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    J. Nielsen-Sikora, Europa der Bürger (Carine Sophie Germond)

    Francia-Recensio 2012/2 19./20. Jahrhundert – Histoire contemporaine

    Jürgen Nielsen-Sikora, Europa der Bürger. Anspruch und Wirklichkeit der europäischen Einigung – eine Spurensuche, Stuttgart (Franz Steiner) 2009, 451 S. (SGEI – SHEI – EHIE), ISBN 978-3-515-09424-5, EUR 52,00.

    rezensiert von/compte rendu rédigé par

    Carine Germond, Maastricht

    Les citoyens sont-ils les grands oubliés de l’intégration européenne? Existe-t-il une Europe des citoyens ou ne sommes-nous simplement que les citoyens des pays membres d’une Union européenne encore en gestation? Cette Europe des citoyens, est-elle possible voire nécessaire? À quelle fin et comment la réaliser? Ces questions, qu’abordent cet ouvrage, sont plus que jamais d’actualité à l’heure où, sur fond de crise de l’Euro, symbole de cette »union toujours plus étroite« entre les peuples européens revendiquée comme objectif suprême de la construction européenne, et de montée de l’euroscepticisme, les citoyens européens doutent plus que jamais de l’Europe et de leur destin commun.

    Dans cette étude, Jürgen Nielsen-Sikora pose notamment la question de savoir s’il est légitime, dans le contexte de l’unification européenne, de parler d’une Europe des citoyens. En se fondant sur une vaste analyse historique et discursive remontant jusqu’au XVIII e siècle, il tâche d’en identifier les origines en retraçant les jalons qui ont historiquement façonné le discours actuel sur l’Europe et ses citoyens et d’en évaluer le degré de réalisation. Se faisant, l’auteur défend deux thèses principales: Primo, l’Europe des citoyens est possible; secundo, elle est nécessaire afin de donner une légitimation démocratique aux objectifs fixés dans les traités, même si sa réalisation reste encore très embryonnaire.

    Pour mettre en perspective l’émergence progressive bien qu’incomplète de cette Europe des citoyens, l’auteur s’appuie sur un vaste corpus de sources aussi bien archivistiques (en majeur partie allemandes) que littéraires et documentaires. En cinq jalons historiques, il retrace l’évolution de l’idée et du concept d’une Europe des citoyens depuis le siècle des Lumières et ses projets d’unification européenne, centrés sur l’idée kantienne de paix perpétuelle, aux discussions actuelles sur l’insuffisante intégration de la société civile dans l’Union européenne. L’angle d’analyse de l’auteur est donc avant tout celui d’une histoire des idées, une Begriffsgeschichte , dont l’objectif est de reconstruire l’origine historique et les transformations du terme »Europe des citoyens« au fil des siècles.

    Les deux premiers chapitres mettent en perspective le concept d’Europe des citoyens. Le premier chapitre offre notamment au lecteur un aperçu fascinant des débats intellectuels autour de ce concept et des problèmes méthodologiques que pose son analyse. Le second chapitre brosse un tableau des débats et controverses (par exemple fédéralistes contre fonctionnalistes) ayant influencé la réalisation du projet politique européen depuis 1945.

    Le premier jalon ouvre véritablement cette recherche historique sur les traces de l’Europe des citoyens annoncée par le sous-titre de l’ouvrage. Ce jalon couvre le long XIX e siècle et examine l’importance des discussions autour de la paix, du statut du citoyen et de l’idée d’Europe. Ces trois thèmes sont primordiaux dans la mesure où ils forment l’arrière-plan conceptuel de la construction européenne de l’après 1945. Celle-ci est analysée avec plus de détails dans les quatre jalons suivants qui explorent chacun de façon chronologique les diverses phases de l’émergence progressive de cette Europe des citoyens dans le cadre de l’Europe communautaire de l’après-guerre à nos jours.

    Dans le second jalon, l’auteur examine ainsi comment certaines des grandes idées du XIX e siècle sont revisitées et adaptées aux réalités de l’Europe de l’immédiat après-guerre avec, au centre des préoccupations, la paix et sa condition nécessaire, l’équilibre européen, notamment grâce à la réconciliation et à la coopération franco-allemande dans le cadre du traité de l’Élysée de 1963. L’auteur évoque également l’idée des »peuples européens«, thème politique central des discours de l’époque, qui joue un rôle de précurseur pour promouvoir l’Europe des citoyens.

