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    M. M. McGowan, Dynastic Marriages 1612/1615 (Jean-François Dubost)

    Francia-Recensio 2014/1 Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500–1815)


    Margaret M. McGowan (ed.), Dynastic Marriages 1612/1615. A Celebration of the Habsburg and Bourbon Unions, Aldershot, Hampshire (Ashgate Publishing) 2013, XIII–307 p. (European Festival Studies: 1450–1700), ISBN 978-1-4094-5725-1, GBP 65,00.

    rezensiert von/compte rendu rédigé par

    Jean-François Dubost, Créteil


    Coordonné par Margaret McGowan dont les travaux sur le ballet de cour 1 font autorité, ce volume rassemble les actes d’une récente (mais la date n’en est pas indiquée) conférence annuelle de la Society for European Festivals Research (SEFR), fondée au printemps 2010 et basée à l’université de Warwick. Répondant aux objectifs de cette dernière – proposer une approche globale et interdisciplinaire des fêtes princières organisées en Europe entre 1400 et 1700 – ce volume envisage comme un tout, comme un complexe festif, les diverses réjouissances qui, entre 1612 et 1615, célébrèrent en France, Espagne et Italie, l’union dynastique entre les Bourbons (Louis XIII et sa sœur Élisabeth) et les Habsbourg (Anne d’Autriche et son frère, futur Philippe IV), les fameux » mariages espagnols « ou » mariages français « suivant que l’on se trouve d’un côté ou de l’autre des Pyrénées. L’ouvrage est donc le résultat et le dernier élément d’une entreprise scientifique gigogne dont l’éditeur Ashgate est partie prenante, entreprise dont il convient de saluer le caractère fécond et stimulant. » Dynastic Marriages « étudie ce complexe festif en 14 contributions, solidement encadrées par une introduction et un épilogue de Margaret McGowan, provenant d’horizons disciplinaires et géographiques différents mais qui convergent en une belle synthèse comparative qui s’attache aux diverses facettes des célébrations de 1612/1615 (productions textuelles, musique, art équestre, pyrotechnie, iconographie, décors et costumes), tout en les replaçant dans leur contexte factuel (par Sir John Elliott et Nicolas Le Roux), puis historiographique (par Chantal Grell).

    Il est impossible de rendre compte de tous les aspects de ce très riche volume qui fait ressortir le jeu entre les caractéristiques communes de fêtes fondées sur des conventions et des codes culturels partagés par les élites politiques et culturelles européennes, et les spécificités nationales ou locales que ces mêmes fêtes entendent promouvoir. Elles marquent ainsi l’aboutissement de formules développées par la culture maniériste (art des devises, musique mesurée à l’antique, spectacles dansés, art équestre qui s’élabore entre France et Italie, pyrotechnie, mobilisation des poètes de cour) sous-tendues par un vocabulaire allégorique commun et par des thèmes renvoyant à une culture chevaleresque dont le succès auprès des aristocraties européennes atteint alors son acmé (le motif d’Armide – tiré du VI e chant de la » Jérusalem délivrée « du Tasse, publiée à Naples en 1582 – fait alors son apparition dans les spectacles curiaux, d’abord dans le tournoi de Naples, en mai 1612, puis en France en 1617 dans le » Ballet de la délivrance de Renaud « , Maria Inès Aliverti, p. 76–77). Aussi Monique Chatenet, Ian Fenlon et Margaret McGowan soulignent-ils les nombreux éléments de continuité entre le carrousel donné place Royale en 1612 et les magnificences des derniers Valois, notamment sur le plan thématique (les fêtes de 1612 prolongent le » monde mythologique et héroïque créé par Pierre de Ronsard à Fontainebleau et par Antoine de Baïf à Bayonne « , Margaret McGowan, p. 169) et sur le plan musical, les organisateurs du carrousel parisien ayant suivi les idéaux de l’académie de musique de Baïf (1570), ce qui explique la prédominance de la musique mesurée à l’antique parmi les compositions qui ont soutenu le spectacle (en particulier la musique instrumentale du ballet équestre), compositions connues à travers les recueils publiés par Pierre Ballard en 1613 et 1614 (Ian Fenlon) 2 .

