Direkt zum Inhalt | Direkt zur Navigation

C. Zwierlein, Der gezähmte Prometheus (Claude Michaud)

Francia-Recensio 2012/4 Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500–1815)

Cornel Zwierlein, Der gezähmte Prometheus. Feuer und Sicherheit zwischen früher Neuzeit und Moderne, Göttingen (Vandenhoeck & Ruprecht) 2011, 433 S. (Umwelt und Gesellschaft, 3), ISBN 978-3-525-31708-2, EUR 49,95.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Claude Michaud, Paris

Depuis les années 1990, les catastrophes naturelles et autres événements extrêmes sont devenus un domaine nouveau de l’histoire. Les grands incendies urbains ne sont pas à proprement parler des catastrophes naturelles, sauf en cas de foudre; ils sont néanmoins des faits marquants dans l’histoire des villes, tels le Great Fire de Londres en 1666 ou l’incendie de Hambourg en 1842. À la période moderne, le danger s’est mué en risque et la société de l’insécurité vit se développer le principe d’assurance contre ce qui était auparavant considéré comme un décret de la Providence. L’histoire du sentiment de sécurité fut initiée par Lucien Febvre et développée par Jean Delumeau. Les guildes et les confréries furent les formes médiévales et modernes de l’assurance contre les aléas de la vie. Le contrat d’assurance, sous sa forme juridique, naquit en Italie au sein du commerce maritime méditerranéen – la première vraie police est datée de 1350 à Palerme – avant de se généraliser en Espagne, au Portugal, aux Pays-Bas, en Angleterre, en France … La mer était l’espace du danger (tempêtes, piraterie, longueur des voyages) et cette insécurité devint une valeur marchande. Le droit dut faire sa place au contractus assecurationis que le droit romain ignorait. Après Grotius, s’il n’y eut plus de contestation sur la validité morale de tels contrats, l’argument de l’utilité l’ayant emporté sur les soupçons d’assimilation au prêt à intérêt, il convint de donner une forme à ce nouveau contrat, soit l’apparenter au risque à la vente, emptio vendito pericoli , ou alors le laisser dans la catégorie du contractus innominatus . Le premier traité sur les assurances, manifestation du transfert de connaissances du monde marchand vers le monde savant, fut celui de Rutger Ruland en 1630 1 , suivi en 1652 par un écrit de Franz Stypmann 2 , un élève de Grotius.

Les incendies à grande échelle ont fait l’objet d’une copieuse bibliographie. Pour l’Allemagne et l’Autriche, Erich Keyser lança, au 7 e Congrès international des sciences historiques de Varsovie, une enquête à partir des livres de ville ( Stadtbücher ): entre 1000 et 1930, 8200 incendies recensés dans 1964 villes, avec des pics pendant la guerre de Trente Ans et celle du Palatinat, ou lors des années de grande sécheresse comme en 1540 (33 incendies) ou en 1666; le XVIII e siècle fut assez calme, les incendies reprirent après 1800 en corrélation avec l’industrialisation des grandes villes. La préhension que l’on avait alors des incendies se modifia profondément. Comme les pestes ou les inondations, ils étaient considérés comme des punitions du Ciel et les prêches appelaient à la pénitence. Avant même que Franklin n’expliquât scientifiquement la foudre, la sécularisation du temps des Lumières mit en avant les phénomènes naturels. La mutation de la pensée fut parfois rapide: lorsque en 1750 l’église Saint-Michel de Hambourg fut frappée par la foudre, une journée d’offices dédiés fut ordonnée dans toutes les églises, 15 prêches furent imprimés et jusqu’en 1765 au moins, on commémora la catastrophe. Les réactions furent les mêmes pour le tremblement de terre de Lisbonne. En 1780, lorsque la ville de Gera brûla, il ne fut mention que d’un malheur qui devait susciter l’émotion et la pitié. Un cahier en couleurs est partiellement consacré aux représentations figurées des incendies. La peinture demeure souvent tributaire des exemples antiques et mythologiques, Troie ou Sodome; l’estampe, elle, se rapproche de la temporalité et matérialité de l’événement.

