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    A. Beutel, Kirchengeschichte im Zeitalter der Aufklärung (Gérard Laudin)


    Francia-Recensio 2011/2 Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500–1815)

    Albrecht Beutel, Kirchengeschichte im Zeitalter der Aufklärung. Ein Kompendium, Göttingen (Vandenhoeck & Ruprecht) 2009, 272 S. (UTB, 3180), ISBN 978-3-8252-3180-4, EUR 19,90.

    rezensiert von/compte rendu rédigé par

    Gérard Laudin, Paris

    L’histoire ecclésiastique (tel est le titre que donne au début du XVIII e siècle Claude Fleury à son histoire de l’Église) occupe du XVI e au XVII e siècle une place de choix aux côtés de l’ historia universalis (longtemps quasi strictement politique) et l’ historia literaria . Comme des deux autres historiae , elle traverse dans le Saint-Empire du XVIII e siècle des mutations importantes, et c’est aussi le moment où la théologie devient science, en particulier dans le domaine de l’exégèse. Après avoir été longtemps négligée par la recherche sur les Lumières, comme elle avait été exécrée par les théologiens du XIX e siècle, à de rares exceptions près comme Tholuck (1853), l’histoire ecclésiastique du XVIII e siècle, dont la réhabilitation commence autour de 1900 (Troeltsch), est l’objet depuis une trentaine d’années de recherches actives, en particulier depuis la parution, en 1980, des actes du colloque » Religion als Problem der Aufklärung « .

    Conformément aux perspectives de la collection UTB, le présent ouvrage se veut à la fois un état de la recherche (chaque chapitre est précédé d’une bibliographie et les domaines encore insuffisamment explorés sont signalés) et un »manuel« destiné aux étudiants en théologie et aux »dix-huitiémistes« de tous bords. Les idées religieuses et les institutions ecclésiales sont dûment replacées dans le cadre général de l’époque, celui des idées, tant philosophiques et politiques (G. Bruno, Grotius, les théories du droit naturel, l’absolutisme, Staatskirchentum ) que »scientifiques« (Kopernik, Newton), envisagées pour leurs enjeux théologiques ou ecclésiologiques. C’est ainsi une histoire culturelle des Églises et des idées théologiennes que propose A. Beutel qui s’attache en particulier aux thèses portant sur la légitimation idéologique du gouvernement de l’Église (protestante) par le pouvoir civil, aux théories politiques qui s’affranchissent de la légitimation théologique (Grotius), mais également aux contributions de Grotius, Hobbes ou Spinoza à l’adoption d’un paradigme philologique dans l’exégèse biblique, à côté de celles bien connues de R. Simon.

    Il ressort de ses analyses que les ecclésiastiques prennent une part importante, à côté des fonctionnaires, des savants et des professeurs, à la vie sociale, dans les universités, mais aussi par leur contribution à la Volksaufklärung : ils auraient rédigé la moitié des écrits de popularisation-diffusion des Lumières (p. 149), ce qui entraîne une modification, à partir du milieu du XVIII e siècle de l’image sociale du pasteur et sa spécialisation dans le rôle d’un instituteur (p. 150).

    À côté des cadres historiques, politiques, économiques, de la société et des savoirs (la professionnalisation du pastorat, l’enseignement...), A. Beutel aborde aussi la littérature, ce qui est d’autant plus pertinent que la »privatisation« de la religion, qui constitue un aspect essentiel du renouvellement de la théologie à l’époque des Lumières, s’exprime en premier lieu, souvent mieux qu’ailleurs, dans la littérature (Haller, Pyra, Jung-Stilling, Lessing, Goethe …).

    L’histoire des idées religieuses est envisagée à travers les grands courants de pensée (piétisme, socinianisme, déisme, physico-théologie, wolffisme, néologie, etc.), mais aussi à travers quelques individualités qui, comme Lessing, Lichtenberg, Herder, Kant ou Fichte, »métamorphosent« les courants dont ils tirent leur réflexion, et enfin à travers quelques grands ensembles thématiques dans lesquels ces idées se condensent, en particulier l’encyclopédie théologique, l’historiographie ecclésiastique, l’enseignement, l’anthropologie et les tentatives de réunion des religions chrétiennes (Leibniz, D.E. Jablonski).

    On aurait mauvaise grâce, devant l’impressionnante masse documentaire fournie par le présent ouvrage, à trop déplorer quelques (inévitables) lacunes. Bayle, si lu dans le Saint-Empire durant tout le XVIII e siècle, aurait mérité plus que deux brèves mentions, ne serait-ce que pour sa contribution »méthodologique«. Et il n’est pas sûr non plus que G. Arnold ait toute la place qui lui revient; Morhof manque, ainsi que, parmi les théologiens étrangers, auxquels l’ouvrage fait une place importante, l’abbé Pluche. Pouvait-on faire »l’impasse« sur la querelle du spinozisme? Le débat sur la »wahre Aufklärung« aurait pu être abordé. Et il nous semble aussi que la réflexion des années 1770 et surtout 1780 sur l’éthique, plus ou moins ouvertement séparée de la religion (on pensera à Lüdke, à »l’éthocratie« de d’Holbach, mais aussi à H. A. Pistorius, beau-frère de Spalding), comme fondement de la vie citoyenne n’est abordée que trop indirectement. Le poids des monastères dans la vie économique jusqu’en 1803, date de leur sécularisation, aurait pu être évoqué.

    On se réjouira surtout que cet ouvrage, qui offre une bonne synthèse des idées les plus importantes, ne consacre pas ses développements aux seuls grands noms tant attendus de Michaelis, Sack ou Spalding, Hontheim, ou encore Bahrdt et Reimarus, ou a fortiori Herder, Kant ou Fichte, mais aussi à de très nombreux autres, comme Lüdke, Dippel, Döderlein ou Henke, qui ne sont pas seulement mentionnés, mais abordés dans des paragraphes d’une longueur significative. Par la précision de ses analyses et plus encore par le nombre élevés de théologiens mentionnés (avec une distinction entre ceux des universités et ceux du monde pastoral), A. Beutel donne à l’histoire des idées religieuses une densité significative, il en montre la »surface couverte«, dans toute sa variété et sa diffusion.

    Cette démarche sert d’ailleurs ce qui constitue un des apports majeurs de son livre qui montre l’importance idéologiquement structurante, à côté de celles plus souvent évoquées du piétisme et du wolffisme, de la néologie. Bien connue des historiens des idées, celle-ci est souvent perçue comme avant tout cantonnée dans la réflexion des élites. Elle importe par ses thèses, mais davantage encore par sa diffusion et les effets par elle induits. Des traces s’en retrouvent un peu partout, chez Lessing (qui pourtant s’en défend!), chez Herder et Kant (de même que des traces de physico-théologie). Comme le piétisme, elle génère des faits socio-culturels qui s’étendent jusqu’à la fin du siècle, voire au-delà, joue un rôle décisif dans la Volksaufklärung et »démocratise« la religion: »Die neologische Populartheologie hat den Religionsdiskurs programmatisch und folgenträchtig demokratisiert« (p. 151).

    A. Beutel critique non sans raison la périodisation trop longtemps pratiquée depuis K. Aner (»Übergangstheologie«, wolffisme, néologie et rationalisme) à laquelle il préfère l’idée de mouvements structurants et en partie interférents et synchrones (il se fonde ici en particulier sur W. Philipp) qui rend mieux compte des synergies générées par les courants de fond que sont le piétisme, le wolffisme, la néologie, le rationalisme, voire l’orthodoxie tardive, dans les évolutions dominantes du »long XVIII e siècle«: la progressive conversion des contenus de la Révélation en vérités de raison; le glissement de la théologie de controverse vers l’intériorisation de la foi (»Gewichtsverlagerung von kontroverstheologischer Selbstbehauptung zur Kultivierung praktischer religiöser Individualität«, p. 25) et l’émergence d’un paradigme historiciste qui s’étend même à la dogmatique.

    Malgré toute sa maladresse, relevée par A. Beutel, le terme de »Übergangstheologie«, appliqué à des penseurs aux idées différentes (J. F. Buddeus, J. G. Walch, Mosheim …) mais que réunit néanmoins une attitude commune alliant conservatisme et efforts »éclairés« d’émancipation de la pensée, rend bien compte de ces interférences. Plus tard, les écrits de Lessing présentent des traces de déisme, de socinianisme ainsi que de néologie. La théologie des Lumières catholiques ne craint plus de se frotter au modèle berlinois, et il n’est pas rare qu’une réflexion procède d’une combinaison d’idéologèmes issus d’ensembles peu compatibles, voire antinomiques, piétistes, rationalistes (voire déistes), orthodoxes, spinozistes et leibniziens.

    C’est en partie de cette curieuse alchimie que résulte la percée d’une pensée historiciste, dont les origines sont certes fort anciennes (Flacius et Baronius au XVI e siècle, puis les mauristes et les bollandistes). L’histoire de l’histoire ecclésiastique est fille de la philologie et partant de l’exégèse (comme le montre excellemment, avec un léger retard par rapport à R. Simon, entre autres l’exemple de J. A. Ernesti), et elle a même profité de la concurrence entre catholiques et luthériens. Si le piétiste G. Arnold la stimule avec son »histoire des hérésies«, et si J. L. von Mosheim lui a donné des impulsions décisives, les néologues, en particulier Semler, ont joué un rôle éminent dans cette historicisation, à côté de savants moins souvent mentionnés comme J. A. Bengel (1742) et J. J. Griesbach (1774–1777). Avec J. G. Eichhorn, qui fut élève aussi du grand Heyne, puis avec G. J. Planck et H. E. G. Paulus, elle s’allie à la »science biblique« de Michaelis et conduit bientôt, au début du XIX e siècle, à la mythologie et à l’histoire comparée des religions (G. L. Bauer et Creuzer). C’est alors une nouvelle ère qui commence, tout comme avec l’édit de Woellner (1788), qui entérine l’idée de tolérance mais marque aussi dans le politique la fin des Lumières, et au moment où les Premiers Romantiques, plus redevables aux Lumières qu’ils ne sont prêts à le concéder, unissent l’art et la religion.

    Par sa richesse documentaire et sa clarté, le présent ouvrage se recommande à tout dix-huitiémiste, qu’il soit familier ou non des matières traitées ici.

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    PSJ Metadata
    Gérard Laudin
    A. Beutel, Kirchengeschichte im Zeitalter der Aufklärung (Gérard Laudin)
    CC-BY-NC-ND 3.0
    Frühe Neuzeit (1500-1789)
    Europa
    Kirchen- und Religionsgeschichte
    17. Jh., 18. Jh.
    4015701-5 4003524-4 4059758-1
    1680-1790
    Europa (4015701-5), Aufklärung (4003524-4), Theologie (4059758-1)
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    A. Beutel, Kirchengeschichte im Zeitalter der Aufklärung (Gérard Laudin)
    In: Francia-Recensio 2011/2 | Frühe Neuzeit - Revolution - Empire (1500-1815)
    URL: https://prae.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2011-2/FN/beutel_laudin
    Veröffentlicht am: 28.06.2011 15:40
    Zugriff vom: 27.01.2020 02:01
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