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G. Berger / J. Wassermann, Vetternwirtschaft (Michel Kerautret)

Francia-Recensio 2013/1 Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500–1815)

Günter Berger, Julia Wassermann (Hg.), Vetternwirtschaft. Briefwechsel zwischen Friedrich II. und Luise Dorothea von Sachsen-Gotha, Berlin (Duncker & Humblot) 2012, 244 S., ISBN 978-3-428-13585-1, EUR 24,00.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Michel Kerautret, Paris

Ce livre, publié à la faveur du tricentenaire de la naissance de Frédéric II par deux universitaires de Bayreuth, s’inscrit dans une série d’éditions de textes très bienvenues, soit bilingues, soit en traduction allemande 1 . Le public germanophone pourra lire désormais dans sa propre langue une bonne partie des nombreuses lettres qu’échangèrent en français, pendant plus de vingt années, deux des personnalités les plus cultivées de l’Allemagne des lumières, le roi de Prusse Frédéric II (1712–1786) et la duchesse Louise Dorothée de Saxe-Gotha (1710–1767).

Pour un lecteur francophone, l’intérêt sera moindre, car il existait déjà une édition savante de cette correspondance dans le texte original 2 . La présente publication s’appuie du reste explicitement sur elle, tant pour l’établissement du texte que pour l’appareil critique. Cette modestie revendiquée n’enlève rien à la rigueur du travail réalisé ici: traduction soignée, introduction éclairante, bibliographie actualisée, index très complet feront de cet ouvrage un instrument de travail fort utile, même si, pour des raisons de place, les auteurs ont choisi d’écarter un certain nombre de lettres jugées de moindre intérêt, et de ne conserver que 106 des 155 lettres de l’édition française (dont 50 de Frédéric).

La correspondance s’étend sur 27 ans, de 1740 à 1767, de l’avènement du roi de Prusse à la mort de la duchesse, mais elle est d’une densité très inégale. Au cours des premières années, ce ne sont qu’échanges assez distants entre deux princes allemands d’un statut très inégal, vaguement parents, et qui traitent d’affaires: sept lettres sont données ici, dont une de Frédéric, pour la période de 1740 à 1756. Tout change lors de la guerre de Sept Ans, et surtout à partir de leur rencontre personnelle à Gotha en septembre 1757. Ils s’écrivent désormais plus souvent, tandis que Frédéric fait la guerre sur différents théâtres avec des fortunes diverses: deux lettres de Frédéric fin 1757, trois lettres de Louise et une de Frédéric en 1758, deux lettres en 1759, onze en 1760, trois en 1761, mais surtout 17 et 18 lettres, respectivement, en moins de quatre mois, de décembre 1762 à mars 1763. Cette soudaine explosion fait suite à la seconde rencontre de Frédéric et Louise à Gotha, en décembre 1762, et elle donne lieu à des lettres personnelles et émouvantes, mais aussi à un réel dialogue politique dans une période de négociations délicates pour terminer enfin la guerre. Par la suite, le rythme se normalise peu à peu: six lettres pour le reste de l’année 1763, six autres encore en 1764, puis trois ou quatre en 1765–1766.

Comment expliquer ces étonnants échanges entre le puissant roi, misogyne de surcroît, et la souveraine d’une minuscule principauté de Thuringe? Ils ont certes des vues communes sur la politique allemande, se réclament du camp protestant, et veulent défendre la » liberté de l’Allemagne « contre les prétentions » tyranniques « des Habsbourg. Elle croit d’ailleurs plus que lui à ces notions que Frédéric agite surtout pour sa propagande. Elle prend en outre de grands risques en maintenant le contact avec lui, alors que l’empire (et non pas seulement l’Autriche) se trouve en guerre contre la Prusse, qu’un contingent de Gotha est enrôlé dans » l’armée des cercles « contre les Prussiens, et que le duché sert parfois de base d’opérations aux impériaux. Cela ne facilite pas, on s’en doute, l’acheminement des lettres, qui doivent éviter le contrôle de la poste impériale, et emprunter des voies détournées. Il est vrai que la distance n’est pas grande en général, une bonne partie des opérations militaires se déroulant en Saxe.

Mais bien plus que la politique, c’est une communion intellectuelle qui rapproche Frédéric et Louise. La duchesse, qui a reçu une éducation française, s’intéresse aux publications nouvelles et entretient des relations épistolaires avec diverses figures des Lumières françaises, à commencer par Voltaire qui la qualifie de » Minerve du Nord « 3 . Elle est une des premières abonnées à la » Correspondance littéraire « de Grimm, et la fait connaître à Frédéric. Une bonne partie de leurs lettres est consacrée à la discussion d’ouvrages récents, de Rousseau, Voltaire, Boulanger, etc., sans oublier divers opuscules de Frédéric lui-même. Le roi se laisse aller parfois à développer certaines de ses idées philosophiques sur Dieu, sur le hasard, sur l’instruction des peuples, tous sujets qui lui sont chers et sur lesquels il répète ici des propos maintes fois exprimés ailleurs. La duchesse s’en tient, quant à elle, à des protestations répétées de son admiration éperdue pour la profondeur et l’originalité des vues de son interlocuteur. Tout au plus se distingue-t-elle un peu de Frédéric, en maintenant une certaine confiance en l’intervention de la Providence dans l’histoire humaine.

