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S. Kamp, Die verspätete Kolonie (Viviane Rosen-Prest)

Francia-Recensio 2012/2 Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500–1815)

Silke Kamp, Die verspätete Kolonie. Hugenotten in Potsdam 1685–1809, Berlin (Duncker & Humblot) 2011, 507 S. (Quellen und Forschungen zur brandenburgischen und preußischen Geschichte, 42), ISBN 978-3-428-13419-9, EUR 98,00.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Viviane Rosen-Prest, Paris

Cet ouvrage, version à peine retouchée de la thèse de l’auteur, est la première étude diachronique exhaustive sur la présence huguenote à Potsdam depuis la petite monographie du pasteur Jean George Erman (1785). Dans l’introduction méthodologique (A), l’auteur expose son choix du concept de transfert culturel ( » Kulturtransfer « ) comme fil conducteur, défini comme » échange réciproque entre migrants et autochtones, dont les deux parties sortirent transformées « . Le mot » Kultur « est bien entendu pris dans l’acception très large qu’il a en allemand. Ce concept est préféré à ceux d’intégration ou d’assimilation, considérés comme simplificateurs et à tendance téléologique. Le concept de transfert culturel, au contraire, permet de rendre compte de toute la complexité des situations de contacts entre colons et autochtones dans la longue durée, la ségrégation n’ayant pas nécessairement des effets négatifs mais pouvant avoir des aspects productifs sur l’entourage.

L’ouvrage se décompose ensuite en six chapitres, les trois premiers analysant la colonie dans son environment, les trois suivants étant plus spécifiquement consacrés au » transfert culturel « . Le très copieux premier chapitre (B, 50 pages) présente les conditions de départ originales de cette colonie » tardive « . La colonie de Potsdam appartient en effet à la deuxième vague de fondations huguenotes, sous le règne de Frédéric Guillaume I er , le Roi-Sergent (1713–1740), avec celles de Pasewalk et de Stettin dans la Marche Ukraine (Uckermark) au nord-est de Berlin, auxquelles elle est systématiquement comparée. Une colonie hollandaise, envisagée, ne vit pas le jour en dépit de l’installation d’une trentaine de familles, qui n’eurent jamais de statut officiel. Quant aux huguenots, il faut bien distinguer l’Église française, fondée en 1723, de la colonie, c’est-à-dire d’une organisation civile ayant sa propre juridiction, qui ne fut fondée qu’en 1731: ce fut la dernière colonie huguenote créée en Brandebourg-Prusse. Or, à cette date tardive, il ne s’agissait plus de réfugiés, mais de Français déjà établis qu’il fallait inciter à déménager; il fallait donc, pour les faire venir, leur proposer des conditions alléchantes, privilèges ou subventions. Ces colonies de la deuxième vague n’allaient pas de soi, elles nécessitaient une attitude beaucoup plus volontariste de l’État et d’importants moyens financiers, ce qui explique la création tardive, car l’argent manquait.

La comparaison avec Pasewalk et Stettin fait ressortir la spécificité de Potsdam, ville de garnison et ville de la cour. Une spécificité qui fut déterminante pour l’activité des colons » français « , la majorité d’entre eux vivant, dans les premières décennies, de la production de textile pour les uniformes de l’armée, mais aussi de cuirs, boutons et fournitures diverses. La colonie de Potsdam se distinguait aussi par la proximité de Berlin, aux effets parfois pervers. Globalement, après un démarrage en flèche dans les années 1730 et 1740 où elle atteignit une population de 577 colons, la colonie connut autour du milieu du XVIII e siècle des revers dont elle ne se releva jamais vraiment, sa population se réduisant de moitié dans les décennies suivantes. Sous Frédéric II, les guerres de Silésie éloignèrent la garnison, enlevant à la colonie son principal débouché. Plus globalement, la crise du textile vers le milieu du siècle entraîna des départs et des reconversions, plus d’un tisserand devenant maître de langue française ou maître de danse. Liée en grande partie à la cour, la »colonie de production« devint dès lors une » colonie de fonctionnaires « (p. 338).