Les villes se préoccupèrent des moyens de prévenir les incendies et de les maîtriser quand ils éclataient: réserves d’eau pendant les temps de sécheresse, pompes, lances, compagnies de pompiers permanents, veilleurs, système d’alerte, règlements sur la construction et le ramonage des cheminées, sur les matériaux de construction … La fréquence des incendies à Hambourg amena la promulgation de grandes ordonnances dès 1626; avec l’industrialisation de la ville (tabac, sucre, métallurgie), les mesures furent renforcées. La figure de proue de la sécurité hambourgeoise fut Johann Georg Repsold, un savant et un praticien mécanicien, Oberspritzenmeister de la ville en 1808, mort en héros en 1830, immortalisé par sa statue. En Prusse, le Directoire des Guerres et Domaines eut un rôle essentiel; après l’incendie de Crossen en 1708, les prescriptions étatiques innovèrent pour la reconstruction de la ville. Après celui de Lebus (au nord de Francfort/Oder) en 1801, on ne respecta pas l’ancien parcellaire afin de créer des places et élargir et redresser les rues; les granges et les toits de chaume ou de bois furent prohibés. Les incendies furent une préoccupation des Lumières et le thème fut l’objet des concours académiques pour l’invention de machines, l’organisation de la prévention. Le docteur Johann Friedrich Glaser fut couronné par l’académie de Göttingen pour ses travaux sur la façon de rendre le bois ininflammable. La simple police des autorités municipales ou étatiques se transformait en caméralisme scientifique qui tirait parti de toutes les couches du savoir, tacit knowledge , innovation, savoir savant, recettes de la Volksaufklärung . Émergeait un monde où la catastrophe du feu était une rupture de la normalité et où le régime de sécurité devenait la norme. C’est dans les décennies 1680–1700 que se produisit cette mutation fondamentale. Deux laboratoires furent les pionniers de cette culture innovante, Londres et Hambourg. En 1681 naquit à Londres la première compagnie d’assurance contre l’incendie, sous forme d’une compagnie par action, le Fire Office. L’initiative était à la croisée de deux démarches, l’une scientifique, les calculs de probabilité et les statistiques – la compagnie devait être rentable –, l’autre pragmatique et expérimentale, le nombre de maisons classées selon le type de matériau, incendiées depuis le Great Fire de 1666. La figure marquante du temps fut Nicholas Barbon, propriétaire de tuileries, pionnier de la spéculation immobilière au moment du grand boom de la reconstruction après la catastrophe de 1666, promoteur de la croissance urbaine de la capitale, défenseur de l’initiative privée contre le rôle de l’État lors du conflit de concurrence en ce temps de précapitalisme entrepreneurial, un précurseur d’Adam Smith et de la théorie de la croissance. Selon certains (mais il y a des contradicteurs), les banques et les assurances fournirent l’infrastructure de la révolution industrielle. Le laboratoire de Hambourg est d’autre nature. La Hamburger Feuerkasse vit le jour en 1676, sans qu’il y ait eu auparavant une catastrophe de l’ampleur de celle de Londres. Les commerçants pratiquaient l’assurance maritime tandis que la bourgeoisie et le sénat de la ville (le conseiller Hieronymus Sillem) créèrent la Hamburger Feuerkasse qui fut mise à contribution lors de l’incendie de 1684. Cette initiative pratique fut théorisée par Leibniz qui s’était occupé des assurances sur la vie, des rentes et des pensions lorsqu’il était à la cour de Hanovre. Pour lui, le principe d’assurance ne se comprenait qu’à l’intérieur d’une société de solidarité où l’État était l’assureur général. En employant l’expression assecuratio contra casus fortuito , Leibniz dépassait l’horizon du droit romain et la littérature du droit commercial pour une perspective élargie à l’ensemble de la société et de l’État. Le malheur conduisant à la désespérance et à la méchanceté, il revenait à l’État, tel un navire affrontant les risques, de prévenir par l’assurance. À l’inverse de l’Angleterre qui s’en remettait aux milieux d’affaires, Leibniz prônait un caméralisme d’État. La place de l’Angleterre et de l’Allemagne du Nord dans le processus de sécurisation de la société, deux aires protestantes, alors que l’Italie médiévale avait initié le principe d’assurance, ne manque pas de rappeler les thèses wébériennes. Peut-on faire le lien entre l’angoisse eschatologique, le sentiment d’insécurité et l’assurance? En ces décennies charnières de la fin du XVII e siècle, l’Italie était en retrait, le grand commerce colonial largement aux mains des puissances protestantes qui n’avaient pas, à la différence des États catholiques comme la France ou l’Espagne, les Mercédaires et les Trinitaires et autres organismes religieux pour le rachat des captifs. La mentalité assurancielle, sauf pour les bateaux et les marchandises, y était moins développée. Au XIX e siècle, la globalisation des assurances sur le modèle britannique fut un aspect d’un premier capitalisme mondial; l’intégration des traités d’assurance dans les corpus du droit civil fut l’œuvre des juristes des villes hanséatiques allemandes et néerlandaises. Entre 1680 et 1810, 80 traités d’assurances contre le feu furent publiés, trois seulement firent allusion au fait que l’incendie pouvait être une punition divine.

