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    A. Galkin / A. Tschernjajew, Michail Gorbatschow und die deutsche Frage (Christian Wenkel)

    Francia-Recensio 2013/2 19./20. Jahrhundert – Histoire contemporaine

    Aleksandr Galkin, Anatolij Tschernjajew (Hg.), Michail Gorbatschow und die deutsche Frage. Sowjetische Dokumente 1986–1991. Deutsche Ausgabe hg. von Helmut Altrichter, Horst Möller und Jürgen Zarusky, kommentiert von Andreas Hilger. Aus dem Russischen übertragen von Joachim Glaubitz, München (Oldenbourg) 2011, XXXVI–640 S. (Quellen und Darstellungen zur Zeitgeschichte, 83), ISBN 978-3-486-58654-1, EUR 69,80.

    rezensiert von/compte rendu rédigé par

    Christian Wenkel, Paris

    En dépit des délais habituellement appliqués à l’ouverture des archives diplomatiques, les historiens se retrouvent aujourd’hui face à une masse impressionnante de documents lorsqu’ils veulent travailler sur la dimension internationale du processus d’unification allemande. Le présent volume en constitue un morceau crucial. Paru pour la première fois en langue russe en 2006 1 , il rassemble dans sa version allemande quelques 140 documents qui proviennent pour la plupart des archives de la fondation Gorbatchev. La version allemande est cependant plus qu’une simple traduction de l’original, il s’agit d’une version augmentée, amplement commentée ainsi que complétée par des index fort utiles et une bibliographie plutôt sommaire pour répondre à une double vocation: celle d’un récit des événements dans une perspective soviétique qui fasse également avancer l’étude de ce processus multilatéral autour du règlement de la question allemande. Bien que le volume rassemble tous les qualificatifs d’une édition scientifique de documents soigneusement établie – quand il y avait lieu, les éditeurs allemands ont même collationné plusieurs variantes d’un document –, il représente néanmoins deux inconvénients de taille: si le choix des documents pour une telle édition constitue inévitablement une interprétation en soi, notamment parce que l’un des deux éditeurs, Anatolij Černjaev, était à l’époque conseiller diplomatique de Gorbatchev, ce problème se trouve renforcé par la traduction des documents et par l’utilisation d’extraits.

    Le volume couvre la période allant de 1986 à 1991, sans vraiment expliquer la raison pour laquelle il fait impasse sur l’année 1985, l’essentiel des documents (une centaine) est cependant consacré aux seize mois décisifs entre juin 1989 et octobre 1990. Parmi les différents types de documents qui s’y trouvent, la sélection est dominée par les comptes rendus d’entretiens que Michail Gorbatchev a eus avec les hommes politiques des deux États allemands; pour la période-clef 1989/1990 ont été également choisis des comptes rendus d’entretiens avec les chefs d’État des trois Alliés occidentaux, le secrétaire général de l’OTAN ou d’autres hauts responsables politiques de l’époque. À cela s’ajoutent des comptes rendus des réunions du Politburo, des extraits du journal de Černjaev et des extraits des conférences de presse, quand ils aident à la compréhension de la suite des événements.

    La focalisation sur la position du chef de l’État soviétique met particulièrement en lumière sa relation avec Helmut Kohl. Une relation certes très personnelle, presque intime vers la fin de ces années, mais une relation qui n’était pas gagnée d’avance. En 1986, Gorbatchev souhaite donner une leçon au chancelier en limitant le dialogue politique avec la République fédérale (doc. 1). Et Kohl, de son côté, compare la publicité de Gorbatchev faite autour de la perestroïka avec la propagande d’un certain Goebbels. Il a fallu des visites de nombreux autres hommes politiques à Moscou, notamment celle du président fédéral Richard von Weizsäcker en 1987 (doc. 16), avant que le chancelier ne puisse emprunter le chemin de Moscou. Le volume souligne l’importance des premières rencontres au sommet, respectivement à Moscou en 1988 et à Bonn en 1989, pour améliorer les relations germano-soviétiques ainsi que la relation personnelle entre Kohl et Gorbatchev (doc. 28 à 30 et doc. 33 à 44).