Les deux chapitres suivants (C et D, 107 pages) situent la colonie dans le cadre de la ville de Potsdam ainsi que par rapport aux attentes de la politique royale. La ville fut marquée par la politique de construction volontariste massive du Roi-Sergent. Le nombre de maisons comme la population furent multipliés par dix entre 1713 et 1740, et cela essentiellement grâce à des colons, dont une bonne part de » Français « . » Dans la première moitié du XVIII e siècle, l’habitant de Potsdam typique était un étranger « (p. 130). Sous Frédéric II, la Colonie évolua beaucoup. Les années d’exemption permettant d’exercer un métier sans faire partie des corporations ( Freijahre ) touchaient à leur fin, ainsi que la dispense de logements militaires, charge importante à laquelle beaucoup cherchèrent à se soustraire en quittant secrètement la ville. L’État attendait beaucoup du développement de la sériciculture par la colonie, et sur ce plan les colons jouèrent un rôle de transfert culturel par leurs fonctions d’inspecteurs ou de formateurs, tout en apprenant à s’adapter aux conditions locales. Là encore, l’auteur prend soin de comparer cette évolution à celle d’une autre colonie, celle des tisserands réfugiés de Bohême en 1750 et installés à Nowawes, non loin de Potsdam, dont l’acculturation, plus rapide, sans doute en raison du moins grand prestige social de leur langue, était achevée autour de 1800. Des comparaisons sont également établies avec les Hollandais et les Juifs.

La seconde moitié de l’ouvrage (136 pages), examine le » transfert culturel « dans ses aspects juridiques (E), économiques (F) et culturels (G). Dans la partie » juridique « , il n’est question que de la juridiction civile française à laquelle se rattachaient les colons, et l’on peut regretter que l’auteur n’ait pas analysé les procès, toujours riches en enseignements. En revanche, elle passe en revue le lieu d’origine des colons: conséquence de la fondation tardive de la colonie, bien peu d’entre eux venaient de France, beaucoup étaient nés à Berlin, un bon nombre en Suisse. Quant au fameux Wahlbürgerrecht introduit par Frédéric II, droit pour tout étranger de choisir sa juridiction, » française « ou allemande, il ne concerna que très peu de personnes et fut donc sans incidence sur la composition de la colonie. La plupart des colons étant nés en Allemagne, il n’est pas étonnant que l’emploi de l’allemand ait été massif dans la colonie dès le milieu du XVIII° siècle. Vers la fin du siècle, nombreux furent les émigrés de la Révolution française à se rattacher à la colonie (un sur quatre vers 1800!), renforçant l’élément francophone, apparemment sans que cela cause de tensions particulières.

La partie économique (F) est du plus haut intérêt. On y voit l’importance de l’industrie textile, à laquelle viennent s’ajouter une manufacture de tabac (priser devient alors à la mode) et des tanneries. Ce sont ces dernières qui s’en sortirent le mieux, l’industrie textile souffrant de sa trop grande dépendance de l’armée, de l’absence d’autres débouchés et d’un manque chronique de capitaux. Une autre difficulté provenait de la chute démographique du milieu du siècle, due au grand nombre d’officiers à la retraite et au déficit de trentenaires, obligeant les colons à prendre des employés allemands (apprentis ou compagnons), ce qui accéléra le » transfert culturel « . Les premiers temps, le statut privilégié des maîtres, pouvant exercer hors des corporations, créa de nombreuses tensions avec les artisans allemands. Enfin, l’auteur tente de circonscrire quel fut le niveau de vie des colons français grâce, entre autres, à l’examen d’inventaires, dénotant une assez belle aisance, et par l’examen comparé des comptes de deux noces, celle de la fille du pasteur de la colonie Le Cointe, et celle d’un tisserand allemand. Si l’un et l’autre festoient avec faste, de façon, pour le pasteur, peu conforme à la tradition calviniste, et malgré les consignes de modération du roi Frédéric Guillaume I er , la noce » française « se distingue par la consommation d’huîtres, peut-être un souvenir des origines normandes du pasteur, et par l’abondance du vin. Pour intéressantes qu’elles soient, ces études de cas ne permettent pas de conclusions générales sur le niveau de vie dans la colonie.

De cet ensemble il ressort quelques idées fortes: si la colonie de Potsdam, après un bon départ, ne tint pas ses promesses, cela est dû à une politique de subventions et de pensions volontariste qui, liée au manque de débouchés et de capital, constitua plutôt une gêne qu’un soutien en maintenant les manufacturiers dans une dépendance excessive de la cour et de l’armée, et en faisant perdurer artificiellement des entreprises non viables. Il est frappant de constater que Silke Kamp arrive, pour la colonie de Potsdam, à des conclusions analogues à celles du pasteur Henri Tollin dans son grand ouvrage trop ignoré sur la colonie française de Magdebourg (1886–1894); selon lui, les manufactures françaises, manquant de capital et de débouchés, n’auraient pas survécu sans l’atmosphère de » serre « constituée par les subventions et les privilèges. Au total, il est impossible de considérer globalement le destin de la colonie de Potsdam comme une réussite économique.

