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M. Greschat, Philipp Melanchthon (Marc Lienhard)

Francia-Recensio 2011/4 Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500–1815)

Martin Greschat, Philipp Melanchthon. Theologe, Pädagoge und Humanist, Gütersloh (Gütersloher Verlagshaus) 2010, 208 S., ISBN 978-3-579-08091-8, EUR 19,95.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Marc Lienhard, Strasbourg

Considéré comme le principal collaborateur de Luther et qualifié souvent de »précepteur de l’Allemagne«, Philippe Melanchthon n’a pas toujours retenu l’attention qu’il mérite. C’est pourquoi il faut saluer la biographie proposée par l’éminent seiziémiste allemand qu’est Martin Greschat.

D’entrée de jeu il rappelle, dans une perspective historiographique, combien divers courants du protestantisme, représentés par Ritschl ou par Holl, puis au XX e siècle par Karl Barth et la théologie dialectique tendaient à dévaloriser le rôle et l’influence de Melanchthon par rapport à Luther, en l’accusant en particulier d’avoir dissout l’élan réformateur de Luther dans une orthodoxie stérile.

En réaction à de telles approches, tributaires de préjugés théologiques, l’auteur plaide pour une démarche attentive à l’histoire et au contexte, de la pensée et de l’action de Melanchthon et de la Réformation en général. Tout au long de sa présentation, il évoque à la fois le cheminement personnel de Melanchthon et la situation générale de l’Allemagne et de la Réformation au XVI e siècle, en faisant place comme il convient aux amis et aux adversaires de Melanchthon, ainsi qu’aux grands courants et enjeux sociétaux.

Le premier chapitre de l’ouvrage traite des origines familiales et intellectuelles de Melanchthon, de son insertion dans la piété médiévale, des impulsions reçues de l’humanisme rhénan (en particulier de Reuchlin, un lointain parent) et de son souci de la pédagogie, de l’attention portée à la rhétorique et aux langues. Inféodé d’abord à la via antiqua au temps de ses études à Heidelberg, Melanchthon rejoindra à Tübingen l’autre école, celle de la via moderna qui était aussi celle de Luther.

Le second chapitre traite des premières années de son activité à l’université de Wittenberg, où il est nommé à 23 ans pour y enseigner le grec. Dès sa leçon inaugurale, il y fait forte impression, et durant toute sa vie il attirera de nombreux étudiants. Comme Érasme, il critique la philosophie scolastique et les cérémonies de l’Église tombées dans la superficialité. Mais, quand il commente l’épître aux Romains, il prend aussi ses distances par rapport à Érasme, notamment au sujet de la loi, qui, pour Melanchthon, n’est pas la loi cérémonielle, mais la loi morale. Melanchthon se rapprochera de plus en plus de Luther. Comme lui, il soutient que la papauté est d’origine récente et que la Bible est la seule autorité concernant la doctrine de l’Église.

En 1521, les loci communes ( lieux communs ), son premier grand écrit théologique, mettent en avant le thème de la justification par la foi – mais le concept n’apparaît pas – et écartent la spéculation au profit d’une application des mystères de la foi à l’homme et à son salut. Réédité 18 fois et plusieurs fois remanié, cet ouvrage constitue la première dogmatique protestante.

Les troubles, tels que l’iconoclasme, suscités à Wittenberg en l’absence de Luther par des radicaux comme Carlstadt et certains enthousiastes , troublent profondément Melanchthon. Ils renforcent son goût de l’ordre, et son insistance sur la doctrine et sur la parole, en se méfiant de toute expérience religieuse immédiate.

Le troisième chapitre évoque d’autres ruptures, par exemple avec Érasme à propos de la coopération de l’homme à son salut, que Melanchthon récuse comme Luther. Quand éclate la guerre des Paysans, Melanchthon, comme Luther, y voit l’œuvre du diable. À la différence de Luther, Melanchthon, qui n’est pas un ancien prêtre, n’est guère intéressé par le conflit au sujet de la cène qui oppose Luther à Zwingli.

Le quatrième chapitre traite de l’activité pédagogique de Melanchthon. Par ses publications, mais aussi par sa contribution à la création de nombreuses écoles et son insistance sur le lien entre la foi chrétienne et la culture, mais aussi par sa participation aux visites pastorales, il exerça une grande influence, même si, comme le note l’auteur, il s’intéressait davantage aux écoles latines et aux universités qu’aux écoles populaires.

Le cinquième chapitre traite du rôle joué par Melanchthon lors des diètes de Spire (1529) et d’Augsbourg (1530). Au-delà du religieux, la Réformation aboutissait aussi à un processus politique. D’abord inquiet de la protestation de Spire préludant, selon lui, à la guerre, réticent aussi face au projet d’alliance des princes protestants, il est en première ligne à Augsbourg où il rédige la confession de foi bien connue dans laquelle, tout en affirmant les convictions évangéliques, il s’efforce de montrer la fidélité de ces convictions à la grande tradition de l’Église. Un quart de l’Apologie de cette confession est consacré à la justification par la foi.

