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    L. Raphael, Imperiale Gewalt und mobilisierte Nation (Nicolas Patin)

    Francia-Recensio 2012/3 19./20. Jahrhundert – Histoire contemporaine

    Lutz Raphael, Imperiale Gewalt und mobilisierte Nation. Europa 1914–1945, München (C. H. Beck) 2011, 319 S. (C. H. Beck Geschichte Europas), ISBN 978-3-406-62352-3, EUR 14,95.

    rezensiert von/compte rendu rédigé par

    Nicolas Patin, Saint-Ouen

    Écrire une histoire globale de l’Europe est déjà une gageure; quand il s’agit de décrire et d’expliquer la période 1914–1945, cette » guerre de trente ans « si dense en événements d’une ampleur extraordinaire, cela relève du défi. C’est pourtant celui-ci que relève les éditions C. H. Beck, avec sa série » L’Histoire de l’Europe « du Haut Moyen Âge à nos jours, et plus particulièrement Lutz Raphael dans un ouvrage court et solide intitulé » l’Europe 1914–1945. Pouvoir impérial et nation mobilisée « , publié en 2011.

    Débutant son récit par un panorama du continent européen en 1900, l’auteur referme son propos sur un bilan, 47 ans plus tard, des conséquences des deux guerres mondiales sur ce continent, qui, au début du XX e siècle, dominait le monde. On peut suivre la perte de pouvoir – certes relative – mais essentielle, du continent, en l’espace d’un demi-siècle. Alors qu’en 1900, les puissances européennes sont à la tête du monde, d’un empire colonial gigantesque, et que même les États-Unis sont perçus comme une un produit de la culture européenne (p. 27), en 1947, l’eurocentrisme n’est plus de mise: l’entre-deux-guerres, en même temps qu’il matérialisait un immense laboratoire de la modernité, d’expériences radicales et ambitieuses, fût une respiration ténue entre les deux immenses massacres que sont la Grande Guerre et la Seconde Guerre mondiale.

    Pour illustrer les évolutions nombreuses qui traversèrent le continent, entre ses deux bornes, l’auteur choisit cinq thématiques: la confrontation impérialiste qui culmine dans le premier conflit mondial et la réorganisation des empires; une histoire politique des démocraties et des nations dans l’entre-deux-guerres; une histoire des évolutions technologiques et de la vie quotidienne; l’influence de la crise économique; l’expansion de nouveaux modèles dictatoriaux et fascistes; enfin l’apogée de destruction de la Seconde Guerre.

    Se faisant, l’auteur manie deux compétences avec dextérité: la première des richesses de l’ouvrage repose dans son ouverture géographique. Non content de systématiquement évoquer l’Europe du Sud et l’Europe de l’Est – qui manquent souvent cruellement aux descriptions historiques européennes, souvent réduites à l’Ouest – l’auteur possède une connaissance importante de l’Europe du Nord, son récit fourmillant de développements comparatifs intéressants sur les évolutions souvent très divergentes des zones qui composent une Europe bien moins homogène qu’elle ne l’est aujourd’hui. Cette compétence, il l’applique aussi à une analyse systématique des empires coloniaux et de leur lien avec la métropole, pièce maîtresse d’une réflexion sur l’impérialisme et de ses continuités d’avec la montée des dictatures des années 1930. Dans le bilan qu’il dresse à la fin de l’ouvrage, l’auteur montre que ce temps de la »puissance impériale« se termine dès les dernières heures de la Seconde Guerre: le temps des empires a pris fin.

    Une deuxième qualité de l’ouvrage est la capacité de son auteur à isoler, au sein de facteurs innombrables, des lignes de force essentielles dans l’évolution socio-économique de l’époque: l’attention toujours maintenue à la différence entre le monde paysan et le monde urbain, aux progrès de l’industrialisation, à la diachronie entre un processus de modernisation accéléré des centres urbains et une résistance forte des milieux ruraux, permet de comprendre, à l’échelle du continent, un mouvement général de tension liée à la modernisation et à la rationalisation économique, qui se décline dans de nombreux pays dans des gammes différentes. Cette focalisation sur les données socio-économiques et socio-culturelles globales permet d’opérer une revalorisation de la solidité de la démocratie dans les années 1920: l’auteur passe assez rapidement sur les relations internationales et les processus de paix, sujet classique de cette période, pour montrer que jusqu’à la crise de 1929, les chances du système démocratique, libéral et parlementaire étaient réelles. Ce n’est qu’à partir du choc économique terrible qu’une majorité des pays les plus touchés basculent; 13 États passent dans le camp autoritaire (p. 186). Le point de rupture est bien le jeudi noir.

    Le deuxième paradigme de l’ouvrage – à côté d’une analyse sur le temps long de l’impérialisme des nations européennes – est la compréhension de la naissance des régimes autoritaires en Europe, concentrés sur les deux modèles fascistes et le modèle soviétique. Chaque modèle est décrit en une dizaine de pages, dans l’optique de comprendre les points communs et les différences que l’auteur entrevoit dans la capacité des régimes à » nationaliser les masses « et à » mobiliser le peuple « (p. 196), ce qui rime souvent, notamment pour Mussolini, à militariser les masses, tout en créant un activisme politique fort, que l’esthétique du pouvoir vient transformer en symbole. La volonté d’analyser dans le même cadre les trois régimes est ambitieuse: elle permet à Raphael de montrer comment dans les deux dictatures fascistes et nazies, menées par un » Führer plébiscitaire « , l’adhésion avait une place forte, là où, en URSS, la majorité de la population se méfiait ou détestait le régime, et était contraint par la force brutale à un projet de » dictature de la civilisation « (p. 216).

    Cette partie de l’ouvrage se resserre sur une étude de cas des trois régimes, abandonnant l’ampleur de vue propre au reste du propos; on ressent – et Rainer Behring le souligne sur le site de recension sehepunkte – que dans la partie concernant le totalitarisme, Raphael ne mobilise pas tous les derniers acquis de l’historiographie sur la comparaison entre les régimes et sur leurs différences. Mais dans son ambition de synthèse, il permet d’approcher dans un seul souffle les formes de violence propres à cette période et à ces régimes.

    Résumer toute l’histoire européenne des années 1914–1945 aurait été impossible en 313 pages; Lutz Raphael propose une synthèse ambitieuse, articulée sur les deux notions d’impérialisme, à l’extérieur des nations, et de mobilisation, à l’intérieur des sociétés, pour comprendre le passage à la modernité du continent européen. L’ouvrage tombe à de très rares moments dans des catalogues un peu descriptifs, mais en mobilisant des données socio-économiques générales, il permet de comprendre le poids relatif de certains facteurs, et de pondérer certaines évidences acquises par le récit traditionnel.

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    PSJ Metadata
    Nicolas Patin
    L. Raphael, Imperiale Gewalt und mobilisierte Nation (Nicolas Patin)
    CC-BY-NC-ND 3.0
    Neuzeit / Neuere Geschichte (1789-1918), Zeitgeschichte (1918-1945)
    Europa, Weltgeschichte
    Militär- und Kriegsgeschichte, Politikgeschichte, Wirtschaftsgeschichte
    20. Jh.
    4015701-5 4026651-5 4041300-7
    1914-1945
    Europa (4015701-5), Imperialismus (4026651-5), Nationalismus (4041300-7)
    PDF document raphael_patin.doc.pdf — PDF document, 106 KB
    L. Raphael, Imperiale Gewalt und mobilisierte Nation (Nicolas Patin)
    In: Francia-Recensio 2012/3 | 19./20. Jahrhundert - Histoire contemporaine
    URL: https://prae.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2012-3/ZG/raphael_patin
    Veröffentlicht am: 13.09.2012 10:45
    Zugriff vom: 27.01.2020 01:26
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