Sur le plan culturel enfin (G), l’auteur examine successivement la vie de l’Église (baptêmes, mariages, offices religieux) ainsi que la paroisse de rattachement des différents colons; la langue parlée et écrite par les membres de la colonie; enfin les relations de la colonie avec la France. Elle constate que, pour cette colonie relativement petite, les contacts avec l’extérieur étaient incontournables, que ce soit pour des formes d’entraide, des relations économiques ou pour la recherche de partenaires en vue de mariages. Si les contacts des colons avec des catholiques étaient nombreux, cela n’avait que très peu d’incidence sur la vie de l’Église. Quant à la compétence en français, des lettres attestent qu’elle subsistait au milieu du siècle, mais était très hétérogène. Selon le pasteur Jean George Erman, à la fin du XVIII  siècle, un quart des membres de l’Église étaient incapables de suivre le culte en français. Quant aux contacts avec la France, ils sont attestés, en petit nombre, pour toute la période, mais concernent surtout des familles nobles. Lors de l’invasion par les troupes napoléoniennes (1806), les huguenots subirent les pillages et les logements militaires, comme leurs concitoyens allemands, et leur église servit, comme d’autres, d’entrepôt à fourrage. Enfin, l’auteur voit une preuve de la bonne intégration des huguenots de Potsdam dans le fait qu’après la défaite contre Napoléon, un des leurs, Jacques Papin, fut envoyé en négociateur à Tilsit par le comité des citoyens de la ville, et que lors des premières élections municipales en mars 1809, le juge huguenot Wilhelm Sankt Paul fut élu maire, même si ce choix ne fut pas ratifié par le roi. Cependant l’appartenance de Sankt Paul à la franc-maçonnerie le servit probablement davantage que son origine française.

L’ouvrage se termine par la liste exhaustive des 1625 membres de la colonie de Potsdam identifiés, avec quelques données biographiques sur chacun d’eux. Curieusement, l’index des personnes, lui, est peu important, et il n’y a ni index des lieux ni index thématique. Sur trois cartes (p. 357–359), Silke Kamp est parvenue à situer les habitations des réformés français en 1717–1728, celles des colons français en 1734–1752 et en 1783. On regrette l’absence d’un plan historique de la ville et de son entourage, qui aurait permis de se faire une idée plus claire de la situation du quartier français, du quartier hollandais, habité pour une bonne part par des huguenots, ainsi que de la colonie de Nowawes, résidence des Moraves.

L’une des principales qualités du travail de Silke Kamp est son approche comparatiste. Elle a constamment cherché à éclairer les différents aspects (politique, juridique, économique, culturel) non seulement à l’aide de l’étude de la ville de Potsdam elle-même et des interférences entre citoyens » français « et citoyens dépendant de la municipalité allemande, mais aussi par l’étude des relations des huguenots avec d’autres minorités plus ou moins privilégiées (Juifs, Hollandais, Moraves) et avec d’autres colonies, en particulier celle de Berlin, dont l’influence fut massive, mais aussi celles de Stettin et de Pasewalk. Ainsi met-elle en lumière – et en œuvre – le fait que l’étude du Refuge ne peut plus exister aujourd’hui en vase clos. L’approche théorique à travers le concept de » transfert culturel « ne constitue pas la partie la plus convaincante de son travail. L’application un peu trop volontariste de ce concept à toutes les parties de l’ouvrage n’est pas constamment productive et paraît parfois un peu plaquée sur le propos, ce qui n’enlève rien à l’intérêt ni à la pertinence des analyses. Au total, cet ouvrage a pleinement sa place dans un panorama du renouveau de la recherche huguenote, tant parce qu’il comble une importante lacune que par l’intérêt de son approche méthodologique.

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PSJ Metadata
Viviane Rosen-Prest
S. Kamp, Die verspätete Kolonie (Viviane Rosen-Prest)
CC-BY-NC-ND 3.0
Frühe Neuzeit (1500-1789)
DDR, (1945-1990), SBZ, Nordostdeutschland
Siedlungs-, Stadt- und Ortsgeschichte
Neuzeit bis 1900
4046948-7 4026112-8
1685-1809
Potsdam (4046948-7), Hugenotten (4026112-8)
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S. Kamp, Die verspätete Kolonie (Viviane Rosen-Prest)
In: Francia-Recensio 2012/2 | Frühe Neuzeit - Revolution - Empire (1500-1815)
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Veröffentlicht am: 20.07.2012 13:55
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