    Une autre caractéristique commune essentielle tient au faste, et donc au coût de ces fêtes, ce qui reconduit à la notion de » consommation ostentatoire « sur laquelle insistent notamment Ian Fenlon, J. R. Mulryne et Margaret McGowan: elle est illustrée par les quelque 100 000 ducats dépensés à Madrid pour l’entrée d’Élisabeth de Bourbon en décembre 1615 (leur ventilation est présentée par David S á nchez Cano, p. 51), par les 2000 ducats consacrés par le vice-roi de Naples à son seul costume pour le tournoi qu’il organise dans sa capitale en mai 1612, par les 400 000 ducats déboursés par le duc de Lerma pour financer le voyage aller/retour de la cour d’Espagne vers la frontière française entre août et décembre 1615, par les 50 000 ducats que le duc d’Ossone peut prélever en Sicile sous prétexte du financement des célébrations, somme qu’il affecte finalement à des usages pieux, véritable détournement festif comme il y a des détournements d’images (Maria Inès Aliverti, p. 69–73). Tous ces montants révèlent une » stratégie de l’excès « , pour reprendre une formulation de Monique Chatenet (p. 112) dont il est dommage qu’elle n’ait pas cherché, dans sa contribution consacrée aux décors et costumes, donc aux aspects matériels du carrousel de 1612, à évaluer le coût d’ensemble et à vérifier ainsi la vraisemblance des 50 000 écus (l’équivalent français du ducat) qu’auraient coûté les costumes des seuls chevaliers intervenant dans le carrousel, chiffre avancé par Bassompierre et rappelé par Margaret McGowan (p. 169). En effet, bien que très fragmentaires, les sources comptables conservées livrent des informations qui permettent de préciser sur quelle échelle s’est déployée la consommation ostentatoire à laquelle les mariages espagnols ont donné lieu: la bague courue place Royale le 30 avril 1612 a coûté 900 livres (300 écus), tandis que les joyaux et pierreries données à Élisabeth de Bourbon en faveur de son mariage sont revenus au bas mot à 135 000 livres (45 000 écus) 3 .

    Ressortent enfin, parmi ces caractéristiques communes, deux logiques contraires: une logique d’émulation entre princes qui permet d’établir des généalogies festives (ainsi entre les fêtes florentines de 1589, celles qui, en 1608–1609 célèbrent à Mantoue, Turin et Florence, les unions entre les Savoie et les Gonzague, d’une part, les Médicis et les Habsbourg, de l’autre, et le carrousel français de 1612), et, à l’inverse, une logique de concurrence entre spectacles, celle-ci expliquant des lacunes festives lorsque des célébrations de nature contraire sont susceptibles de se succéder trop rapidement; c’est ainsi que le deuil de la reine Marguerite d’Autriche, disparue en 1611, a entravé l’année suivante l’organisation de festivités pour les mariages espagnols, aussi bien en Italie qu’en Espagne (David S á nchez Cano et Maria Inès Aliverti ).