La société assurant la sécurité et la félicité des peuples devint donc la norme de la pratique politique qui devait donc créer des instituions pour contenir les incendies, les inondations, les épidémies … S’inspirant de Jean-Jacques Rousseau, Ferdinand-Friedrich Pfeiffer considérant que l’homme particulier n’était pas un, mais partie d’un tout, aboutissait à la conclusion que c’était ce tout qui devait être l’objet des institutions d’assurance. L’assurance devenait un devoir de gouvernement de l’État éclairé pour une société normale. L’assurance des immeubles contre l’incendie était aussi un investissement sur le futur, la maison était faite pour passer aux descendants, la durée impliquait la sécurité. L’auteur fait le lien avec le souci actuel de l’environnement à préserver pour les générations futures et établit la congruence entre la pensée assurancielle et le développement durable qui n’est pas une idée d’aujourd’hui; dès le Moyen Âge, la préservation des forêts fut l’objet d’ordonnances de police. D’un côté, la nature, de l’autre le capital économique, sans ignorer que la nature est le capital fondamental. Certes, l’assurance contre les catastrophes naturelles est une assurance contre une nature ennemie de l’homme, tandis que le développement durable est une préservation de la nature contre l’homme ennemi. Cette inversion du sens ne doit pas cacher la similitude des structures de pensée.

