Direkt zum Inhalt | Direkt zur Navigation

L. Daireaux, »Réduire les huguenots« (Jean Bérenger)


Francia-Recensio 2012/2 Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500–1815)

Luc Daireaux, »Réduire les huguenots«. Protestants et pouvoirs en Normandie au XVIIe siècle. Préface d’André Zysberg. Postface de Bernard Roussel, Paris (Honoré Champion) 2010, 1120 p. (Vie des huguenots, 57), ISBN 978-2-7453-2081-0, EUR 205,00.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Jean Bérenger, Paris

Sur un sujet sensible et difficile, Luc Daireaux publie une thèse qui se veut exhaustive et qui en tout cas éclaire singulièrement l’histoire du protestantisme en Normandie entre l’édit de Nantes et l’édit de Fontainebleau, période durant laquelle la monarchie a fait, avec plus ou moins de bonne volonté l’expérience de la tolérance confessionnelle, qu’elle a toujours considérée comme un moindre mal, auquel il faudrait un jour remédier. Le choix de la province de Normandie, outre qu’il comble une lacune historiographique, est heureux, parce que depuis les années 1560, les huguenots demeurent une minorité, inférieure à 5% de la population, ce qui constitue une situation bien différente de celle du Languedoc ou du Dauphiné.

Mais cette société minoritaire n’est pas marginale, puisqu’elle comprend des bourgeoisies urbaines, mais aussi des seigneurs locaux dont la présence a facilité l’exercice du culte réformé dans les zones rurales (Pays de Caux et Basse-Normandie). L’originalité de la situation normande est mise en valeur et Luc Daireaux établit avec une grande précision la diversité des territoires normands, de leur peuplement, de leurs ressources et de leur pénétration par la Réforme. Cette étude permet de mieux comprendre les réactions variées des commissions d’application de l’édit. L’auteur insiste d’ailleurs sur la diversité des situations locales à l’intérieur de la province, mais son étude de Dieppe (vraie ville protestante, patrie d’Abraham Duquesne), de Rouen, du Havre et de Caen est particulièrement fine. Il montre, entre autres, la construction de temples (détruits à la révocation) sur un plan circulaire, situés en dehors de la cité (pour Rouen, l’implantation du temple à Quevilly, le long de la Seine, relié à Rouen par un coche d’eau après 1660 est comparable à celle du temple de Charenton pour Paris).

Si cet important ouvrage est une réussite exemplaire, c’est que l’auteur met en œuvre une abondante documentation en recourant à la fois à des fonds d’archives bien souvent négligés et aux travaux des historiens locaux. Il s’est attaqué, par exemple, aux registres du parlement de Normandie, dont la lecture a souvent rebuté les chercheurs. Mais au-delà des archives administratives locales (bailliages et paroisses), il s’est également intéressé aux procès-verbaux des consistoires et des synodes, qui reflètent les débats qui animent les églises réformées. Il en donne le résultat de ces enquêtes minutieuses dans 166 pages d’annexes et il nous montre ainsi que la justice royale fut très active dans l’application de l’édit de 1598 et très restrictive dans son interprétation. D’une manière générale, les magistrats catholiques font preuve d’un véritable acharnement contre les huguenots et il ressort de ce livre que la politique antiprotestante fut moins l’œuvre des évêques ou du clergé en général que de l’appareil d’État. Le but des magistrats est d’appliquer l’édit de Nantes de la manière la plus restrictive, en attendant les années 1680 où, par exemple, les nombreux officiers huguenots de la marine royale sont sommés de se convertir ou bien de démissionner. En effet, l’auteur montre bien que la révocation n’a pas éclaté comme un orage dans un ciel serein, mais s’insère dans une véritable stratégie: étouffer légalement le protestantisme pour rétablir l’unité confessionnelle du royaume.

C’est pourquoi le plan chronologique adopté par l’auteur est parfaitement justifié, car il était seul capable d’exprimer les nuances de la politique royale et l’évolution de la place qu’elle accordait aux réformés, Luc Daireaux étudie successivement la mise en œuvre de l’édit de Nantes dans les premières années du XVII e siècle, puis la mise à l’épreuve de la durée: la consolidation des églises réformées (1610–1660) avec la paix d’Alès et la perte des places de sûreté, lorsque l’édit de Nantes est réduit à un ensemble de clauses religieuses. Simultanément, il note une tendance générale au déclin démographique des communautés de Normandie. Il montre ensuite la réduction par les voies de la justice extraordinaire (1661–1671) ou par les voies de la justice ordinaire (1661–1678). Il passe ensuite à l’étude du démantèlement des églises réformées par la répression en Normandie (1679–1685), qui de 1660 à 1685 hésitent entre soumission et résistance. Enfin il consacre son dernier chapitre à la révocation de l’édit de Nantes et à son contrecoup en Normandie (1685–1688).

L’auteur a bien soin de montrer que la situation de la Normandie évolue d’une manière sensiblement différente de celle du Languedoc, dans la mesure où l’édit de grâce d’Alès ne marque pas une césure dans l’histoire des Huguenots normands, parce que ceux-ci ne se sont jamais révoltés. C’est en réalité après la Fronde, où pourtant les réformés ont fait preuve d’une parfaite loyauté à l’égard du pouvoir royal, que se développe une abondante législation restrictive, entièrement opposée à l’esprit de l’édit de Nantes. Le gouvernement multiple en effet des centaines de textes (arrêts du Conseil du roi ou arrêts du parlement) qui apportent des restrictions à l’exercice du culte, aux enterrements ou à l’entretien des cimetières, pour aller jusqu’à l’interdiction des mariages mixtes, C’est l’étude de détail basée sur des cas concrets, reposant sur le dépouillement minutieux des archives qui donne toute sa force à la démonstration.

Pourtant Luc Daireaux, en bon historien, ne se fait pas juge d’une politique royale dont il ne cache pas les excès même si les dragonnades ne font leur apparition qu’en 1685. Il propose ainsi à partir d’un exemple concret, une étude du fonctionnement complexe de la monarchie française. Il révèle ainsi la complexité d’une politique qui fut longue à définir et qui ne fut véritablement cohérente qu’après la révocation, car entre le roi et les magistrats des parlements, les commissaires (catholiques et réformés) et les juges ordinaires les divergences abondent, au point que la politique n’apparaît pas clairement jusqu’à l’acte final de 1685. Cet ouvrage s’inscrit donc dans une perspective d’histoire politique, d’histoire administrative, d’histoire religieuse et d’histoire régionale. Il est parvenu à faire œuvre originale sans méconnaître tous ceux qui avant lui ont écrit sur » Louis XIV et les protestants «.

Lizenzhinweis: Dieser Beitrag unterliegt der Creative-Commons-Lizenz Namensnennung-Keine kommerzielle Nutzung-Keine Bearbeitung (CC-BY-NC-ND), darf also unter diesen Bedingungen elektronisch benutzt, übermittelt, ausgedruckt und zum Download bereitgestellt werden. Den Text der Lizenz erreichen Sie hier: http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/de

PSJ Metadata
Jean Bérenger
L. Daireaux, »Réduire les huguenots« (Jean Bérenger)
CC-BY-NC-ND 3.0
Frühe Neuzeit (1500-1789)
Frankreich und Monaco
Kirchen- und Religionsgeschichte, Sozial- und Kulturgeschichte
17. Jh.
4042617-8 4026112-8
1598-1688
Normandie (4042617-8), Hugenotten (4026112-8)
PDF document daireaux_berenger.doc.pdf — PDF document, 93 KB
L. Daireaux, »Réduire les huguenots« (Jean Bérenger)
In: Francia-Recensio 2012/2 | Frühe Neuzeit - Revolution - Empire (1500-1815)
URL: https://prae.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2012-2/FN/daireaux_berenger
Veröffentlicht am: 20.07.2012 13:55
Zugriff vom: 27.01.2020 00:40
abgelegt unter: