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    J. Hénard, Berlin-Ouest, histoire d’une île allemande / W. Rott, Die Insel (Cyril Buffet)

    Francia-Recensio 2010/4 19./20. Jahrhundert – Histoire contemporaine

    Wilfried Rott, Die Insel. Eine Geschichte West-Berlins 1948–1990, München (C. H. Beck) 2009, 478 p., 36 ill., ISBN 978-3-406-59133-4, EUR 24,90; Jacqueline Hénard, Berlin-Ouest, histoire d’une île allemande. 1945–1989, Paris (Perrin) 2009, 249 S., ISBN 978-2-262-03064-3, EUR 17,80.

    rezensiert von/compte rendu rédigé par

    Cyrill Buffet, Reading

    Alors que la RDA et Berlin-Est suscitent de nombreuses recherches et des débats historiographiques passionnés, Berlin-Ouest semble tomber dans un oubli relatif. Deux journalistes, Wilfried Rott et Jacqueline Hénard, se sont donné pour mission de préserver la mémoire de la »demie-ville« et de la transmettre à une génération qui n’a pas connu la partition.

    Ayant des titres similaires, ces deux ouvrages sont des livres de journaliste, avec tout ce que cela comporte: clarté d’exposition, écriture alerte, sens de la formule. Les auteurs dénichent des détails curieux et fournissent des exemples pertinents, qui permettent de saisir les absurdités du statut berlinois. Tout en soulignant »le degré d’accoutumance à l’anormalité de Berlin-Ouest« (p. 18) des habitants, Hénard raconte des anecdotes sur les bizarreries de la ville emmurée, comme Hans le creuseur de tunnels, le pittoresque Turc Osman Kalin ou l’éphémère »république libre de Kubat«. Rott décrit avec minutie un voyage de transit entre »l’île« et le »continent« (p. 278–283) – pour reprendre les termes de la célèbre chanson des »Insulaner« –, ou la visite semée d’embûches d’un Berlinois de l’Ouest de l’autre côté du Mur (p. 291–293).

    Leurs ouvrages se fondent surtout sur la littérature secondaire, Rott utilisant aussi des archives de presse. Alors que ce dernier agrémente son texte de nombreuses illustrations, Hénard complète son récit par une chronologie, des cartes et des statistiques qui mettent en valeur les spécificités de la géographie et de l’histoire berlinoises. Toutefois, l’un et l’autre n’utilisent pas suffisamment les archives municipales ou celles des Alliés, qui sont largement accessibles et ont fourni de solides monographies. Même si le lecteur comprend parfaitement comment Berlin devient un enjeu et un symbole de la guerre froide en Europe, les aspects internationaux de la question berlinoise ne sont pas traités de manière approfondie et les résultats des recherches historiographiques les plus récentes, notamment sur les deux crises de Berlin, ne sont pas systématiquement exposés.

    Les deux auteurs retracent les grandes étapes de l’histoire ouest-berlinoise, du blocus à la chute du Mur. Hénard débute son ouvrage par 1961, »date cruciale du XX e siècle« (p. 12), car elle a connu enfant la construction du Mur. Par contre, Rott date la naissance de Berlin-Ouest de la division administration de la ville, le 6 septembre 1948, et du »putsch de l’Opéra« orchestré trois mois plus tard par le SED. Il est exact que Berlin-Ouest est une conséquence directe du blocus et du pont aérien. La fine description des relations germano-américaines et de l’attitude des Berlinois durant le blocus (p. 34–42), caractérisées par la solidarité anticommuniste, aurait toutefois bénéficié d’une analyse plus distanciée. C’est donc l’évolution d’une »île dans la mer Rouge«, de la »troisième Allemagne«, d’une entité politique très particulière qui est ici décrite.

    Le livre de Rott est essentiellement une chronique politique qui passe en revue la personnalité et l’action des maires successifs ayant siégé à l’hôtel de ville de Schöneberg. Il dresse les portraits vivants d’Ernst Reuter et de Willy Brandt qui personnifient vraiment Berlin-Ouest. Il montre comment Brandt a conféré à sa fonction locale une dimension internationale et comment il est parvenu à maintenir Berlin comme la clef du problème allemand dans son ensemble (p. 127–132). L’auteur consacre également des pages utiles aux responsables politiques qu’il a eu l’occasion de rencontrer professionnellement, comme Klaus Schütz, Dietrich Stobbe, Richard von Weizsäcker, Eberhard Diepgen ou Walter Momper. Il démonte les ressorts de la vie politique locale, grippés par des rivalités personnelles, ainsi que la mécanique des appareils de partis, souvent plus avides de conquérir des postes que de tracer des perspectives d’avenir. C’est notamment contre cette confiscation du pouvoir que manifeste la jeunesse estudiantine qui fait de Berlin-Ouest la »capitale de la révolte«, marquée par l’assassinat de Benno Ohnesorg, le meurtre de Rudi Dutschke et les attentats du »Mouvement du 2 Juin«.

    Résultant des conditions spécifiques à la ville emmurée, la promiscuité malsaine des cercles politiques et des milieux d'affaires entraîne des scandales à répétition, en particulier dans le secteur immobilier, au point de provoquer la chute de plusieurs directions municipales. Les deux auteurs énumèrent les raisons de ce triste tropisme berlinois, de même qu’ils expliquent l’émergence des mouvements de squatters et des » alternatifs « .

    Les deux ouvrages présentent la situation économique de Berlin-Ouest qui périclite, en raison des bombardements, des démontages, de la perte de la fonction de capitale, du départ massif des sièges sociaux des grandes entreprises. Il en résulte une croissance anémiée et un chômage dramatique. Dès l’après-guerre, les évolutions entre Berlin-Ouest et la RFA divergent sensiblement et la ville devient étroitement dépendante de Bonn, ce qui alimente une incompréhension mutuelle, voire des ranc œ urs. L’économie ouest-berlinoise reste fortement soutenue par le budget fédéral, au point que la poétesse Ingeborg Bachmann évoque une » agonie subventionnée « , comme le rapporte Hénard (p. 99). On aimerait d’ailleurs en apprendre davantage sur les rapports ambivalents entretenus entre Berlin-Ouest et la RFA. C’est un sujet qui mériterait à la fois une recherche spécifique et une comparaison entre Berlin-Est et la RDA.

    La position de Berlin-Ouest, comme avant-poste de l’Occident, » fanal de la liberté « et » vitrine « de la RFA (mais aussi porte pour l’Est), explique l’importance dévolue à la culture, ce que Rott met particulièrement en valeur: il décrit le rôle déterminant joué notamment par le sénateur Joachim Tiburtius, Herbert von Karajan, le metteur en scène Boleslav Barlog; il distingue les principales institutions culturelles (Opéra allemand, Philharmonie, RIAS, Schaubühne, Amerika-Gedenkbibliothek, Stiftung Preußischer Kulturbesitz, Literarisches Colloquium), même si la Berlinale apparaît quelque peu sous-estimée. Berlin-Ouest se développe dans les années 1960–1970 en foyer littéraire et artistique, attirant écrivains, musiciens, plasticiens, cinéastes.

    Finalement, les deux auteurs s’interrogent sur l’identité ouest-berlinoise dont l’origine remonte à la conjonction de fortes personnalités (Clay, Reuter …), d’événements fondateurs (le pont aérien, la création de la Freie Universität, la construction du Mur) et d’une culture métropolitaine. Rott analyse les caractéristiques de la » mentalité ouest-berlinoise (p. 72), se composant d’un mélange spécial d’internationalisme, de provincialisme, d’un sentiment de supériorité, d’un patriotisme local, de tolérance et d’esprit petit-bourgeois. Il serait intéressant de savoir si Berlin-Ouest continue d’exercer une influence sur les comportements et les habitudes des habitants. Jacqueline Hénard et Wilfried Rott racontent l’histoire d’une » ville impossible « . Ils ne cachent pas que cette » île allemande « a pu être irritante et extravagante, mais ô combien attachante et intéressante.

    Dans la mesure où les deux moitiés de la ville étaient indissolublement liées – le Mur étant une blessure qui ne cicatrisait pas –, une histoire croisée des deux Berlin serait plus que souhaitable, comme en témoignent les aménagements urbanistiques concurrentiels de la Stalinallee et du Hansaviertel, de la Museumsinsel et du Kulturforum, ou bien la Straße des 17. Juni située à Berlin-Ouest, mais faisant référence à un événement survenu à Berlin-Est appelé » Jour de l’unité allemande « pendant 37 ans. Les deux moitiés de ville se considéraient comme un modèle de modernité architecturale et urbanistique: au nouveau centre socialiste, écrasé par la tour de télévision, répond la City dominée par l’étoile tournante de Mercedes sur l’Europa-Center. La compétition intra-urbaine atteint son apogée en 1987, avec les célébrations distinctes du 750 e anniversaire de la ville.

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    PSJ Metadata
    Cyril Buffet
    J. Hénard, Berlin-Ouest, histoire d’une île allemande / W. Rott, Die Insel (Cyril Buffet)
    CC-BY-NC-ND 3.0
    Neuere Zeitgeschichte (1945-heute)
    Deutschland / Mitteleuropa allgemein
    Siedlungs-, Stadt- und Ortsgeschichte
    20. Jh.
    4069304-1
    1945-1989
    Berlin West (4069304-1)
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    J. Hénard, Berlin-Ouest, histoire d’une île allemande / W. Rott, Die Insel (Cyril Buffet)
    In: Francia-Recensio 2010/4 | 19./20. Jahrhundert - Histoire contemporaine
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    Veröffentlicht am: 16.11.2010 10:45
    Zugriff vom: 21.08.2019 09:08
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