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    G. Chiesi, L. Moroni Stampa, Ticino Ducale (Mathieu Caesar)

    Francia-Recensio 2011/3 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

    Giuseppe Chiesi (a cura di), Ticino ducale. Il carteggio e gli atti ufficiali, vol. III, t. II : Gian Galeazzo Maria Sforza. Reggenza di Bona di Savoia (1478), Bellinzona (Edizioni Casagrande) 2010, 748 p., ISBN 978-88-7713-565-0, Euro 67.14 - CHF 98.00.

    rezensiert von/compte rendu rédigé par

    Mathieu Caesar, Genève

    Les ambassadeurs et les pratiques de la diplomatie médiévale connaissent un intérêt grandissant de la part des médiévistes européens, un intérêt qui est amplement témoigné par le foisonnement de publications parues au cours des dernières années 1 . L’espace des principautés italiennes du XV e siècle offre une richesse documentaire qui, depuis désormais bien des années, a suscité l’édition de ce que l’on appelle habituellement les »carteggi diplomatici« (que l’on pourrait traduire par »correspondances diplomatiques«) 2 . La publication récente du huitième tome (vol. III, t. II) de la série »Ticino ducale« – qui s’insère dans le sillon de cette tradition – nous offre la possibilité de revenir sur cette entreprise éditoriale 3 .

    Ticino ducale propose essentiellement les lettres échangées par le duc de Milan et sa chancellerie avec les officiers, ambassadeurs, ou autres serviteurs ducaux présents dans les territoires qui composent une partie de l’actuel canton du Tessin en Suisse. La collection, dont la publication est encore en cours, prévoit l’édition de cinq volumes, en plusieurs tomes, couvrant la période allant de 1450 (début du règne de Francesco Sforza) à 1500 (fin de la domination du More). À l’heure actuelle, la publication des deux premiers tomes (six volumes en tout) relatifs aux règnes de Francesco Sforza (1450–1466) et de Galeazzo Maria Sforza (1466–1476) est achevée; le troisième tome – relatif au règne de Gian Galeazzo Maria Sforza (1476–1494) – compte déjà deux volumes (couvrant les années 1476–1478). Les huit volumes de Ticino ducale offrent donc à présent l’édition intégrale de 5810 documents (en latin et en italien et couvrant la période 1450–1478), conservés presque exclusivement dans l’Archivio di Stato di Milano, et dont l’immense majorité était inédite.

    Ticino ducale rassemble en réalité un matériel composite, qui ne correspond qu’en partie à l’étiquette de »documents diplomatiques«. On trouvera ainsi, dans le dernier volume publié, des lettres échangées avec les Confédérés (p. 123, 152, 157), une lettre écrite par Lucerne au roi de France (p. 230), des documents comptables (p. 563 et 704), des extraits des procès-verbaux du conseil secret ducal (par exemple p. 107, 131, 147–151, 227, 402 ou 427), quatre lettres envoyées par le podestà de Chiavenna aux ducs de Milan (p. 249, 263, 292 et 472), ou encore des confirmations de statuts des communautés (p. 82–86). Le caractère hétérogène répond à la volonté de publier tout document conservé dans les archives milanaises pouvant illustrer l’histoire du »Tessin« médiéval.

    L’exploitation du riche matériel mis à disposition permettra sans doute de renouveler l’histoire de ces contrées préalpines, comme d’ailleurs l’ont déjà montré la belle introduction de Giuseppe Chiesi au dernier volume (p. VII-LI) – qui reconstruit de manière détaillée les vicissitudes du siège de Bellinzone et de la bataille de Giornico (1478) – ou l’étude récente de Antonietta Moretti sur la communauté de la Val Lugano qui a exploité les cinq premiers tomes 4 . La guerre, l’administration de la justice et les problèmes de juridiction y paraissent comme des sujets de discussion prépondérants, à côté d’autres questions comme la gestion des péages (les dazi ) ou l’épineux problème des bénéfices ecclésiastiques.