Pour finir, retour à l’espace et à la globalisation du régime de la sécurité sur le modèle des compagnies privées de l’Angleterre, dont le dynamisme assura une expansion mondiale. Les très riches archives du Sun Fire Office, créé en 1835, permettent de suivre cette politique de conquête des marchés à partir de quatre exemples, Hambourg, Istanbul, Bombay/Calcutta et New York. Installé dans le grand port allemand dès 1836, le Sun Fire Office encaissa l’incendie qui ravagea la ville du 4 au 8 mai 1842; l’agent sur place de la compagnie William Elliott, comme l’inspecteur Richard Atkins, chef du département étranger, avaient sous-estimé le danger d’une industrialisation forte, celui des raffineries de sucre en particulier. Précédemment à Smyrne, l’agent Woods s’installa à Istanbul en 1864. La vieille ville turque, toute de bois, était jugée très vulnérable. Ce fut cependant le quartier de Pera, que Woods considérait comme sûr car il était souvent bâti de pierre, qui fut ravagé en 1870. La reconstruction fut lente et bien peu d’immeubles et maisons étaient assurés en 1908. Aux Indes, le Sun Fire Office et d’autres compagnies s’installèrent dès 1852, sans grande connaissance préalable des incendies passés et des risques. Le danger était réputé fort dans la ville indigène. On dressa des cartes de délimitation entre ville indienne et ville européenne et à Calcutta seules les maisons de cette dernière furent assurées. Bombay offre l’exemple d’une sécurité prémoderne: le climat de mousson, l’absence d’appareils de chauffage, les foyers des cuisines en briques réfractaires, la résistance au feu du tek expliquent la rareté des incendies en ville indigène. Aux États-Unis, le Sun Fire Office s’installa tardivement, les compagnies de l’ancienne métropole n’étaient pas très populaires. En 1870 à New York, les 103 compagnies d’assurance contre l’incendie n’avaient pour la plupart pas plus de vingt ans d’âge. En 1882, les 22 compagnies étrangères dataient toutes d’après le grand incendie de 1870–1871. De gigantesques catastrophes éclatèrent aussi en 1871 à Chicago, en 1872 à Boston, en 1904 à Baltimore, en dépit de l’usage de l’acier et de la brique, mais dans des villes rapidement construites. L’analyse comparative présente donc des surprises, la modernité n’est pas la garantie de la sécurité. Et dans notre monde du XXI e siècle, les slums flambent, comme les villes et villages de l’Europe médiévale et prémoderne. La société sécurisée contre l’incendie, les inondations, les maladies et les épidémies, mais aussi contre une multitude de nouveaux dangers potentiels, issue du temps des Lumières, n’est pas encore une norme universelle, pas non plus une exception. On aura saisi les multiples harmoniques que cette étude, axée sur l’assurance contre l’incendie, développe vers notre temps angoissé par le danger atomique, la raréfaction des ressources naturelles, la disparition des espèces animales et végétales, en bref la durée de vie de la planète terre.

1 Rutger Ruland, Erledigung einer schweren, in Assecuration Sachen, vorgestalter Fragen ob nemlich wann einer auff ein Schiff versichern lest, aber kein Praemum bezahlet, vnd hernacher zur See Schaden erfolget [...] von den Assecuratoribus mit Rechte zu fordern vermüge?, Hambourg 1630.

2 Franz Stypmann, De jure maritimo et nautico, s. l. [1652].

Lizenzhinweis: Dieser Beitrag unterliegt der Creative-Commons-Lizenz Namensnennung-Keine kommerzielle Nutzung-Keine Bearbeitung (CC-BY-NC-ND), darf also unter diesen Bedingungen elektronisch benutzt, übermittelt, ausgedruckt und zum Download bereitgestellt werden. Den Text der Lizenz erreichen Sie hier: http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/de

PSJ Metadata
Claude Michaud
C. Zwierlein, Der gezähmte Prometheus (Claude Michaud)
CC-BY-NC-ND 3.0
Frühe Neuzeit (1500-1789)
Europa
Siedlungs-, Stadt- und Ortsgeschichte
Neuzeit bis 1900
4015701-5 4146460-6 4017009-3 4056723-0 4063173-4
1400-1900
Europa (4015701-5), Brandkatastrophe (4146460-6), Feuerversicherung (4017009-3), Stadt (4056723-0), Versicherung (4063173-4)
PDF document zwierlein_michaud.doc.pdf — PDF document, 136 KB
C. Zwierlein, Der gezähmte Prometheus (Claude Michaud)
In: Francia-Recensio 2012/4 | Frühe Neuzeit - Revolution - Empire (1500-1815)
URL: https://prae.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2012-4/FN/zwierlein_michaud
Veröffentlicht am: 05.12.2012 14:25
Zugriff vom: 28.09.2020 09:31
abgelegt unter: