition des Instituts für Österreichische Geschichtsforschung, 1), ISBN 978-3-486-58554-4, EUR 29,80.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Jean Schillinger, Nancy

L’ouvrage est la version remaniée d’un travail universitaire ( Diplomarbeit ) réalisé à l’université de Vienne. Il paraît en tant que 1 er volume d’une collection ( » Quelleneditionen des Instituts für Österreichische Geschichtsforschung « ) émanant de l’ Institut für Österreichische Geschichtsforschung , destinée à la publication commentée de sources historiques.

La publication concerne 24 »pasquinades« (en allemand » Pasquille « ). En français classique, la pasquinade est un placard satirique, attaché à l’origine à une statue antique à Rome, nommée » Pasquino « , du nom d’un cordonnier spirituel habitant le quartier. Le » Dictionnaire « de Furetière précise: »On le dit par extension de toute satyre, raillerie ou bon mot qu’on dit contre le public & contre les puissances, quoy qu’on ne les ait point attachées au Pasquin, & qu’on les ait seulement fait courir dans le monde«. L’auteur, pour sa part, définit (p. 21) la pasquinade comme »une forme langagière diffusée par l’oral ou par l’écrit, qui traite de personnes ou d’événements actuels de manière critique, satirique, ironique ou moqueuse et qui est destinée à être diffusée«. La pasquinade n’est pas liée à une forme littéraire déterminée: elle peut investir le dialogue, la lettre, la chanson, voire le conte ou la légende.

Les 24 textes publiés figurent dans les » Fuggerzeitungen « , terme qui désigne la collection de lettres et de nouvelles à la main réunies à la fin du XVI e et au début du XVII e siècle par Philipp Eduard Fugger et Octavian Secundus Fugger, héritiers de Georg II Fugger. L’ensemble de la collection est actuellement conservé à la Österreichische Nationalbibliothek à Vienne. Le corpus complet des » Fuggerzeitungen « est immense: il réunit près de 16 200 nouvelles à la main envoyées à Augsbourg, siège de la firme, par les employés des deux frères, mais aussi par des nouvellistes professionnels.

Le sous-titre de l’ouvrage parle de poèmes consacrés à la moquerie et à l’invective ( » Spott- und Schmähgedichte « ), mais cette caractérisation ne concerne pas l’intégralité des textes, dont certains sont en prose. Dans beaucoup de cas, la désignation des textes comme »pasquinades« est corroborée par le titre porté par les documents dans les » Fuggerzeitungen « . Mais l’auteur reconnaît l’existence de cas limites, constitués notamment par deux chansons historiques ( » Historische Ereignislieder und Zeitungslieder « ), qui ne sont pas à proprement parler des pasquinades, bien que l’une d’elles soit désignée ainsi par son titre. Des classifications strictes ne sont pas toujours aisées.

Les 24 textes (de longueur très variable) sont reproduits in-extenso. L’existence d’éventuelles autres versions (manuscrites ou imprimées) est signalée. Des notes infra-paginales permettent d’éliminer des difficultés lexicales et renseignent (dans la mesure du possible) sur l’identité des personnes mentionnées. Suit, pour chaque texte, un commentaire indiquant l’origine géographique du texte et sa datation (ou présentant des hypothèses concernant ces points), précisant le contexte historique et les particularités du document. Ces textes traitent de problèmes très variés souvent liés à l’histoire locale, et beaucoup d’allusions nous échappent aujourd’hui. Le commentaire est généralement utile, bien que manifestant parfois une tendance à la redondance (le commentaire répète le contenu manifeste du texte, ou se répète lui-même dans les différentes rubriques).

Les textes présentés dans l’ouvrage sont intéressants à plusieurs égards. Il s’agit d’une documentation précieuse sur une forme brève, qui connut son heure de gloire dans le dernier tiers du XVI e siècle (les textes se situent entre 1576 et 1597), et dont peu d’exemplaires sont parvenus jusqu’à nous. Parmi les documents publiés dans l’ouvrage, certains n’ont sans doute été conservés qu’en un seul exemplaire.

Ces textes apportent un éclairage remarquable sur la relation entre culture orale et écriture. Comme le dit l’auteur (p. 24), »nous nous trouvons, au XVI e siècle, encore dans une phase de transition entre une culture orale et une culture écrite, avec une nette prédominance de l’oral vis-à-vis de l’écrit«. Il est notamment intéressant de constater que l’écriture de ces pasquinades porte la marque de leur destination (au moins partielle) à la transmission orale. L’immense majorité des textes est versifiée, et les auteurs ont employé avec prédilection le schéma du vers à rime plate (le Knittelvers ): ces textes sont conçus en vue d’une présentation orale, ils se prêtent, par leur forme, au chant collectif et peuvent être facilement mémorisés. Il serait pourtant abusif de limiter la diffusion du pasquin aux couches les moins cultivées de la population, puisque figurent dans la collection quelques textes en latin qui visent manifestement un public plus instruit.