    Les documents soigneusement édités par Giuseppe Chiesi et, auparavant, par Luciano Moroni Stampa, ne permettent pas uniquement de reconstruire une histoire événementielle ou locale – dont l’approfondissement et le renouvellement sont toujours possibles et souhaitables. On ne peut ainsi qu’espérer que cette belle entreprise éditoriale suscite bientôt une étude portant sur les modalités de gouvernement princier de cette terre de frontière avec la Confédération suisse.

    La rédaction et l’envoi massif de lettres est en soi l’élément les plus important de ce »monde en papier« de l’administration ducale 5 . Carlo da Cremona, le représentant du pouvoir ducal dans le bourg de Bellinzona, témoigne par son intense activé rédactionnelle de l’importance de la correspondance diplomatique comme instrument de gouvernement. Ainsi, pendant le mois de novembre 1478, qui voit l’avancée des contingents suisses vers Bellinzone, il envoie à lui seul non moins de 46 lettres au duc et à d’autres officiers (cf. p. 174–380).

    La simple lecture des documents édités montre aussi la multiplicité des interlocuteurs qui sollicitent le pouvoir princier. Le gouvernement n’est pas uniquement le fait d’officiers et ambassadeurs officiels. Ticino ducale permet de saisir combien le pouvoir ducal, la machine étatique, n’est pas une simple question de bureaucratie et de techniques administratives performantes, mais réside aussi (et peut-être avant tout?) dans la capacité de tisser et maintenir des liens durables avec les élites locales, à composer avec elles, et à concéder libertés et privilèges. La discussion serait longue et complexe, et dépasserait l’espace disponible ici. Il n’en reste pas moins que l’exploitation du matériel de Ticino ducale permettrait sans doute de revoir et affiner notre concept d’»État moderne«, de montrer la complexité de la société politique du XV e siècle et le nombre élevé d’acteurs qui y jouent un rôle actif.

    De ce point de vue, la communication politique qui filtre de ces correspondances mérite sans doute une recherche approfondie et menée d’entente avec des historiens de la langue. De nombreux chercheurs l’ont relevé, l’apparente simplicité du style narratif de ces lettres ne doit pas faire oublier que derrière ces instruments administratifs se cache une communication faisant appel à un langage politique très codifié. Ainsi, les lettres écrites par les officiers, les hommes d’armes ou les Communautés aux princes ou aux offices centraux, se teintent parfois d’expressions colorées et de remarques personnelles permettant de mieux saisir les difficultés ou les modalités de gouvernement propres aux serviteurs ducaux, ainsi que les rapports de ces derniers avec la population locale.

    Un premier exemple du regard des officiers sur ces populations nous est fourni par ce serviteur du duc qui, en 1464 (vol. I, t. III, p. 332), écrit au sujet des désordres ayant eu lieu dans le petit bourg de Mendrisio en montrant un certain mépris pour les habitants de la petite ville: Et dicevano molte bestialitate, come homini montanari che hanno prexo la briglia cum li denti et pare loro che niuno li possa domare . […] Et cum grande superbia et desonesti modi me rispundevano come se non havesino a obedire a la signoria vostra . ( Et ils disent beaucoup de bêtises, comme des montagnards qui ont pris les brides par les dents et qui pensent que personne ne peut les dompter. […]. Et ils me répondaient avec beaucoup d’orgueil et par des manières déshonnêtes, comme s’ils ne devaient pas obéir à votre seigneurie ). Et, en relatant le tumulte qui a suivi les discussions initiales, il conclut: Tuti gli altri me veneno adoso a lo incontro, como porci ( Tous les autres me sont tombés dessus, comme des porcs ).

