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    B. Altena, D. van Lente, Gesellschaftsgeschichte der Neuzeit 1750–1989 (Jean-Paul Cahn)

    Francia-Recensio 2010/4 Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500–1815)

    Bert Altena, Dick van Lente, Gesellschaftsgeschichte der Neuzeit 1750–1989, Göttingen (Vandenhoeck & Ruprecht) 2009, 444 S. (UTB, 3140), ISBN 978-3-8252-3140-8, EUR 24,90.

    rezensiert von/compte rendu rédigé par

    Jean-Paul Cahn, Paris

    Les auteurs annoncent d’entrée leur objectif. » Gesellschaftsgeschichte der Neuzeit « est un ouvrage pédagogique pour étudiants ou public cultivé non spécialiste. Cela en détermine l’économie: l’introduction 1 propose des définitions simples des concepts qui seront utilisés, indiquant qu’ils évolueront en fonction des époques envisagées; un chapitre entier trace à grands traits la situation de l’Europe en 1750 2 , etc. Le souci de clarté l’emporte parfois sur celui de nuance, mais le résultat est conforme à l’objectif: le cœur du livre enrichit peu à peu l’approche initialement sommaire, incitant également le lecteur à compléter la réflexion théorique initiale.

    Trois périodes sont retenues.

    La première, 1750–1850, présentée comme celle des révolutions 3 , s’articule autour des changements qu’introduisent les évolutions industrielles britanniques (machine à vapeur, mécanisation de l’industrie textile …) puis la Révolution française, césure politique et intellectuelle au milieu de la période, par la mise en place d’une nouvelle répartition des richesses et de la puissance. L’accent y est mis sur la percée technologique, l’idée de libération et de rupture de la pensée mais aussi des formes de gouvernement – domaine dans lequel l’émancipation des anciennes colonies américaines joue un rôle précurseur.

    Le chapitre 3 4 rappelle que la révolution industrielle britannique fut le fruit d’une valorisation des inventions susceptibles de résoudre les problèmes que posait une productivité trop faible pour satisfaire des besoins favorisés par le développement des transports. Il montre comment cette évolution ébranla les modes d’existence antérieurs, e. a. par la percée du capitalisme et ses conséquences, sans pour autant mettre un terme à la domination de l’agriculture dans la plupart des pays. Parallèlement, alors qu’Église et noblesse voyaient leur prééminence vaciller, la percée de la raison puis les succès du romantisme 5 dans un monde dans lequel la pratique de la magie et l’analphabétisme étaient encore largement présents, créèrent une césure entre les élites et les couches inférieures des sociétés. Ce fut un temps de violence, de révolutions et de guerres qui entraînèrent un glissement de la puissance de ceux qui se réclamaient de leur naissance vers ceux qui s’appuyaient sur leur richesse, phénomène favorisé par une économie qui se libérait de contraintes réglementaires. Cela ne fit pas obstacle au rétablissement d’un ordre conservateur profondément différent du système des trois ordres qui dominait encore en 1750 6 .

    Fort logiquement la deuxième partie 7 va jusqu’en 1918. Bien qu’elles ne fussent en aucun cas linéaires, les mutations économiques accélérées et une innovation élargie, la »deuxième révolution industrielle«, changèrent les sociétés à travers des législations sociales innovantes, les progrès techniques accrurent la confiance en un avenir meilleur dans le contexte d’une inquiétude persistance (»La petite bourgeoisie […] vivait dans la crainte permanente de se retrouver au niveau du prolétariat, les grands bourgeois craignaient des soulèvements ouvriers mais aussi coloniaux« 8 ) et d’une régression de la religion que ne compensait aucun idéal qui fît l’unanimité. Parallèlement, la puissance économique accrue de nouveaux États, la poussée des sentiments nationaux et une certaine anarchie dans l’organisation des relations internationales firent que les rivalités interétatiques gagnèrent en violence. On vit ainsi, associées, excès de nationalisme et de xénophobie d’une part, et dynamisme culturel et artistique créateur de l’autre.