Le sixième chapitre présente l’arrière-plan européen et les efforts œcuméniques de Melanchthon. Si les voyages prévus en France et en Angleterre ne se réalisent pas, un rapprochement avec Bucer et les théologiens du Rhin supérieur conduit en 1536 à la Concorde de Wittenberg. Mais c’est aussi l’époque où, dans le camp luthérien, des voix critiques se font entendre contre Melanchthon, accusé d’être trop pédagogique et trop conciliant, de mal comprendre la justification par la foi qu’il distinguait du renouvellement intérieur, et de distendre le lien entre le Christ et les éléments de la Cène. Cela n’empêche pas une influence grandissante de Melanchthon, invité de tous les côtés et dont les écrits sont très répandus. On le trouve encore à l’œuvre lors des colloques religieux des années 1539 à 1540, qui échouent à rétablir l’unité de la chrétienté occidentale. C’est dans ce cadre que Melanchthon se lie d’amitié avec Calvin.

Le septième chapitre, consacré à la guerre de Smalkalde, au concile de Trente et à l’intérim, montre les difficultés grandissantes auxquelles se heurte Melanchthon. Après la victoire de Charles Quint sur les protestants, il est confronté à la réintroduction du catholicisme et aux attaques protestantes que suscite son attitude, ferme sur la doctrine, mais conciliante sur les cérémonies.

L’auteur éclaire bien les enjeux de l’intérim et la situation des protestants. Comme pour d’autres, ce fut un temps difficile pour Melanchthon; il ne fut cependant pas expulsé, comme ce fut le cas pour Bucer, qui n’a pas seulement fui, comme l’auteur l’affirme (p. 146), mais qui fut congédié par les autorités.

Au cours des dernières années évoquées dans le chapitre huit, les polémiques intra-protestantes se multiplient, au sujet de la justification par la foi, des bonnes œuvres et de la volonté humaine, que Melanchthon juge capable de lutter contre la Parole de Dieu et le Saint-Esprit. À ses yeux, le combat contre un catholicisme rénové, mais toujours dans l’erreur, était bien plus important que les conflits intra-protestants.

Contrairement à bien des approches du passé, l’auteur souligne combien Melanchthon est resté proche de Luther, tout en posant d’autres accents. Cela vaut en particulier pour la conception de la sainte cène. Luther a souvent fait l’éloge de Melanchthon, en particulier à propos de la confession d’Augsbourg. Selon l’auteur, il a accepté une certaine diversité d’interprétations théologiques dans le cadre d’une doctrine évangélique commune (p. 124). Mais peut-on dire que vers 1520 l’exégèse de Luther est marquée par des modes de pensée humanistes (p. 32)?

Plein de sympathie pour Melanchthon, l’auteur ne succombe pourtant pas à l’hagiographie. Il s’interroge sur l’impact dans la longue durée du lien établi par Melanchthon entre la culture et la théologie, il signale son élitisme à propos des écoles et relève, ce qui est d’ailleurs tout à l’honneur de Melanchthon, que celui-ci a reconnu par la suite s’être trompé au temps de l’intérim (p. 167).

Bien documenté et rédigé dans un style fluide et clair, l’exposé est accessible à un large public. Nous avons apprécié le choix des citations qui illustrent bien le propos. Peut-être un tableau chronologique, une carte et l’une ou l’autre illustration (tableau de Melanchthon par Dürer?) auraient pu compléter utilement cette belle présentation.

Signalons enfin que l’ouvrage a été excellemment traduit en français par Matthieu Arnold et publié par les Presses universitaires de France en 2011 sous le titre » Philippe Melanchthon. Théologien, pédagogue et humaniste (1497–1560) « .

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PSJ Metadata
Marc Lienhard
M. Greschat, Philipp Melanchthon (Marc Lienhard)
CC-BY-NC-ND 3.0
Frühe Neuzeit (1500-1789)
Deutschland / Mitteleuropa allgemein
Geschichte des Journalismus (Zeitungen etc. und Personen), der Medien und der Kommunikation, Kirchen- und Religionsgeschichte
16. Jh.
4011882-4 118580485 4006804-3
1497-1560
Deutschland (4011882-4), Melanchthon, Philipp (118580485), Biografie (4006804-3)
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M. Greschat, Philipp Melanchthon (Marc Lienhard)
In: Francia-Recensio 2011/4 | Frühe Neuzeit - Revolution - Empire (1500-1815)
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Veröffentlicht am: 13.01.2012 21:45
Zugriff vom: 06.04.2020 01:42
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