Outre leur contenu, on appréciera surtout le ton de ces lettres, qui leur donne un charme incontestable. Sans que l’on sorte jamais des conventions protocolaires qui régissent la relation asymétrique entre le roi et la duchesse, entre le puissant protecteur et la féale si vulnérable, la relation de confiance s’affirme, et fait place peu à peu, de la part de Frédéric, à une véritable familiarité, au point de donner à certaines de ses lettres à Louise la séduction de ses meilleures lettres à Voltaire ou d’Argens. Voire un degré d’abandon supérieur, car il sait n’avoir aucune malice à redouter de ce côté-là. On ne saurait parler de galanterie, malgré les compliments hyperboliques – qui font partie du jeu. Encore moins, bien sûr, d’une relation amoureuse: on est bien éloigné de la correspondance entre la reine Louise de Prusse et l’empereur Alexandre de Russie, même si la comparaison vient parfois à l’esprit. Peut-être Frédéric retrouve-t-il en Louise de Gotha quelque chose de sa sœur Wilhelmine, disparue précisément en 1758.

Comment ne pas être touché, en tout cas, parmi d’autres, d’un passage comme celui-ci, écrit en 1763, lors d’un moment de lassitude: » Ce monde n’a pas le sens commun, tout y va de rebours, je serais bien embarrassé de dire pourquoi il est, et encore plus pourquoi nous sommes. Pourquoi naître, pourquoi cette enfance imbécile, pourquoi tant de soin de l’éducation de la jeunesse pour cultiver cette raison qui ne devient jamais raisonnable, pourquoi toujours manger, boire, dormir, nous entre-déchirer, faire des niaiseries, abattre, élever, amasser, dissiper? Enfin, tous les soins qui nous tourmentent tandis que nous vivons sont bien puérils quand on pense que la mort arrive et passe l’éponge sur tout le passé. Je vous demande mille excuses de ces réflexions qui se sont échappées de ma plume malgré moi, le sujet en est triste et humiliant « .

Après la guerre, la rigueur quotidienne du métier de roi, retrouvé à Berlin, les exigences du » Rétablissement « et les déplacements incessants dans les provinces à reconstruire, allaient accaparer bientôt Frédéric II, et éloigner les deux correspondants. Louise n’avait plus que quelques années à vivre, Frédéric allait se dessécher peu à peu dans la momie du » vieux Fritz « . Il reste ces pages, aimables, humaines, agréables à lire, à défaut d’apporter beaucoup d’informations nouvelles.

1 Outre la monumentale édition bilingue des œuvres complètes de Frédéric en cours sous la direction de Brunhilde Wehinger, Friedrich der Große – Potsdamer Aufgabe, on rappellera Friedrich der Große, Mein lieber Marquis! Sein Briefwechsel mit Jean-Baptiste d’Argens während des Siebenjährigen Krieges, Zürich 1985; Hans Pleschinski, Voltaire - Friedrich der Große, Briewechsel, München 1994. Cf. aussi Günter Berger, Julia Wassermann (dir.), Nichts Neues aus Bayreuth. Briefe der Markgräfin Wilhelmine an Friedrich II. und Voltaire, Bayreuth 2008.

2 Marie-Hélène Cotoni (éd.), Correspondance de Frédéric II avec Louise-Dorothée de Saxe-Gotha (1740–1767), Oxford (Voltaire Foundation) 1999.

3 Cf. Bärbel Raschke (éd.), Der Briefwechsel zwischen der Herzogin Luise Dorothea von Sachsen-Gotha und Voltaire (1751–1767), Leipzig 1998.

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PSJ Metadata
Michel Kerautret
G. Berger / J. Wassermann, Vetternwirtschaft (Michel Kerautret)
CC-BY-NC-ND 3.0
Frühe Neuzeit (1500-1789)
Deutschland / Mitteleuropa allgemein
Geschichte allgemein
18. Jh.
4011882-4 118535749 104352388 4020517-4
1712-1786
Deutschland (4011882-4), Friedrich II., Preußen, König (118535749), Luise Dorothea Sachsen-Gotha-Altenburg, Herzogin (104352388), Geschichte (4020517-4)
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G. Berger / J. Wassermann, Vetternwirtschaft (Michel Kerautret)
In: Francia-Recensio 2013/1 | Frühe Neuzeit - Revolution - Empire (1500-1815)
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Veröffentlicht am: 18.03.2013 13:00
Zugriff vom: 22.01.2020 17:53
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