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    B. A. Jackisch, The Pan-German League and Radical Nationalist Politics in Interwar Germany, 1918–39 (Marie-Bénédicte Vincent)

    Francia-Recensio 2013/3 19./20. Jahrhundert – Histoire contemporaine

    Barry A. Jackisch, The Pan-German League and Radical Nationalist Politics in Interwar Germany, 1918–39, Farnham, Burlington (Ashgate Publishing) 2012, VIII–212 p., ISBN 978-1-4094-2761-2, GBP 65,00.

    rezensiert von/compte rendu rédigé par

    Marie-Bénédicte Vincent, Paris

    Au lecteur français, qui disposait depuis 1999 du livre de référence de Michel Korinman, »Deutschland über alles. Le pangermanisme 1890–1945«, cette publication en anglais centrée sur la Ligue pangermaniste (Alldeutscher Verband) dans l’entre-deux-guerres n’apportera pas grand-chose de nouveau. Son auteur utilise grosso modo les mêmes archives. Quant à la période 1933–1939, où l’on attendait des éléments inédits via les rapports de la Gestapo du Sonderarchiv Moscou consultables au Mémorial de la résistance allemande de Berlin (Gedenkstätte Deutscher Widerstand), elle n’est traitée qu’en trois pages. Le problème reste, hélas, que les Américains ne lisent pas les livres en français, si bien que Korinman n’est pas même cité en bibliographie.

    Le livre de Jackisch garde cependant le mérite de formuler une thèse claire: selon lui, la ligue pangermaniste a fortement contribué au fractionnement de la droite conservatrice et nationaliste, incapable de présenter sous Weimar un front unifié qui aurait fourni une alternative crédible à Hitler. La Ligue espérait en 1919 constituer une centrale contre-révolutionnaire en Allemagne. Mais elle ne soutient pas le coup d’État monarchiste de Kapp en mars 1920. Par ailleurs, les relations entre le leader de la Ligue, Heinrich Class, et le général Ludendorff se détériorent à partir de 1922, rendant les rapports houleux avec le parti völkisch (Deutschvölkische Freiheitspartei). Dès lors, la Ligue concentre sa stratégie à partir de 1924 sur le noyautage du parti conservateur DNVP (Deutschnationale Volkspartei).

    Alors que le DNVP constitue, entre 1924 et 1928, le plus grand parti non-socialiste du Reichstag (15% des voix en mai 1924), l’objectif déclaré de la Ligue pangermaniste est d’affaiblir son aile »modérée« représentée par le comte von Westarp. Celui-ci est prêt à accepter le plan Dawes et à faire entrer le DNVP dans des coalitions gouvernementales (c’est le cas en 1925 dans le cabinet Luther et en 1927 dans le cabinet Marx). Pour la Ligue, la participation du DNVP dans un gouvernement où Gustav Stresemann est ministre des Affaires étrangères, signe Locarno et prône l’entrée de l’Allemagne à la SDN, est inacceptable. La Ligue s’évertue à tirer le DNVP vers son aile la plus radicale, »antisystème«. L’élection d’Alfred Hugenberg à la tête du DNVP en octobre 1928 est dès lors fêtée comme une victoire. Par son action de lobbying, la Ligue contribue ainsi à radicaliser le DNVP (campagne contre le plan Young en 1929) et à faire partir les »modérés«, qui forment en 1929/1930 un nouveau parti (Konservative Volkspartei). La fragmentation du camp conservateur affaiblit la république et rend possible l’essor du parti nazi (NSDAP). Si cette thèse est cohérente, elle simplifie beaucoup les causes du score électoral phénoménal du NSDAP en septembre 1930.

