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R. Schieffer, Papst Gregor VII. (Sylvain Gouguenheim)

Francia-Recensio 2012/1 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

Rudolf Schieffer, Papst Gregor VII. Kirchenreform und Investiturstreit, München (C. H. Beck) 2010, 230 S. (Beck’sche Reihe, 2492), ISBN 978-3-406-58792-4, EUR 8,95.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Sylvain Gouguenheim, Paris

Rudolf Schieffer, président des Monumenta Germaniae Historica et professeur à l’université de Munich, est l’un des spécialistes les plus reconnus de l’histoire politique et religieuse du Haut Moyen Âge. Son dernier ouvrage est une brève biographie du pape Grégoire VII, dont le sous-titre » Réforme de l’Église et Querelle des Investitures « annonce le fil directeur.

L’auteur a pris le parti de décrire en termes simples les axes principaux de la vie et de l’action du pape réformateur en prenant d’abord appui sur le registre de sa correspondance établi à la chancellerie romaine, auquel s’ajoutent des lettres conservées dans d’autres archives, et donc sur ce que Grégoire VII a pu dire, en temps réel – le registre n’a pas été réorganisé après coup – de ses propres entreprises. Ces 400 lettres au total permettent de connaître la pensée et la personnalité du pape mieux que celles d’aucun autre de ses contemporains.

R. Schieffer souligne l’importance de l’action réformatrice entamée aux côtés de Brunon de Toul/Léon IX, qui commença en 1046, près de trente ans avant l’accès au pontificat et se manifesta par un zèle de tous les instants, visible lors de sa légation en France où, en 1056, il déposa six évêques accusés de simonie. Devenu pape Grégoire VII se caractérisa par l’extension internationale, universelle, de son action, qui le conduisit à intervenir dans nombre de domaines et de territoires. La violence terrible du conflit qui opposa l’Empire à la papauté et que Grégoire VII n’avait sans doute pas voulu (il ne reprit pas, souligne R. Schieffer, les idées radicales d’Humbert de Silva Candida), provoqua un important bouleversement. Le pape montra une extrême dureté dans ses réactions, une » radicalité inouïe « , et n’hésita pas à user de sanctions spirituelles contre les princes temporels pour des motifs qui relevaient des rapports politiques entre les puissances du temps. L’affaire de Canossa demeure ainsi le symbole de cet affrontement sans merci. Si le pape sembla en sortir vainqueur, la direction des événements commença en réalité à lui glisser des mains inexorablement. Il subit la loi d’Henri IV, dut quitter Rome pour laisser la place à un anti-pape et mourut en exil à Salerne. Cet échec individuel ne doit pas faire oublier, souligne R. Schieffer, l’ampleur de son œuvre réformatrice, la mise en place de mesures essentielles destinées à garantir la » liberté de l’Église « – idée déjà soulignée en son temps par Gerd Tellenbach – ouvrant ainsi la voie à un développement original des sociétés européennes.

Ces épisodes et ces lignes directrices sont finement présentés par R. Schieffer, au fil de dix brefs chapitres qui suivent l’ordre chronologique. Leurs titres indiquent les temps forts de la réflexion de l’auteur: après une rapide présentation de l’origine du pape, il insiste sur sa fonction d’archidiacre de l’Église romaine et sa participation au synode du Latran de 1059, où il remit notamment en cause les réformes de Louis le Pieux de 816, parce qu’elles avaient été conduites par un laïc, sans l’approbation du Siège apostolique. Il fut alors conduit à d’importantes actions en matière administrative et judiciaire, et même militaire, organisant lors du schisme de Cadalus une milice pontificale.

Le pontificat fut marqué par des idées fortes, dont R. Schieffer fait l’objet des deux chapitres suivants: le pape est le » successeur du prince des apôtres « et » l’évêque de l’Église universelle « . Grégoire VII avait pour but de mettre constamment dans la balance l’autorité de son office, afin de rétablir les normes de l’Église originelle. Il ne se voyait pas comme le successeur de saint Pierre mais comme son représentant direct » et même « , écrit R. Schieffer (p. 34) » sa vivante incarnation «. R. Schieffer note l’emploi fréquent des citations bibliques – y compris les passages guerriers de l’Ancien Testament – à l’appui des conceptions de Grégoire VII, dont en revanche les connaissances juridiques en matière de droit canon n’étaient pas très approfondies. À cet égard les célèbres Dictatus Papae, qui reprennent souvent des décrétales pseudo-isidoriennes mais aussi introduisent des éléments nouveaux et inouïs, affirment de manière inédite la suprématie de l’autorité pontificale, sans que l’on puisse déterminer quel était le but exact de leur rédaction, qui demeure encore » mystérieux « : R. Schieffer dit qu’il faut peut-être se contenter d’y voir une sorte d’aide-mémoire, de résumé à usage personnel (p. 37).