    Le lecteur s’apercevra qu’il ne faut pas sous-estimer l’importance, que les soviétiques ont su jouer de façon très habile avec cette relation triangulaire, exerçant notamment une influence sur les dirigeants est-allemands via Bonn. Le volume montre également que Gorbatchev n’a pas songé à intervenir dans le processus en RDA au cours de l’automne 1989, le considérant comme un écho attendu de la perestroïka. Bien que la chute du Mur soit considérée comme la fin d’une époque du socialisme (doc. 53), l’évolution en RDA est, quant à elle, comprise comme une leçon qui interdit l’arrêt des réformes en Union soviétique (doc. 66). Lors d’une communication téléphonique deux jours après la chute du Mur, Kohl et Gorbatchev tombent d’accord sur le fait qu’il faut stabiliser la situation, notamment en s’informant mutuellement (doc. 54). Gorbatchev parle d’un » tournant vers un autre monde « et demande à son interlocuteur à ce que l’évolution ne soit pas mise en péril par des actes imprudents. Par conséquent, le plan en dix points, préparé en secret et présenté par Kohl le 28 novembre au Bundestag sans que Gorbatchev en soit informé, est interprété à Moscou comme une trahison de ce qui avait été convenu précédemment. Face à François Mitterrand à Kiev le 6 décembre, Gorbatchev qualifie ainsi le plan de » Diktat « et traite la politique de Kohl de » provinciale « (doc. 62).

    Par la suite, Gorbatchev tente de ralentir le processus d’unification en cherchant une position commune avec les différents Alliés, notamment avec les Britanniques et les Français. Comme complément aux éditions de documents britannique et française, parues au cours des dernières années 2 , le volume contient une série de comptes rendus d’entretiens que Michail Gorbatchev a eus avec François Mitterrand et Margaret Thatcher. Si certains propos de Mitterrand peuvent être lus et compris comme révélateurs d’une attitude hostile à l’idée d’une Allemagne unifiée et si on comprend également que Gorbatchev a misé sur une attitude supposée réservée de son homologue français, ces propos ne représentent pas pour autant l’attitude du président français telle qu’elle se retrouve dans les archives françaises 3 . D’où vient donc ce jugement porté par les Soviétiques sur la position française? Une clef d’explication semble être le rapport de Vadim Zagladin, conseiller du chef d’État soviétique, avec Jacques Attali. Dans les extraits passionnants du journal de Černjaev 4 , le lecteur trouvera un passage où Zagladin rapporte depuis Paris en octobre 1989 que personne ne souhaite une Allemagne non-divisée, alors qu’il se base essentiellement sur les propos d’Attali (doc. 49). Début décembre, en marge de la rencontre franco-soviétique le 6 décembre à Kiev, une fois de plus, Attali lui-même se révèle ouvertement hostile à la réunification (doc. 63) – un comportement avec lequel il semble avoir influencé par la suite l’interprétation de la position de Mitterrand face à l’évolution en Allemagne.

    Un des moments clefs dans la formulation d’une position soviétique est la réunion qui s’est tenue dans le bureau de Gorbatchev le 26 janvier 1989 et qui a servi à établir une feuille de route pour la suite du processus (doc. 66). La date correspond au moment où le brouillard, provoqué par une cascade imprévisible d’événements au cours des mois précédents, se lève et que partout en Europe les positions des chefs d’État se clarifient. D’ailleurs, même la perception de l’évolution n’est pas si éloignée de celle des autres puissances concernées. Si les participants à cette réunion partent de l’hypothèse que » l’avalement « de la RDA par la République fédérale prendra encore quelques années, ils ont d’ores et déjà admis le fait lui-même. La question qui se pose à leur égard est surtout comment utiliser ces années au mieux pour en créer un cadre » adapté « . En profitant de la dépendance des Allemands vis-à-vis de l’Union soviétique, il s’agit pour eux surtout de gagner du temps. L’idée de la neutralisation de l’Allemagne fait sa réapparition; l’idée du deux-plus-quatre doit d’abord être évoquée avec les Français, considérés dans cette situation comme les meilleurs alliés. Mais Gorbatchev demande également dès ce 26 janvier la préparation du retrait des troupes soviétiques stationnées en RDA. La question principale pour lui est cependant celle de l’appartenance d’une Allemagne unifiée à l’OTAN. Les documents choisis font comprendre au lecteur que c’est notamment la dimension psychologique de cette question qui préoccupe les Soviétiques. Face à Lothar de Maizière, le Premier ministre est-allemand élu le 18 mars, Gorbatchev demande que le processus évolue » de façon moins douloureuse « pour l’Union soviétique (doc. 88). Au même moment, Černjaev lui fait comprendre, qu’il ne dispose d’aucun levier pour empêcher l’appartenance de l’Allemagne unifiée à l’OTAN et qu’il devrait faire une telle concession au profit de la perestroïka, dont le succès dépend du soutien des puissances occidentales (doc. 89). Face à de Maizière, Gorbatchev constate dans cette perspective que sans le soutien des États-Unis, même un » garage pan-européen « ne pourra être construit, mais demande à ce que de nouvelles structures soient inventées et que les intérêts soviétiques soient considérés comme équivalent à ceux des autres Alliées. La volonté d’encadrer l’évolution en Allemagne dans un processus pan-européen et notamment l’idée de la » maison commune « structurent en effet ses propos comme un leitmotiv; son intérêt pour la construction européenne, tel qu’il ressort des documents, semble sincère.

    Parmi les documents qui intéresseront particulièrement le lecteur français, notons les deux comptes rendus soviétiques des entretiens que Gorbatchev et Mitterrand ont eus le 25 mai 1990 (doc. 94 et 95) et pour lesquels il n’y a pas de véritable compte rendu français (celui conservé aux Archives nationales ne contient que quelques mots-clefs sur une page A4 du reste vide) 5 . Mitterrand y insiste beaucoup sur le fait que la France n’a aucun intérêt à voir l’Union soviétique isolée, ni même à laisser apparaître le soupçon d’un tel isolement. Il montre beaucoup de compréhension et de compassion pour les craintes et les inquiétudes soviétiques, tout en prenant également beaucoup de soin à expliquer à son interlocuteur que toute idée pour éviter l’appartenance de l’Allemagne unifiée à l’OTAN n’aura pas la moindre chance d’être acceptée par les Américains. Pour que Gorbatchev admette une telle décision, il suggère la disparition des blocs militaires et se dit favorable à une dénucléarisation de l’Allemagne. À la lecture du compte rendu soviétique, il n’apparaît cependant pas que l’appartenance à l’OTAN a été pour Paris la condition sine qua non pour pouvoir accepter l’unification allemande. Il semble cependant que cet entretien ait aidé à préparer la voie au compromis obtenu lors de la rencontre Gorbatchev-Bush quelques jours plus tard. L’entretien au sommet du 31 mai 1990 donne d’ailleurs, tout comme les précédents, l’idée d’une étrange impuissance collective des chefs d’États face aux événements (doc. 96). Gorbatchev met surtout son homologue américain en garde au sujet de l’opinion soviétique, puis, pour sauver la face, se met d’accord avec lui sur le fait de laisser décider librement l’Allemagne unifiée.

    Comme en témoignent les sources allemandes, françaises et britanniques, le comportement de la délégation soviétique rend tout de même difficiles les négociations deux-plus-quatre. Le présent volume nous fournit à travers plusieurs documents des éléments d’explication: en se montrant pendant un long moment très rigides à propos de la question de l’OTAN et en mettant en avant les préoccupations d’ordre psychologique, les Soviétiques mènent ces négociations sans avoir arrêté au préalable une véritable position. Une fois la question de l’OTAN réglée de façon définitive au mois de juillet entre Helmut Kohl et Michail Gorbatchev, ce dernier passe directement à l’étape suivante. Lors d’un entretien avec Roland Dumas au mois d’août, il n’évoque plus les problèmes dont il sera question lors des dernières étapes de la négociation deux-plus-quatre, mais s’entend avec lui sur l’avenir des relations franco-soviétiques face à une Allemagne plus grande et plus forte (doc. 109).

    Si le volume se focalise en grande partie sur l’attitude de Gorbatchev – dans la plupart des documents il apparaît comme un sujet agissant –, il pose de manière indirecte la question de sa marge de manœuvre, de la fragilité de sa personne qui ressort de nombreux documents. La préface des éditeurs russes présente de façon schématique le chef de l’État face à la » direction soviétique « , sans toutefois préciser les rapports entre les différents centres de pouvoir à Moscou. Le fait que certains documents, notamment les comptes rendus du Politburo ou des réunions de Gorbatchev avec ces conseillers, ne soient représentés que sous forme d’extraits ne contribue pas à combler la curiosité du lecteur sur ce point. Sur fond d’une vision négative de l’ancien chef soviétique en Russie depuis la fin de la guerre froide, le volume tente d’édifier l’image d’un homme d’État qui a su encadrer le processus allemand sans pour autant trahir les intérêts soviétiques. Dans sa dernière lettre adressée à Kohl avant de quitter ses fonctions, alors que la perestroïka lui semble en danger, Gorbatchev présente ainsi l’unification de l’Allemagne comme l’un des grands succès de sa politique de réforme (doc. 138).

    Si une édition de ce genre ne saurait par principe être complète, le présent volume nous livre beaucoup d’éléments pour reconstituer l’histoire de ce processus multilatéral, tout en faisant mieux comprendre les forces profondes qui animaient la politique soviétique à l’époque. Il ne reste qu’à féliciter les éditeurs et les institutions impliquées d’une si belle coopération, dont on espère qu’elle sera suivie d’autres publications.

    1 Michail Gorbačev i germanskij vopros. Sbornik dokumentov 1986‑1991, Moscou 2006.

    2 Documents on British Policy Overseas, Series III, Vol. VI, German unification, 1989–1990, London 2010; Maurice Vaïsse, Christian Wenkel (éd.), La diplomatie française face à l’unification allemande, Paris 2011 .

    3 Frédéric Bozo, Mitterrand, la fin de la guerre froide et l’unification allemande. De Yalta à Maastricht, Paris 2005 ; Vaïsse, Wenkel (éd,), voir n. 1, p. 29–51; Christian Wenkel, Frankreich und die deutsche Einheit. Entflechtung nationaler Interessen als Grundlage neuer Verflechtung, in: Jörn Leonhardt (Hg.), Vom Vergleich zur Verflechtung. Deutschland und Frankreich im 20. Jahrhundert, Berlin (à paraître).

    4 Anatolij S. Černjaev, Mein deutsches Tagebuch. Die deutsche Frage im ZK der KPdSU (1972–1991), Klitzschen 2005.

    5 Archives nationales de France, série 5 AG 4, volume CD 76.

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    PSJ Metadata
    Christian Wenkel
    A. Galkin / A. Tschernjajew, Michail Gorbatschow und die deutsche Frage (Christian Wenkel)
    CC-BY-NC-ND 3.0
    Neuere Zeitgeschichte (1945-heute)
    Deutschland / Mitteleuropa allgemein, UdSSR und GUS
    Politikgeschichte
    1980 - 1989, 1990 - 1999
    4011882-4 11874660X 4138957-8
    1986-1991
    Deutschland (4011882-4), Gorbačev, Michail S. (11874660X), Wiedervereinigung (4138957-8)
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    A. Galkin / A. Tschernjajew, Michail Gorbatschow und die deutsche Frage (Christian Wenkel)
    In: Francia-Recensio 2013/2 | 19./20. Jahrhundert - Histoire contemporaine
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    Veröffentlicht am: 21.06.2013 14:50
    Zugriff vom: 05.04.2020 23:36
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