    Le livre reprend bien sûr la question des rapports entre la Ligue pangermaniste et le NSDAP: Que les historiens ont jusque là insisté sur les continuités idéologiques, Jackisch veut au contraire montrer que les relations ont été difficiles entre Class et Hitler, et ce dès les premiers contacts de 1920. Certes la Ligue finance largement la propagande du NSDAP et le »Völkischer Beobachter«, mais Hitler veille à l’indépendance de son parti. Les contacts s’espacent beaucoup après l’échec du putsch de 1923. Si la Ligue pangermaniste participe au front de Harzburg en octobre 1931 et pense convaincre les nazis de collaborer avec le DNVP, Class reconnaît à cette date son impuissance à influencer Hitler: le NSDAP et le DNVP présentent un candidat séparé aux élections présidentielles de 1932. Au second tour, Class appelle à voter Hitler (tout en le considérant comme médiocre), alors que Hugenberg reste neutre. Par la suite, les pangermanistes sont déçus par le soutien des nazis aux grèves ouvrières de Berlin en novembre 1932. L’auteur élude malheureusement les deux derniers mois de Weimar.

    Class regrette de n’avoir pas été consulté lors de la formation du cabinet du 30 janvier 1933 où siège Hugenberg. Mais avec ses 10 000 adhérents à cette date, la Ligue ne pèse pas lourd. Si la Ligue n’est pas dissoute en 1933, y compris après le départ d’Hugenberg du gouvernement, c’est qu’elle est considérée comme apolitique (à l’inverse des partis). Toutefois, les rapports ultérieurs de la Gestapo la décrivent comme une menace à cause de son anticonformisme idéologique et de sa composition bourgeoise. La ligue est finalement dissoute en mars 1939, les nazis arguant à cette date que l’Anschluss de l’Autriche réalisé en 1938 et l’annexion des Sudètes accomplissent ses buts expansionnistes et la rendent obsolète.

    Trois critiques peuvent être formulées au terme de ce parcours, la première portant sur le choix de la période: n’est-il pas préjudiciable à la compréhension du tournant antisémite marquant la déclaration de Bamberg de 1919 et la formation du Schutz- und Trutzbund (une émanation de la Ligue pangermaniste forte de 170 000 membres en 1922) de les séparer de la forte montée de l’antisémitisme pendant la Première Guerre mondiale dans l’opinion comme dans l’état-major? Deuxièmement, le lecteur se demande encore qui, à la base, adhérait à la Ligue pangermaniste, qui rassemble 38 000 adhérents en 1922, à son point culminant de l’entre-deux-guerres. L’étude d’une antenne locale, comme Dresde (p. 22), ne permettait-elle pas de faire une sociologie des membres en se détachant des leaders nationaux? La troisième question est méthodologique: les sources internes privilégiées par l’auteur ne le conduisent-elles pas à surestimer l’influence de la Ligue sur le jeu politique?

    Notons pour finir qu’est parue de manière concomitante au livre de Jackisch une biographie du dirigeant de la Ligue, Heinrich Class, accusé en 1926 d’avoir fomenté un complot contre la république (Johannes Leicht, Heinrich Class 1868–1953. Die politische Biographie eines Alldeutschen, Paderborn 2012).

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    PSJ Metadata
    Marie Bénédicte Vincent
    B. A. Jackisch, The Pan-German League and Radical Nationalist Politics in Interwar Germany, 1918–39 (Marie-Bénédicte Vincent)
    en
    CC-BY-NC-ND 3.0
    Zeitgeschichte (1918-1945)
    Deutschland / Mitteleuropa allgemein
    Politikgeschichte
    20. Jh.
    4011882-4 4048744-1 17987-5
    1918-1939
    Deutschland (4011882-4), Die @Rechte (4048744-1), Alldeutscher Verband (17987-5)
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    B. A. Jackisch, The Pan-German League and Radical Nationalist Politics in Interwar Germany, 1918–39 (Marie-Bénédicte Vincent)
    In: Francia-Recensio 2013/3 | 19./20. Jahrhundert - Histoire contemporaine
    URL: https://prae.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2013-3/ZG/jackisch_vincent
    Veröffentlicht am: 13.09.2013 10:20
    Zugriff vom: 27.01.2020 00:35
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