Grégoire VII ne pouvait se contenter d’être évêque de Rome, et s’affiche dans de nombreuses lettres comme universalis ecclesie episcopus , prenant en charge les affaires de la chrétienté, décidé en outre à nouer des contacts directs avec toutes les autorités temporelles afin de faire valoir la cause de la réforme de l’Église, ce qui le conduisit à des relations parfois cordiales (avec le roi du Danemark), parfois conflictuelles comme avec Philippe I er de France. Il s’efforça également d’étendre son influence dans le monde orthodoxe (ainsi auprès d’Isjaslaw de Kiev).

Les chapitres 5 à 10 étudient la longue lutte contre l’empereur jusqu’à l’exil salernitain. R. Schieffer montre que le problème des Investitures fut secondaire et que le conflit entre Henri IV et Grégoire VII fut une question de rivalité de pouvoir et de prééminence. L’épisode de Canossa ne se limite pas, souligne-t-il, au recours à un rituel de réconciliation, mais était nécessaire, aux yeux de tout croyant, à une absolution et à une réintégration au sein de la communauté des chrétiens, elle-même condition du salut. Ce n’était absolument pas une maladresse personnelle, encore moins nationale (p. 61) mais un acte de paix nécessaire à l’exercice du pouvoir royal. La lutte reprit néanmoins et l’année 1080 se révéla à cet égard décisive.

Une brève conclusion met en exergue le cœur de la pensée de R. Schieffer: l’âpreté de la lutte contre l’Empire avait conduit la papauté, mais aussi l’œuvre réformatrice, dans une impasse, tandis que ses partisans bouleversés se demandaient s’il n’était pas légitime de recourir à la force pour se débarrasser des schismatiques. R. Schieffer souligne la sagesse de Wibert/Clément, qui sut reconnaître les prérogatives impériales, pour mieux réaliser l’œuvre réformatrice à l’encontre des simoniaques et des nicolaïtes. L’auteur rappelle enfin la progressive reprise en mains du parti grégorien sous le pontificat d’Urbain II et le règlement des conflits contre les puissances temporelles: ce sont les successeurs de Grégoire VII qui ont assuré le succès de sa réforme. Les prétentions dominatrices du pape, ses attitudes radicales, disparurent ensuite de la scène, jusqu’à revenir en force au XIII e siècle. R. Schieffer minimise la portée des prises de position théoriques du pape, entre autres des Dictatus Papae , dont le Décret de Gratien ne se fit pas l’écho. En revanche plusieurs thèmes grégoriens connurent un succès durable: la nécessité de distinguer clercs et laïcs, la volonté de faire échapper la papauté à l’emprise impériale, la primauté romaine comme base juridique d’une nouvelle organisation de l’Église, le rôle croissant des légats, l’instrument du concile comme organe de gouvernement de l’Église, le développement de la curie romaine, tels sont les vraies et durables innovations de l’œuvre grégorienne. Ce n’est pas un hasard, conclut R. Schieffer, si Grégoire VII ne fut canonisé qu’à l’époque de la Contre-Réforme en 1609.

Une bibliographie, une chronologie indicative et un index des noms de personnes complète ce petit volume qui représente une excellente introduction, très claire et précise en dépit de la brièveté de l’ouvrage.

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PSJ Metadata
Sylvain Gouguenheim
R. Schieffer, Papst Gregor VII. (Sylvain Gouguenheim)
CC-BY-NC-ND 3.0
Frühes Mittelalter (600-1050), Hohes Mittelalter (1050-1350)
Europa
Kirchen- und Religionsgeschichte
Mittelalter
4015701-5 118541862 4006804-3
1019-1085
Europa (4015701-5), Gregorius VII., Papa (118541862), Biografie (4006804-3)
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R. Schieffer, Papst Gregor VII. (Sylvain Gouguenheim)
In: Francia-Recensio 2012/1 | Mittelalter - Moyen Âge (500-1500)
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Veröffentlicht am: 18.04.2012 14:45
Zugriff vom: 17.02.2020 19:30
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