    Le troisième jalon explore les tentatives concrètes de créer une Europe des citoyens de la conférence de La Haye (1969) à la signature du traité de Maastricht (1992). L’auteur y examine plus particulièrement trois étapes importantes: le rapport Tindemans, qui appelle pour la première fois à créer une Europe des citoyens, le succès (en demi-teinte) de l’élection au suffrage universel direct du Parlement européen, et enfin la création de l’Union européenne dont la vocation à devenir une Europe des citoyens peine néanmoins à se réaliser.

    Ces difficultés sont analysées avec plus de détails dans le quatrième jalon qui couvre la période 1992–2005. Le traité de Maastricht, qui créé l’Union européenne, instaure le principe d’une citoyenneté européenne et prévoit l’introduction d’une monnaie commune européenne, l’Euro. Le traité de Maastricht joue à cet égard le rôle d’un accélérateur mais marque aussi la fin du »consensus permissif« comme le démontre l’échec de la Constitution européenne. Ce jalon explore également l’émergence et la participation croissante d’une société civile européenne qui s’organise et se »transnationalise« de façon croissante comme le montre l’exemple du parti politique européen transnational (tendance conservatrice) des »Newropeans«.

    Constatant le fossé grandissant entre les ambitions et la réalité de l’Europe vis-à-vis de ses citoyens, l’auteur analyse, dans le dernier jalon, les problèmes auxquels l’Europe est confrontée avec pour dénominateur commun le primat de l’économique sur le politique et l’éloignement voire l’aliénation croissante des citoyens européens à l’égard d’une UE à laquelle ils ne peuvent participer que manière imparfaite.

    En conclusion, cet ouvrage livre une passionnante analyse du concept d’une Europe des citoyens et de son évolution sur la longue durée. Cette étude montre notamment le décalage croissant entre les idées et les discours politiques, qui font de la réalisation de cette Europe des citoyens à la fois un projet politique et l’objectif de la construction européenne, et la réalité. Si cette Europe des citoyens en devenir peut s’interpréter de manière réflexive, puisqu’elle renvoie, d’une part, aux bénéfices variés de la construction européenne pour les citoyens et, d’autre part, aux regards que portent les citoyens européens sur le projet européen, on peut regretter que les seconds soient finalement peu abordés dans cette étude. Par ailleurs, si l’auteur s’appuie sur un corpus documentaire impressionnant, il est dommage que l’essentiel des sources archivistiques soient allemandes. L’étude de sources françaises et anglaises – bien que certains dossiers conservés aux National Archives à Londres aient été consultés – auraient ainsi permis de faire la lumière sur des différences qui ne sont pas que sémantiques mais aussi conceptuelles, ainsi que Nielsen-Sikora le remarque lui-même, car cette Europe des citoyens c’est aussi la somme et le résultat de ces diverses conceptions. Cet ouvrage montre cependant l’intérêt de travailler sur la longue durée pour étudier l’histoire de l’intégration européenne.

    In fine , pour expliquer la réalisation encore imparfaite d’une Europe des citoyens, l’auteur met en avant la difficulté pour l’Union européenne »Konzepte wie das eines ›Europa der Bürger‹ auszubuchstabieren, gesellschaftlich tragfähig zu machen und politisch umzusetzen« (p. 85). Voilà sans doute le prochain grand défi européen.

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    PSJ Metadata
    Carine Sophie Germond
    J. Nielsen-Sikora, Europa der Bürger (Carine Sophie Germond)
    CC-BY-NC-ND 3.0
    Neuere Zeitgeschichte (1945-heute), Zeitgeschichte (1918-1945)
    Europa
    Politikgeschichte
    20. Jh., 21. Jh.
    4015701-5 4008764-5 4008767-0 4332847-7 4071026-9 4131753-1 4035262-6 4129611-4
    1930-2005
    Europa (4015701-5), Bürger (4008764-5), Bürgerbeteiligung (4008767-0), Bürgernähe (4332847-7), Europagedanke (4071026-9), Europäische Union (4131753-1), Leitbild (4035262-6), Politische Identität (4129611-4)
    PDF document nielsen-sikora_germond.doc.pdf — PDF document, 102 KB
    J. Nielsen-Sikora, Europa der Bürger (Carine Sophie Germond)
    In: Francia-Recensio 2012/2 | 19./20. Jahrhundert - Histoire contemporaine
    URL: https://prae.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2012-2/ZG/nielsen-sikora_germond
    Veröffentlicht am: 20.07.2012 15:05
    Zugriff vom: 27.01.2020 02:19
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