    Un deuxième exemple, illustrant la complexité du langage utilisé dans ces lettres – qui dépassent le simple style informatif – nous est donné par Bartolomeo da Clivio, envoyé par le duc de Milan au secours du bourg de Bellinzone en 1478. Dans une lettre datée du 2 décembre, il demande l’envoi urgent de troupes (vol. III, t. II, p. 406–407). Connaissant les difficultés financières que sa requête comporte, il ne manque pas de prier le duc, sans trop de circonlocutions, de havere più a caro le persone nostre che dinari ( d’aimer plus nos personnes que l’argent ). Sans doute, craignant que la décision puisse trainer chez le duc et son conseil, il ajoute, non sans un certain drame: non perdiati tempo, fati presto presto; avisando vostre excellentie che hora che havemo possuto vedergli tuti, sono più .XIIII om ! ( ne perdez pas de temps, faites vite, vite; on vous informe que, maintenant que nous avons pu les voir tous [ndr. les Suisses], ils sont plus de 14 000! ). Mais après avoir insisté et utilisé un ton dramatique (mais dans quelle mesure cela n’est-il pas un artifice rhétorique tout à fait codifié et courant pour l’époque?), l’homme d’armes n’oublie pas de rappeler au duc sa fidélité en soulignant que lui et les autres hommes du prince sur place sont tous servitori, cani et sgiavi de le vostre excellentie ( serviteurs, chiens et esclaves de vos excellences ).

    Les termes utilisés, par leur force et les images qu’elles évoquent, ne sont pas sans susciter une certaine stupeur dans l’historien d’aujourd’hui. Cependant, on peut se demander comment ils étaient perçus par les contemporains de Bartolomeo da Clivio. Avaient-ils la même capacité de frapper les esprits? Ou bien étaient-ils tout à fait représentatifs d’un langage politique fortement imagé et volontairement dramatisé?

    Émettons quelques regrets avant de conclure. D’abord, il aurait été souhaitable de pourvoir les volumes avec un meilleur apparat cartographique. En effet, les cartes proposées dans les différents volumes ne permettent pas aux lecteurs peu familiers de ces régions de replacer les nombreux lieux apparaissant dans les sources. De même, l’absence d’un index par matières (que l’index des noms de personnes et de lieux, pourtant très détaillé et rigoureux, ne remplace que partiellement) et d’une table de matières ne facilite pas l’exploitation des nombreuses sources éditées. Il serait peut-être intéressant de joindre à la version papier une version électronique, ou bien de réfléchir à des formes de publication en ligne, ce qui permettrait de pallier à ces problèmes sans grever le travail d’édition déjà suffisamment long.

    Il s’agit là de propositions qui dépassent bien évidemment les forces et les moyens actuellement disponibles pour cette œuvre et qui plus qu’une critique veulent être une incitation à la valorisation de cette belle entreprise. Car les possibilités offertes par un tel instrument de travail n’échappent sans doute à personne. L’ampleur et la qualité des documents édités par Giuseppe Chiesi et Luciano Moroni Stampa depuis 1993 demandent que l’on réfléchisse à des formes de publication permettant aux chercheurs l’exploitation que ces textes méritent.

    1 Parmi lesquelles on peut signaler: Sonja Dünnebeil, Christine Ottner (Hg.), Außenpolitisches Handeln im ausgehenden Mittelalter. Akteure und Ziele, Wien 2007; Tommaso Duranti (cura di), Il carteggio di Gerardo Cerruti, oratore sforzesco a Bologna (1470–1474), 2 vol., Bologna 2007; Tommaso Duranti, Diplomazia e autogoverno a Bologna nel Quattrocento (1392–1466). Fonti per la storia delle istituzioni, Bologna 2009; María Teresa Ferrer Mallol et al. (éd.), Negociar en la Edad Media. Actas del coloquio celebrado en Barcelona los días 14, 15 y 16 octubre de 2004, Barcelona 2005; Stéphane Péquignot, Au nom du roi. Pratique diplomatique et pouvoir durant le règne de Jacques II d’Aragon (1291–1327), Madrid 2009; Eva Pibiri, Guillaume Poisson (dir.), Le diplomate en question (XV e –XVIII e siècles), Lausanne 2010; Eva Pibiri, En voyage pour Monseigneur: ambassadeurs, officiers et messagers à la cour de Savoie (XIV e –XV e siècles), Lausanne 2011; Rainer Schwinges, Klaus Wriedt (Hg.), Gesandtschafts- und Botenwesen im spätmittelalterlichen Europa, Ostfildern 2003; Francesco Senatore (a cura di), Dispacci sforzeschi da Napoli, t. 2: 4 luglio 1458–30 dicembre 1459, Salerno 2004; Claudia Zey (Hg).), Aus der Frühzeit europäischer Diplomatie. Zum geistlichen und weltlichen Gesandtschaftswesen vom 12. bis zum 15. Jahrhundert, Zürich 2008; ainsi que le 41 e congrès de la S.H.M.E.S.P., Les relations diplomatiques au Moyen Âge. Sources, pratiques, enjeux, Lyon, 3–5 juin 2010.