    L’extension de l’industrialisation entraîna la perte de la spécificité anglaise. L’Allemagne connut un développement plus rapide encore que celui des États-Unis. La concentration des entreprises requerrait des investissements importants et consolidait le capitalisme, les développements de l’économie échappaient au contrôle des États, les villes qui croissaient devenaient lieu d’organisation et de lutte des ouvriers; les syndicats gagnaient en importance, la bourgeoisie gagnait une vie culturelle plus citadine qui s’adressait à un public conscient de devoir son statut à ses mérites. Dans une cellule familiale sacralisée les femmes transmettaient les valeurs de leur classe. La peur de la décadence, en particulier urbaine, était un facteur social auquel on proposait des remèdes divers, l’hygiène, les arts, la scolarisation … Avec la fin de l’organisation de l’Europe telle que l’avait voulue le congrès de Vienne et l’ » anarchie internationale « la paix reposait sur un schéma complexe d’alliances dans lequel les nations nouvellement créées avaient leur part. La multiplication des crises rendait la paix de plus en plus incertaine. La Première Guerre mondiale vint mettre un terme à la foi aveugle dans le progrès, elle affaiblit l’impérialisme économique, mais elle n’entama pas la puissance des nationalismes 9 .

    Consacrée aux huit décennies qui séparent le traité de Versailles de la chute du communisme la troisième partie nous propose l’image d’un »siècle de guerres, d’aisance et d’ordre« 10 . Elle est présentée comme se répartissant en trois époques, 1918–1945 (d’une défaite à l’autre), la croissance et de la Guerre froide, jusqu’en 1970, enfin la récession et les tensions des années 1970–1980, mais elle est traitée de manière thématique, enchaînant la dimension économique (avec une opposition entre capitalisme et communisme 11 ), le domaine culturel 12 et les aspects politiques 13 . Bien qu’elle permette de suivre aisément les évolutions dans chacun de ces divers domaines, cette démarche impose au lecteur un yoyo chronologique qui induit une rupture de cohérence: le lecteur n’échappe pas au sentiment de juxtaposition de vases clos là où les interactions intrapériodiques étaient manifestes; seule l’introduction et la conclusion générale établissent des passerelles. C’est dans cette dernière partie de l’ouvrage que le parti pris pédagogique donne les résultats les plus discutables.

    Alors que l’Union soviétique exerçait une attirance croissante sur les milieux populaires, en particulier dans les années 1930, quand l’économie russe progressait tandis que le monde capitaliste était en crise et détruisait des emplois, l’inquiétude grandissait quant à la survie de la culture européenne. Psychanalyse, art abstrait, architecture moderne occupèrent une partie de l’espace ainsi libéré, dans le cadre d’une vie culturelle qui tendait à se démocratiser et à se politiser, les États autoritaires cherchant à la mettre au service de leur idéologie.

    La révélation des horreurs de la Deuxième Guerre mondiale jeta le discrédit sur l’interventionnisme et l’autoritarisme étatiques dont la Première avait semblé démontrer la nécessité. La démocratie américaine, jugée exemplaire, convainquit l’Ouest de la nécessité d’améliorer le niveau de vie du plus grand nombre. La construction européenne, promesse de paix, contribua à un renouveau économique engagé par le plan Marshall. À plus grande échelle une nouvelle organisation mondiale devait éviter que se reproduise une crise semblable à celle de 1929 dont le traumatisme avait survécu à la guerre: les Nations unies devaient endiguer l’anarchie qui avait prévalu dans les relations internationales. Les protestations des années 1960 allèrent au-delà d’un rejet de l’attitude du Vieux Monde face au tiers monde, elles furent une remise en cause d’un mode de vie bourgeois traditionnel qui s’était consolidé dans les deux décennies de l’après-guerre – mais, si elles remirent en cause les normes et les valeurs, et, dans la durée, les mœurs, si elles donnèrent un coup de fouet à l’industrie culturelle, elles ne changèrent guère les régimes ni les systèmes politiques. La reconstruction achevée, la concurrence plus rude et la dépendance pétrolière des grandes puissances plongèrent le monde dans une nouvelle et durable crise économique. Les inégalités subsistaient, aux États-Unis les populations de couleur ne gagnaient que très progressivement des droits comparables, l’immigration se heurtait à des réticences … Les États réservaient leur politique sociale à leurs ressortissants. Simultanément, une attitude plus réservée des États-Unis au plan mondial facilita les accords SALT et ceux d’Helsinki, lesquels ouvrirent la voie à une sortie de guerre froide. Privée de droit à la parole la classe ouvrière de l’Est européen remit finalement en cause l’existence même des gouvernements qui se réclamaient d’elle.

    Considérant les deux cent cinquante années auxquelles ils ont consacré cet ouvrage, les auteurs soulignent que jamais auparavant un tel niveau de vie n’avait concerné autant d’hommes.

    »Jamais l’espérance moyenne de vie n’avait été aussi importante. Jamais une partie aussi importante de la population n’avait eu un aussi bon niveau de formation Jamais les entreprises n’avaient atteint une telle puissance planétaire. Jamais des armes d’un tel potentiel de destruction n’avaient été développées ni utilisées. Jamais on n’avait causé un tel tort à la nature« 14 , évolution qu’ils expliquent par l’inventivité et l’innovation. Tout au long du livre ils s’efforcent ainsi, généralement avec bonheur, d’en mettre en lumière les méfaits et les bienfaits, en une démarche qui n’imposait toutefois nullement la démagogie écologiste des dernières pages.

    De lecture agréable, » Gesellschaftsgeschichte der Neuzeit « constitue néanmoins une synthèse profitable et une introduction utile que toute bibliothèque universitaire devrait proposer dans ses rayons.

    1 Kapitel 1: Einleitung, p. 13 sq.

    2 Europa um 1750, p. 26–52.

    3 Das Zeitalter der Revolutionen, p. 21 sq.

    4 Kraft und Bewegung: die industrielle Revolution und die kapitalistische Wirtschaft 1750–1850, p. 53–86.

    5 Vernunft und Romantik: Kultur 1750–1850, p. 87–121.

    6 Revolution: politische Entwicklungen 1750–1850, p. 122–158.

    7 Gesellschaftsgeschichte der Neuzeit 1750–1989, p. 159 sq.

    8 Ibid., p. 162.

    9 Chapitres 6, 7 et 8.

    10 Ibid., p. 279.

    11 Ordnung und Freiheit: Organisierter Kapitalismus und unfreier Kommunismus: Ökonomie 1918–1989, p. 282 sq.

    12 Technokratie und Freiheit: Kultur 1918–1989, p. 324 sq.

    13 Für Gleichheit und Staatsbürgerschaft: Politik 1918–1989, p. 362 sq.

    14 p. 403.

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    PSJ Metadata
    Jean-Paul Cahn
    B. Altena, D. van Lente, Gesellschaftsgeschichte der Neuzeit 1750–1989 (Jean-Paul Cahn)
    CC-BY-NC-ND 3.0
    Frühe Neuzeit (1500-1789), Neuere Zeitgeschichte (1945-heute), Neuzeit / Neuere Geschichte (1789-1918), Zeitgeschichte (1918-1945)
    Europa
    Sozial- und Kulturgeschichte
    18. Jh., 19. Jh., 20. Jh.
    4015701-5 4020517-4 4020588-5
    1750-1989
    Europa (4015701-5), Geschichte (4020517-4), Gesellschaft (4020588-5)
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    B. Altena, D. van Lente, Gesellschaftsgeschichte der Neuzeit 1750–1989 (Jean-Paul Cahn)
    In: Francia-Recensio 2010/4 | Frühe Neuzeit - Revolution - Empire (1500-1815)
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    Veröffentlicht am: 19.11.2010 14:15
    Zugriff vom: 27.01.2020 01:56
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