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P. Nord, France’s New Deal (Philippe Buton)

Francia-Recensio 2011/3 19./20. Jahrhundert – Histoire contemporaine

Philip G. Nord, France’s New Deal. From the Thirties to the Postwar Era, Princeton (Princeton University Press) 2010, XIV–457 p., ISBN 978-0-691-14297-5, GBP 27,95.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Philippe Buton, Reims

Depuis quelques années, la postérité et les antécédents de Vichy sont au centre de toute une littérature historique de qualité. Incidemment, dans son dernier ouvrage, Philip Nord, professeur à Princeton et spécialiste reconnu de la France, évoque le premier aspect – ainsi la résistance de la France à la vague néo-libérale thatchérienne et reaganienne – mais c’est surtout la question controversée du ›Vichy avant Vichy‹ qu’il remet sur le métier. Le grand mérite de sa démarche est de reprendre le dossier en lui donnant toute son ampleur chronologique. Il nous offre ainsi une longue fresque couvrant plus d’une décennie et plusieurs épisodes historiques de nature bien différente: le Front populaire, la fin de la III e République, le régime de Vichy, la Libération et les débuts de la guerre froide.

Sous-jacent derrière son travail se niche une grande question connexe, concernant le statut historique de l’épisode de la Libération. S’agit-il de l’arrivée sur les plages françaises d’une vague social-démocrate – comme l’a amplement décrite notre regretté collègue Tony Judt dans son dernier ouvrage – ou celle-ci n’est-elle qu’un faux-semblant qui masquerait des politiques plus essentielles et très éloignées de la matrice social-démocrate?

À première vue, cette question pourrait surprendre le lecteur habitué à la littérature historique classique traitant de cette période de l’histoire de France. En effet, à titre d’exemple, tous les manuels scolaires français sont nourris d’une vision socio-politique de la France de la Libération qu’on peut résumer en une valse en trois temps. Premier temps, les espoirs des résistants synthétisés par le programme du Conseil national de la Résistance (CNR), un ambitieux et unanimiste programme de transformation social-démocrate nourri de nationalisations, de Welfare State et de participation des travailleurs à la gestion des entreprises et des divers organismes de cet État-providence en gestation. En outre, accompagnant ce programme du CNR, tout un effort est entrepris par les résistants arrivés au pouvoir pour mettre à bas la législation raciste et liberticide de Vichy, pour tourner le dos au libéralisme traditionnel en impulsant une planification incitative et, enfin, pour assurer la rénovation démocratique de la formation des élites grâce à la création de l’Ecole nationale d’administration.

Pour approfondir cette vaste question, le grand mérite du travail de Philip Nord est d’avoir délaissé le terrain des grands discours politico-stratégiques ou de la rhétorique politicienne pour scruter les tréfonds de la France de la Libération. En l’occurrence, il a privilégié deux terrains d’observation, qui correspondent aux deux parties de son livre: le domaine économico-social de la démocratisation de l’État d’une part, celui de la création de l’État culturel d’autre part.

Sur le premier aspect, il mène systématiquement son enquête en ayant recours à deux outils parfaitement maîtrisés. En premier lieu, une très bonne connaissance historiographique (on observe quand même quelques lacunes importantes, par exemple l’ouvrage, directement lié à la thématique retenue par l’auteur, d’Adam Steinhouse, »Worker’s Participation in Post-Liberation France« (Oxford 2001) qui lui permet de réaliser une synthèse de bonne facture. En second lieu, la plongée dans quelques fonds peu ou pas fréquentés par les précédents chercheurs, en particulier les archives de sciences-po labourées de long en large.

Au terme de longs développements – souvent un peu trop longs car, par exemple, rien de l’histoire de Sciences-Po n’est laissé de côté, de même que, dans la seconde partie sur l’histoire culturelle, beaucoup d’informations brutes sont peu utiles pour la démonstration générale – la thèse de l’auteur emporte la conviction. Certes, l’aspect social-démocrate du moment de la Libération est une réalité, mais ce n’est pas l’aspect principal. Certes, Vichy a, ici ou là, perduré dans la France de la Libération par-delà les concessions à l’air du temps, comme les changements de nom (la Fondation Carrel devient l’INED, le Service national de la statistique devient l’INSEE, etc.), mais ce n’est pas le principal. En fait, l’essentiel de cette maintenance de Vichy renvoie au fait que Vichy a constitué, ni une parenthèse sans consistance ni un événement fondateur, mais un événement-relais d’une fondation préexistante, d’autant que les innovations vichystes les plus contestables – autoritarisme et racisme – ont bien été supprimées par le gouvernement provisoire.

En définitive, à quoi renvoie principalement la Libération? À l’avancée heurtée mais triomphale du pouvoir technocratique. Les antécédents des réformes de la Libération sont moins à chercher dans l’inspiration social-démocrate du Front populaire – même si elle participe, elle aussi, à ce compromis qu’est le moment de la Libération – que dans les aspirations technocratiques des non-conformistes » ni gauche, ni droite « des années 1930. En effet, ces dernières impulsaient déjà une grande partie des initiatives de l’administration Daladier comme une partie de celles de Vichy, et/ou des technocrates démocrates-chrétiens, souvent passés par Vichy avant de rejoindre les rangs de la Résistance.

L’auteur réduit également à peu de choses la thèse de la » cocacolonisation « de la France. Certes, la transformation technocratique peut recourir à des ›emprunts‹ (aux deux sens du terme) américains, par nécessité ou par choix, mais l’essentiel est bien une modernisation à la française. Ainsi, la fondation de l’État culturel – l’objet de la seconde partie de l’ouvrage – démontre que la passerelle entre la rénovation de Vichy et la refondation de la Libération est bien la recherche de la qualité française, la renaissance du génie national français contre la médiocrité commerciale, mais aussi contre l’indifférenciation mondialiste, exception faite naturellement de l’antisémitisme vichyste rejeté par les modernisateurs républicains de 1944–1945.

Il est rare de lire un ouvrage qui impose une revisitation des discours les plus traditionnels sur une période pourtant bien connue. Celui de Philip Nord en est un dont la lecture s’impose désormais à tous ceux qui veulent connaître avec précision les réalités de la France d’après-guerre.

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PSJ Metadata
Philippe Buton
P. Nord, France’s New Deal (Philippe Buton)
CC-BY-NC-ND 3.0
Neuere Zeitgeschichte (1945-heute), Zeitgeschichte (1918-1945)
Frankreich und Monaco
Politikgeschichte
20. Jh.
4018145-5 4125698-0 4115584-1 4046539-1 4175047-0
1930-1955
Frankreich (4018145-5), Kultur (4125698-0), Politische Führung (4115584-1), Politische Krise (4046539-1), Politischer Wandel (4175047-0)
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P. Nord, France’s New Deal (Philippe Buton)
In: Francia-Recensio 2011/3 | 19./20. Jahrhundert - Histoire contemporaine
URL: https://prae.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2011-3/ZG/nord_buton
Veröffentlicht am: 23.09.2011 17:25
Zugriff vom: 27.01.2020 01:39
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