    2 Cf. le bilan publié dans: Franca Leverotti, Mario Del Treppo (a cura di), Diplomazia edita. Le edizioni delle corrispondenze diplomatiche quattrocentesche, Atti della giornata di studi, Roma 18 settembre 2006, dans: Bullettino dell’Istituto Storico Italiano per il Medio Evo 110/2 (2008), p. 1–143.

    3 Giuseppe Chiesi, Luciano Moroni Stampa (a cura di), Ticino Ducale. Il carteggio e gli atti ufficiali, vol. I, t. I: Francesco Sforza (1450–1455), Bellinzona 1993; Giuseppe Chiesi, Luciano Moroni Stampa (a cura di), Ticino Ducale. Il carteggio e gli atti ufficiali, vol. I, t. II: Francesco Sforza (1456–1461), Bellinzona 1994; Giuseppe Chiesi, Luciano Moroni Stampa (a cura di), Ticino Ducale. Il carteggio e gli atti ufficiali, vol. I, t. III: Francesco Sforza (1462–1466), Bellinzona 1995; Giuseppe Chiesi (a cura di), Ticino ducale. Il carteggio e gli atti ufficiali, vol. II, t. I: Galeazzo Maria Sforza (1466–1468), Bellinzona 1999; Giuseppe Chiesi (a cura di), Ticino ducale. Il carteggio e gli atti ufficiali, vol. II, t. II: Galeazzo Maria Sforza (1469–1472), Bellinzona 2001; Giuseppe Chiesi (a cura di), Ticino ducale. Il carteggio e gli atti ufficiali, vol. II, t. III: Galeazzo Maria Sforza (1473–1476), Bellinzona 2003; Giuseppe Chiesi (a cura di), Ticino ducale. Il carteggio e gli atti ufficiali, vol. III, t. I: Gian Galeazzo Maria Sforza. Reggenza di Bona di Savoia (1476-1477), Bellinzona 2005.

    4 Antonietta Moretti, Da Feudo a Baliaggio. La comunità delle Pievi della Val Lugano nel XV e XVI secolo, Roma 2006.

    5 Cf. Francesco Senatore, »Uno mundo de carta«. Forme e strutture della diplomazia sforzesca, Napoli 1998.

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    PSJ Metadata
    Mathieu Caesar
    G. Chiesi, L. Moroni Stampa, Ticino Ducale (Mathieu Caesar)
    CC-BY-NC-ND 3.0
    Spätes Mittelalter (1350-1500)
    Schweiz
    Geschichte allgemein
    Mittelalter
    4078208-6 4020517-4
    1450-1500
    Tessin (4078208-6), Geschichte (4020517-4)
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    G. Chiesi, L. Moroni Stampa, Ticino Ducale (Mathieu Caesar)
    In: Francia-Recensio 2011/3 | Mittelalter - Moyen Âge (500-1500)
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    Veröffentlicht am: 22.09.2011 15:40
    Zugriff vom: 27.01.2020 01:37
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