Direkt zum Inhalt | Direkt zur Navigation

    H. Heine, Lutetia: Correspondances sur la politique, l'art et la vie du peuple (François Labbé)

    Francia-Recensio 2012/3 Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500–1815)

    Heinrich Heine, Lutetia. Correspondances sur la politique, l’art et la vie du peuple. Traduction, annotation et postface par Marie-Ange Maillet, Paris (Les Éditions du Cerf) 2011, 368 S. (Bibliothèque franco-allemande), ISBN 978-2-204-09328-6, EUR 38,00.

    rezensiert von/compte rendu rédigé par

    François Labbé, Efringen-Kirchen

    Heinrich Heine avait souhaité livrer sous forme de volume au public allemand ses articles de la »Augsburger Allgemeine Zeitung« ( Gazette universelle d’Augsbourg ) consacrés à la France des années 1840 et il les avait réunis dans » Lutezia « (1854) après les avoir corrigés, amendés, complétés, actualisés afin que l’ouvrage réponde davantage que les » correspondances « de la » Augsburger « (parfois altérées, tronquées, édulcorées – par l’auteur lui-même pour des raisons de prudence ou par la rédaction du journal) – à la finalité qu’il poursuivait en les rédigeant: fournir à la fois un témoignage sur les réalités françaises et faire œuvre d’écrivain, de penseur. Cette traduction de la version ultime vient combler un manque car, comme le rappelle Marie-Ange Maillet, si ce texte a été présenté dès 1855 au public français (Lutèce, Œuvres Complètes de Henri Heine), il avait été adapté par l’auteur et son ami Richard Reinhardt pour mieux correspondre aux sensibilités françaises et il était important d’avoir enfin une traduction de l’original, diffèrent en de nombreux points.

    Le lecteur est ainsi confronté à un tableau ou plutôt à une série de regards jetés sur différents aspects de la société française: la vie politique dans ses incertitudes, avec ses ténors, leurs faiblesses et inconséquences, la vie culturelle avec ses ridicules et ses modes, les mouvements sociaux avec les révolutions en arrière-plan, la presse, les modes... Les portraits, se développant – ondoyant, devrait-on dire – sur plusieurs articles du roi, de ses ministres Thiers et Guizot sont particulièrement riches et informatifs car ils dépassent la simple peinture du personnage pour débusquer la personne dissimulée derrière la fonction. Le tableau de la vie culturelle met en lumière ces phares un peu oubliés aujourd’hui: Mignet, l’historien Thiers, Blanqui, Destutt de Tracy …, et les grands créateurs (particulièrement les compositeurs comme Spontini, Meyerbeer et la foule des musiciens allemands en France) apparaissent souvent sous un jour surprenant. Heine ne cache pas son peu de considération pour Victor Hugo ( » hugoïste « !) ou pour Lamartine dont il doute de l’honnêteté intellectuelle. En général, il apprécie peu la poésie française, trop peu naturelle, trop engoncée dans la versification contraignante des » inepties parfumées « ; le théâtre français ne le séduit pas plus avec ses ennuyeux classiques ou les auteurs modernes, comme Ancelot, Ponsard ou Scribe qu’il ne goûte pas du tout. Les salons ne l’enthousiasment pas vraiment et il est très partagé quant au talent d’Horace Vernet par exemple. Il porte une certaine admiration envers Augustin Thierry, envers Michelet, envers Mignet, Quinet … George Sand est une amie …, mais il n’est jamais amphigourique et l’hommage consenti est souvent relativisé par un coup de griffe. Sarcastique, ses compliments se déclinent souvent en critiques acerbes et ses critiques en compliments mesurés.

    Les événements rythment aussi la vie de ce Parisien d’adoption dont le regard possède une acuité sans pareil: le retour des cendres et sa signification profonde, l’affaire des juifs de Damas, les menaces de guerre, la mort du prince d’Orléans, les juifs de France, le mal-être social et ce » sombre héros de la tragédie moderne « : le communisme, souvent évoqué …

    À côté de cet aspect informatif et historique, l’ironie de Heine, sa perspicacité, le dévoilement auquel il se livre sans pitié des réalités françaises et humaines, une langue vive, colorée, souvent amusante, le sens des formules font que la lecture de » Lutetia « est un vrai plaisir. Heine ne peut jamais s’empêcher de reprendre d’une main ce qu’il a consenti de l’autre: son esprit caustique lui interdit tout manichéisme et c’est particulièrement en ce sens qu’il est un témoin fiable même si le prix à payer est élevé: la fresque qu’il nous donne à contempler et qu’il commente est celle d’un monde en définitive assez désespérant où règnent l’arrivisme et l’argent, l’affairisme et les faux-semblants, le mensonge et l’absence de perspectives.

    Heine nous parle aussi beaucoup de lui-même, directement et indirectement: ses goûts, ses détestations, ses engouements passagers, mais toujours avec modération. Il tient à rappeler avec un certain agacement et une rare prolixité qu’il est avant tout un poète allemand, assez fier de sa » germanité « quand on lui reproche d’avoir reçu quelques subsides du gouvernement français et qu’on le soupçonne de s’être fait naturaliser : » cela ne sied pas à un poète allemand qui a composé les plus beaux chants allemands « , même s’il tempère cette profession de foi en reconnaissant avec humour que, pour le prouver, il vient de commettre un véritable pavé, pour reprendre le nom que les journalistes français, dans leur jargon, donnent à une » défense malhabile qui tue celui qu’elle défend « .

    Le travail de Marie-Ange Maillet passionnera tous ceux qui s’intéressent à Heine et/ou à cette période du règne de Louis-Philippe, aux relations franco-allemandes à la veille du second Empire.

    La traduction fournie sert admirablement – à de très rares exceptions – la langue de Heinrich Heine. On peut seulement regretter une postface et pourquoi pas » préface « comme annoncé d’ailleurs ( » Aussi nous semble-t-il utile de préciser en préambule « ?) un peu rapide et un appareil critique réduit. Bien des personnages et des événements cités auraient mérité une note ou des développements plus importants, une remise en perspective, mais il est vrai qu’à l’époque d’Internet, il suffit de » cliquer « pour savoir ce que l’on souhaite approfondir!

    Lizenzhinweis: Dieser Beitrag unterliegt der Creative-Commons-Lizenz Namensnennung-Keine kommerzielle Nutzung-Keine Bearbeitung (CC-BY-NC-ND), darf also unter diesen Bedingungen elektronisch benutzt, übermittelt, ausgedruckt und zum Download bereitgestellt werden. Den Text der Lizenz erreichen Sie hier: http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/de

    PSJ Metadata
    François Labbé
    H. Heine, Lutetia: Correspondances sur la politique, l'art et la vie du peuple (François Labbé)
    CC-BY-NC-ND 3.0
    Neuzeit / Neuere Geschichte (1789-1918)
    PDF document heine_labbe.doc.pdf — PDF document, 86 KB
    H. Heine, Lutetia: Correspondances sur la politique, l'art et la vie du peuple (François Labbé)
    In: Francia-Recensio 2012/3 | Frühe Neuzeit - Revolution - Empire (1500-1815)
    URL: https://prae.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2012-3/FN/heine_labbe
    Veröffentlicht am: 12.09.2012 17:05
    Zugriff vom: 16.07.2020 06:07
    abgelegt unter: