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J. Requate, Frankreich seit 1945 (Steffen Prauser)

Francia-Recensio 2012/3 19./20. Jahrhundert – Histoire contemporaine

Jörg Requate, Frankreich seit 1945, Göttingen (Vandenhoeck & Ruprecht) 2011, 254 S. (Europäische Zeitgeschichte, 4), ISBN 978-3-8252-3536-9, EUR 19,90.

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Steffen Prauser, Paris

Les bonnes synthèses de l’histoire française de l’après-guerre en allemand ne manquent pas, mais elles mettent toutes l’accent sur l’histoire politique 1 . Jörg Requate offre avec » Frankreich seit 1945 « une histoire totale de la France de 1945 à nos jours sur un peu plus de deux cents pages. À côté de l’incontournable histoire politique, celles de la culture, de la société, des médias de masse et de l’économie y trouvent une grande place. Requate avance trois fondements sur lesquels l’histoire française de l’après-guerre (et en conséquence) son ouvrage reposent: La république, la sacralité de l’État, et le modèle spécifique français de » l’Occident « avec son État-providence et son interventionnisme public important (p. 11–21). Un quatrième axe, plus implicite, traverse son ouvrage: la modernisation – l’histoire d’une profonde transformation de la société française, d’une société encore largement rurale au début des années cinquante en une société urbanisée et industrialisée, voire postindustrielle.

Pour décrire ce processus, l’auteur se sert du concept des » Trente Glorieuses « créé par Jean Fourastié afin de caractériser la période 1945–1973. Comme ailleurs en Europe, cette période est marquée par une surnatalité surprenante, une croissance économique impressionnante, une urbanisation fulgurante et l’émergence de la société de consommation. L’auteur souligne tout de même quelques spécificités: contrairement à l’Allemagne ou à l’Italie, la croissance atteint son apogée en France seulement dans les 1960, après la guerre d’Algérie et après la stabilisation du régime politique (p. 102). À ce moment, la France dépasse tous les autres pays occidentaux en termes de croissance économique. Le baby-boom français, lui aussi coïncide avec le même développement ailleurs en Europe. Il reste néanmoins une spécificité française: d’un côté ce boom survient dans un pays où le manque d’enfants hantait les autorités pendant des décennies avant 1945. D’un autre côté, ce baby-boom français, contrairement aux autres pays européens ne s’est jamais tari depuis.

La formation de la société de consommation a été vécue dans toute l’Europe occidentale comme une américanisation. Celle-ci a déclenché parfois de vives réactions, voire des résistances; mais nulle part ailleurs ces résistances n’ont été aussi virulentes qu’en France (p. 108). Bien que cette » américanisation « se soit enfin révélée irrésistible et que les esprits se soient enfin calmés, même en France, Requate montre que les Français ont gardé jusqu’à nos jours un comportement de consommation particulier orienté vers des traditions culinaires. Un comportement qui permet la survie des petits commerçants dont les produits ne sont pas nécessairement compétitifs dans un sens strictement capitaliste (par ex. les fromagers, p. 109).

Puisqu’il porte d’une certaine façon un regard allemand sur la France, Requate met en évidence l’exception française surtout en comparaison avec la République fédérale d’Allemagne. Ainsi montre-t-il que le système scolaire fran ç ais a été bien plus égalitaire que celui de la RFA et que la démocratisation de tout le système éducatif a fait des progrès importants, d’abord sous la présidence de Charles de Gaulle, et après surtout sous celle de François Mitterrand. D’un autre côté, il constate que ce processus d’ouverture s’est arrêté et va dans le sens opposé depuis les années 1990. Une spécificité française qui, en théorie, allait à l’encontre de cette démocratisation – même sous Mitterrand – a été évidemment l’existence des grandes écoles (p. 116–119).

La promotion de la culture française et de la culture non-commerciale par l’État, surtout sous les deux ministres de la Culture, André Malraux et Jack Lang, place la France dans une situation exceptionnelle (p. 137–138). Tout aussi exceptionnel est le pouvoir considérable qu’ont gardé les agriculteurs en France en dépit de leur importance économique et électorale désormais relative (p. 121). Les généreuses prestations sociales que répartissait la République depuis la Seconde Guerre mondiale sont aussi source d’étonnement pour l’observateur étranger. Ce qui saute ici particulièrement aux yeux sont les régimes spéciaux comme le fait que ce furent des gouvernements de droite (de Gaulle, Valéry Giscard d’Estaing) qui ont augmenté le plus les dépenses sociales (p. 182–184).

Requate constate une attitude plus positive quant aux dépenses sociales parmi les hommes politiques français que chez leurs homologues européens. Ainsi, par exemple, l’introduction du revenu minimum d’insertion (RMI) fit l’objet d’un consensus général en 1988 (p. 185). De même, les nationalisations de certaines industries clés rencontrèrent davantage de soutien politique en France qu’ailleurs en Europe – au moins jusqu’aux années 1990. L’auteur donne l’exemple de l’ouvrier français qui se trouvait, en 1982, en haut d’un barème européen de revenus dès qu’il était père de deux enfants, ceci grâce aux généreuses allocations familiales allouées par l’État (p. 186–189).

Il semble donc d’autant plus étrange, d’un point de vue anglo-américain et même allemand, que la France connaisse régulièrement des grèves virulentes, voire violentes. Dans une certaine mesure, Requate surestime ici pourtant la violence réelle qui accompagne ces grèves. Même les récentes prises d’otages qu’il cite comme preuve (p. 213–214), sont certes très déplaisantes pour la victime, mais restent plutôt dans un cadre de violence symbolique. De plus, l’auteur observe, à juste titre, que l’objet d’une grève n’est pas le même: en Allemagne par exemple, la grève est utilisée en dernier recours lorsque les négociations sur la convention collective n’aboutissent à rien. En France, en revanche, la grève est un moyen pour déclencher ces négociations. Bien française reste la solidarité générale dont bénéficient les grévistes (p. 217).

Dans les passages sur la modernisation, l’auteur nous rappelle que la construction des grands ensembles immobiliers dans les banlieues répondait à une pénurie de logements aiguë et que là, où s’érigent aujourd’hui ces tours, certes monstrueuses, autrefois se trouvaient de véritables bidonvilles – » une toile de fond cruciale pour comprendre la politique urbanistique « (p. 111) pendant les Trente Glorieuses. Ainsi, entre 1945 et 1975, neuf millions d’appartements ont été construits; en d’autres termes, le nombre total de logements a doublé (p. 110).

Une synthèse historique ne peut être qu’incomplète, si elle ne prend pas en considération l’histoire politique d’un pays – un avis visiblement partagé par Requate. En suivant René Rémond, l’auteur porte un jugement plutôt positif sur la IV e République et insiste sur l’interprétation que cette république a survécu à des crises importantes. Seule la crise politique majeure causée par la guerre d’Algérie lui aura donné un coup mortel (p. 89). Certes, Requate rappelle au lecteur par exemple que le leader du Parti communiste français, Maurice Thorez, est resté jusqu’à la fin de sa vie un stalinien aguerri, qui avait même essayé de mobiliser son homologue italien Palmiro Togliatti contre le » réformiste « Khrouchtchev (p. 44). Il ne parle pourtant pas d’une » guerre civile larvée « comme le fait Serge Bernstein pour qualifier les multiples manifestations violentes et les sabotages orchestrés par le PCF et la CGT après 1947 2 . La » Troisième force « réussit malgré des menaces de gauche – et de droite également (Gaullisme naissant et Poujadisme) – et des changements de gouvernement fréquents à garder une relative stabilité et pilote la France à travers la grosse mer que représentait l’immédiat après-guerre avec tous ses défis qui sont la reconstruction, la guerre froide, la décolonisation, la modernisation économique et l’intégration européenne.

Dans ce contexte, Requate offre une évaluation du rôle du MRP particulièrement positive (p. 51–53). Par rapport à de Gaulle et au Gaullisme, il reste un peu plus critique. Il reconnaît au Général une clairvoyance évidente dans l’affaire algérienne (p. 82) et rappelle que de Gaulle aurait en 1958, malgré tout, accédé au pouvoir selon des formes légales (p. 92). La toute-puissance de de Gaulle dans la V e République et certaines pratiques de ce dernier, comme par exemple quand il imposa l’élection du président par suffrage universelle contre l’opinion du Parlement (p. 95), ne trouvent guère l’approbation de l’auteur. La notion ou le concept de » dictature « utilisé par Mitterrand pour dénoncer le régime gaullien lui semble certes excessif, mais Requate y voit un fond de vérité (p. 95).

Cet avis partiellement partagé, reste apparemment son seul point de convergence avec François Mitterrand. De la présidence de ce dernier, l’auteur ne trouve que peu de bien à dire. Le jugement sur sa politique économique est particulièrement sévère. Requate y voit un keynésianisme vulgaire. La relance de l’économie grâce à l’augmentation du SMIC et des prestations sociales fut, selon l’auteur, un échec total (p. 193) et Mitterrand a dû changer de cap rapidement. Sa politique étrangère en Afrique et surtout au Liban ( » complètement ratée « p. 205) ne suscite guère plus d’admiration chez l’auteur. Et après avoir mentionné les affaires » Pierre Bérégovoy « et » Rainbow Warrior « , l’appréciation de l’abolition de la peine de mort et l’autorisation des radios libres n’améliorent que faiblement le bilan plutôt mitigé des années Mitterrand.

Ce bilan semble particulièrement mauvais car l’auteur manifeste une neutralité presque exemplaire sur la plupart des 252 pages qu’il a consacrées à l’histoire française. Dans son ensemble, cette synthèse est très réussie, et les lacunes y sont rares. Évidemment, on pourrait déplorer que l’auteur n’ait pas mentionné le terrorisme de l’Action directe et qu’il parle de la musique des années 1960 et de Johnny Halliday, mais reste muet sur le rôle du sport et de Zinedine Zidane qui n’a certainement pas moins marqué la jeunesse française des quinze dernières années. Mais, dans l’ensemble, les choix de l’auteur sont convaincants, le texte est bien écrit et agréable à lire. La bibliographie partiellement annotée est fort utile, même si quelques ouvrages de référence manquent 3 .

1 Voir Wilfried Loth, Geschichte Frankreichs im 20. Jahrhundert, Stuttgart 1987; Ernst Weisenfeld, Geschichte Frankreichs seit 1945. Von de Gaulle bis zur Gegenwart, 3 e édition révue, Munich 1997; voir également le chapitre traitant de l’après-guerre de Stefan Martens dans: Heinz-Gerhard Haupt (dir.), Kleine Geschichte Frankreichs, Ditzingen 2008, p. 417– 474.

2 Ainsi Serge Bernstein dans: Serge Bernstein, Michel Winock, La République recommencée. De 1914 à nos jours. Histoire de la France politique, t. 4, Paris 2008 p. 297–299.

3 Il est regrettable que l’ouvrage de Sylvie Thénault, Histoire de la guerre d’indépendance algérienne, Paris 2005, n’ait pas été cité. Son interprétation reste, certes, discutable, mais il s’agit d’une excellente synthèse qui est désormais incontournable. Un autre ouvrage de référence est celui de Sudhir Hazareesingh, Le mythe gaullien, Paris 2010.

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J. Requate, Frankreich seit 1945 (Steffen Prauser)
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Frankreich (4018145-5), Geschichte (4020517-4)
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J. Requate, Frankreich seit 1945 (Steffen Prauser)
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Veröffentlicht am: 13.09.2012 10:50
Zugriff vom: 25.02.2020 08:25
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