    Les spécificités nationales ou locales, quant à elles, ressortent tout naturellement de l’approche comparative qui préside au volume. L’étude des relations imprimées de la fête révèle qu’aucun livre illustré n’a été commandé par le gouvernement de Marie de Médicis pour publiciser le souvenir du carrousel de 1612, ce qui permet à Marie Baudière de montrer que les monarques français n’adoptent des pratiques déjà courantes en ce domaine dans les cours italiennes ou allemandes (à Florence et Heidelberg notamment) que tardivement dans le siècle, dans les années 1670. L’analyse des spectacles pyrotechniques de Londres et Heidelberg en 1613 (Paulette Choné) fait ressortir leurs différences symboliques, chacun célébrant la puissance militaire du prince à travers l’exaltation de thèmes renvoyant à des consciences nationales en cours de constitution: le feu parisien de 1612 exalte la majesté royale, celui de Londres célèbre la victoire de saint Georges, celui d’Heidelberg met en valeur l’expertise allemande dans les arts militaires . L’étude des célébrations italiennes et espagnoles fait ressortir par contraste l’une des spécificités françaises: la volonté d’assurer une large publicité à un événement festif lui-même conçu comme public puisque 200 000 spectateurs en auraient bénéficié place Royale (Monique Chatenet), ce qui tranche avec une publicisation beaucoup moins forte en Espagne, les fêtes qui y sont données en 1615 n’étant connues que par des occasionnels moins nombreux et de moins bonne qualité. Cette différence renvoie certainement à l’opposition entre une monarchie française attachée à son caractère public, et une monarchie espagnole dans laquelle les souverains mesurent leurs apparitions, contraste qui se répercute sur les modalités de constitution d’un espace public. En France, la célébration des mariages espagnols l’a incontestablement stimulée car il a fallu justifier ces alliances, justification qui est passée par les messages politiques véhiculés par les décors et les costumes, par les devises qu’arborent les combattants des joutes et carrousel de 1612, dont Paulette Choné montre que si elles se bornent pour la plupart à exalter les valeurs traditionnelles d’héroïsme individuel, elle deviennent aussi le vecteur de messages politiques soutenant la politique de paix et de continuité menée par la régente (p. 161), par l’iconographie étudiée par Marie-Claude Canova-Green qui, rejoignant mes propres conclusions, en souligne l’ambiguïté puisque tout en mettant apparemment l’accent sur les promesses de paix et de concorde européennes que garantiraient les mariages espagnols, les estampes qui les célèbrent dévoilent aussi les aspirations hégémoniques françaises, par la chorégraphie du ballet équestre donnant à voir, avec la hiérarchisation qu’il établit entre chevaliers et écuyers évoluant en deux cercles concentriques qui soulignent le statut supérieur des premiers, la représentation symbolique d’un ordre du monde conçu de manière holiste (Franchet d’Espèrey). La justification est aussi passée par un combat de plumes opposant partisans et adversaires des mariages en de nombreux libelles dont la recension est présentée en une annexe fort utile (p. 257–264 et p. 271). On peut d’ailleurs regretter que le point de vue des opposants ne soit abordé que de manière incidente, sans que des contributions spécifiques leur aient été consacrées, aussi bien pour la France que pour l’Espagne. Bref, en France, les festivités ont, à l’instar des entrées royales, revêtu un caractère marqué d’entreprise de communication politique alors qu’en Espagne elles se sont très largement cantonnées au statut de divertissement, leurs implications politiques n’apparaissant qu’à l’occasion des rivalités souvent conflictuelles auxquelles elles ont pu donner lieu entre différentes instances de pouvoir: ainsi pour l’entrée madrilène d’Élisabeth de France en décembre 1615, entre la cour, la municipalité et les corps de métier (David S á nchez Cano).

    Si les spécificités de chacune des festivités de 1612–1615 peuvent se rapporter aux motivations personnelles du prince qui les organise, soucieux de les instrumentaliser pour tenter de mieux dissimuler les non-dits sur lesquels repose le pouvoir qu’il exerce (J. R. Mulryne à propos des fêtes florentines de 1589 ou de celles qui furent organisées à la cour d’Henry, prince de Galles), elles se rapportent surtout aux conditions locales d’exercice du pouvoir, tant sur un plan politique que social et culturel, comme le rappelle Maria Inès Aliverti qui suggère à propos des célébrations italiennes qu’il y a eu un partage des tâches entre Milan et Naples: à Naples la célébration (le tournoi de mai 1612), à Milan le travail manufacturier (armes et soieries) pour permettre la célébration napolitaine. Le cas napolitain lui permet de proposer un modèle explicatif dont le caractère opératoire est patent pour l’ensemble des célébrations qui ont également prétendu revêtir la dimension » d’événement d’importance internationale « , quel que soit l’État dans lequel elles interviennent: un fort désir de célébrer le prince et son entourage, l’active collaboration d’un groupe d’intellectuels étroitement liés au pouvoir politique, l’appui d’une noblesse engagée dans un processus de reféodalisation et trouvant par conséquent son intérêt à participer à des pompes festives d’esprit chevaleresque, une tradition d’expertise équestre et militaire, le besoin de faire plein usage d’espaces urbains et de bâtiments publics récemment édifiés ou embellis (p. 82).