Dans certains cas, des procédés propres à l’écriture polémique apparaissent avec netteté. Particulièrement intéressant est le détournement de textes (ou de fragments de textes) appartenant au domaine religieux (passages et citations bibliques, hymnes, prières). Le procédé apparaît nettement dans 5 pasquinades, c'est-à-dire dans un bon cinquième du corpus. Deux textes (n° 7 et 21) sont un collage de citations bibliques, prononcées par différents personnages dans un contexte donné; une pasquinade sur l’exécution de l’alchimiste Marco Bragadino (n° 12) est calquée sur l’hymne » Vexilla Regis prodeunt « de Venance Fortunat; une pasquinade (n° 20) met en relation une campagne militaire du duc de Lorraine Charles III en Alsace et l’entrée du Christ à Jérusalem; enfin, un texte dénonçant le comportement de la soldatesque espagnole fait correspondre des distiques en allemand à des formules empruntées au texte latin du Notre Père. Dans tous les cas, on relève des procédés d’écriture complexes, qui visent à conférer à la pasquinade un surcroît de force persuasive par le réemploi de formules familières au public et qui utilisent des éléments textuels enracinés dans le domaine sacré pour rendre sensible le contraste entre les exigences de la religion chrétienne et la réalité des situations décrites.

Ces 24 textes tiennent (ne serait-ce que du point de vue formel) une place à part dans la masse des nouvelles qui constituent les » Fuggerzeitungen « . Mais l’auteur met en évidence leur insertion dans la stratégie d’ensemble des Fugger, conditionnée par leurs intérêts commerciaux et financiers d’une part, leur prise de parti en faveur du catholicisme d’autre part. Les pasquinades sont reliées avec des nouvelles à la main traitant du même sujet: il y a donc mise en relation et éclairage réciproque de l’événement et de son traitement critique et satirique (mais cet aspect n’est guère traité dans l’ouvrage).

On relève aussi que nombre d’événements évoqués dans les pasquinades ont un lien direct avec les affaires financières des Fugger, dans la mesure où ils concernent les affaires politiques de personnages qui figuraient parmi leurs principaux débiteurs (l’empereur Rodolphe II, l’archiduc Ferdinand II de Tyrol, le duc de Bavière Guillaume V): les pasquinades peuvent se rapporter à des problèmes politiques et militaires susceptibles d’avoir des répercussions sur le remboursement d’emprunts contractés auprès de la maison de commerce d’Augsbourg.

Mais de manière plus large, ces textes concernent également les spécificités de l’»opinion publique« à la fin du XVI e siècle. Ils nous révèlent les préoccupations principales de la population: les guerres (notamment les conflits avec l’Empire ottoman), la politique, les conflits religieux qui tendaient à s’envenimer. Et il est significatif qu’une place importante soit tenue par des textes consacrés au châtiment d’alchimistes.

Dans ce contexte, l’intérêt de la pasquinade tient à sa capacité de formuler des opinions échappant à la censure, critiques vis-à-vis des autorités politiques et religieuses: la pasquinade, anonyme, offrait un moyen (peut-être le seul moyen) de critiquer l’autorité et de contester le monopole d’interprétation des événements que celle-ci s’arrogeait.

L’ouvrage apporte ainsi un éclairage intéressant et original sur des phénomènes liés à la diffusion de l’information à la fin du XVI e siècle, à une époque où, comme le rappelle l’auteur (p. 19), la controverse politique et religieuse connut un développement tout particulier.

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PSJ Metadata
Jean Schillinger
O. Bauer, Pasquille in den Fuggerzeitungen (Jean Schillinger)
CC-BY-NC-ND 3.0
Frühe Neuzeit (1500-1789)
Deutschland / Mitteleuropa allgemein
Geschichte des Journalismus (Zeitungen etc. und Personen), der Medien und der Kommunikation
17. Jh.
4129491-9 7548972-7 4137178-1 4173472-5
1568-1605
Frühneuhochdeutsch (4129491-9), Fuggerzeitung (7548972-7), Fundamentalismus (4137178-1), Pasquill (4173472-5)
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O. Bauer, Pasquille in den Fuggerzeitungen (Jean Schillinger)
In: Francia-Recensio 2010/2 | Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500–1815)
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Veröffentlicht am: 02.06.2010 15:05
Zugriff vom: 22.01.2020 19:23
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