    Sur certains points, la belle entreprise collective que représente Dynastic Marriages, laisse quelque peu le lecteur sur sa faim: une chronologie commune aurait permis de mieux mettre en perspective les différentes festivités; une articulation plus étroite entre l’histoire générale et l’événement étudié aurait parfois été souhaitable: quid, par exemple, de la contradiction entre les consommations ostentatoires de 1612/1615 et les édits somptuaires promulgués au même moment (en 1609 et 1613 en France)? L’ouvrage présente en annexe un inventaire des nombreuses sources primaires – principalement imprimées – relatives à l’événement, recension qu’il faut saluer. Cependant ses rubriques de classement sont maladroites (d’où la présence de doublons dans les œuvres référencées) et pour tout dire non pertinentes, car elles mélangent des critères de classement formels (IV. Occasionnels en l’honneur des mariages) avec des critères thématiques renvoyant au contenu des sources: ainsi les rubriques V (Voyage de Guyenne), VI (Festivités à Bordeaux et dans ses environs), VII (Négociations espagnoles, contrat et réjouissances), VIII (Festivités en Italie) et surtout IX (Pamphlets satiriques, pour laquelle on aurait préféré la formulation moins anachronique de » libelles satiriques « ), devraient apparaître comme autant de sous-rubriques figurant toutes sous la section » Occasionnels publiés en l’honneur des mariages « puisque les titres qu’elles contiennent sont également des occasionnels; de la même façon, les rubriques III (Activités diplomatiques, entrées, réceptions) et I (Livres imprimés à l’occasion du Carrousel de 1612 sur la place Royale) devraient figurer comme des sous-rubriques d’une section » Relations des festivités parisiennes « . Le caractère très répétitif des accroches reprenant, presque pour chacune des contributions, un cadre événementiel déjà posé, et de manière fort complète, par les deux premières (John Elliott et Nicolas Le Roux), aurait certainement pu être évité pour l’édition. Quelques erreurs factuelles ont échappé aux auteurs: Vendôme n’est pas » prince du sang royal « contrairement à ce qui est écrit p. 63, mais simplement bâtard légitimé d’Henri IV; Marie de Médicis n’a pas appelé les Francini en France, c’est Henri IV qui l’a fait dès 1598; les états généraux de 1614 ne se sont pas réunis dans la grande salle du Louvre mais au Petit Bourbon; les deux ailes du palais du Luxembourg n’amorcent pas le dessin du jardin, comme au palais Pitti, mais encadrent bien l’espace de la cour (p. 150–151); loin d’être un ligueur repenti, comme il est présenté p. 163, le duc de Montmorency, le » Persée français « du carrousel de 1612, fut un soutien indéfectible d’Henri IV qu’il a puissamment aidé à reconquérir son royaume contre la Ligue, rectification essentielle car son rôle dans le carrousel recouvre exactement son action historique.

    Il n’en reste pas moins que Dynastic Marriages fait désormais autorité sur l’événement que représentèrent les mariages espagnols: par sa démarche comparative et pluridisciplinaire, il contribue à poser les bases d’une histoire culturelle de l’Europe durant la première modernité. Il faut remercier Margaret McGowan d’avoir conduit un tel chantier et encourager l’équipe de la SEFR et les éditions Ashgate à poursuivre sur la voie d’entreprises analogues.

    1 Margaret McGowan, L’art du ballet de cour en France, 1581–1643 , Paris 1978; et plus largement sur la danse: id., Dance in the Renaissance. European Fashion, French Obsession , New Haven, CT 2008.

    2 Elles ont été enregistrées chez AliaVox par Jordi Savall et le Concert des nations: L’orchestre de Louis XIII (référence: AV 9824).

    3 Jean-François Dubost, Marie de Médicis. La reine dévoilée, Paris 2009, p. 371 et p. 919, n. 38.

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    PSJ Metadata
    Jean-François Dubost
    M. M. McGowan, Dynastic Marriages 1612/1615 (Jean-François Dubost)
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    CC-BY-NC-ND 3.0
    Frühe Neuzeit (1500-1789)
    Frankreich und Monaco, Spanien, Österreich und Liechtenstein
    Politikgeschichte, Sozial- und Kulturgeschichte
    17. Jh.
    4015701-5 118662341 4013657-7 4121260-5 118544233 4025292-9 4046514-7
    1612-1615
    Europa (4015701-5), Bourbonen Familie (118662341), Eheschließung (4013657-7), Fest (4121260-5), Habsburger Familie (118544233), Hochzeit (4025292-9), Politik (4046514-7)
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    M. M. McGowan, Dynastic Marriages 1612/1615 (Jean-François Dubost)
    In: Francia-Recensio 2014/1 | Frühe Neuzeit - Revolution - Empire (1500-1815) | ISSN: 2425-3510
    URL: https://prae.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2014-1/FN/mcgowan_dubost
    Veröffentlicht am: 20.03.2014 15:50
    Zugriff vom: 28.09.2020 12:20