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F. Illies, 1913 (Anne-Marie Corbin)


Francia-Recensio 2014/2 19./20. Jahrhundert – Histoire contemporaine

Florian Illies, 1913. Der Sommer des Jahrhunderts, Frankfurt am Main (S. Fischer) 2013, 319 S., ISBN 978-3-10-036801-0, EUR 19,99.


rezensiert von/compte rendu rédigé par

Anne-Marie Corbin, Paris

L’ouvrage de Florian Illies sur l’année 1913 s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires, une raison suffisante pour le regarder de plus près et pour essayer de comprendre ce succès. D’emblée, le choix du sujet est habile à la veille de la commémoration de la Grande Guerre, les nombreux livres qu’elle a inspirés étant ainsi anticipés par Illies. Évoquer l’année 1913, c’était aussi se donner la possibilité de faire le bilan du XIX e siècle accompli, de dévoiler à la fin d’une époque les prémisses d’un monde nouveau.

Face à un public de lecteurs qui n’avait plus l’habitude de lire de longs développements, l‘auteur a choisi un découpage en fragments brefs consacrés à des personnages-clés – de 2 lignes à deux pages maximum – susceptible de favoriser une lecture en diagonale. Illies est capable de traiter d’une même manière – avec une petite note de persiflage que certains peuvent trouver sympathique – des hommes politiques, des écrivains, des peintres en s’attachant à des considérations dérisoires de leur biographie: leur rhume, le chat qui traverse une pièce, les aléas de leurs amours, les hasards de lectures dans les quotidiens.

Il est parfois question d’hommes politiques majeurs, mais jamais il ne s’agit d’événements qui auraient eu une influence certaine sur la guerre, celle de 1914 ou la suivante. Les premiers pas de Staline à Vienne, il les fait, de manière incongrue, en face du château de Schönbrunn. Quant à Hitler, il peine à trouver une chambre bon marché à Munich où il espère pouvoir mieux vendre ses aquarelles médiocres qu’à Vienne: une manière habile pour Illies de présenter en chiffres réels de l’époque le niveau de vie de la population et de mesurer celui de riches aristocrates. Quant à l’archiduc François-Ferdinand, futur héritier de l’Empire austro-hongrois, il le montre jouant dans la chambre des enfants avec un train miniature. Sophie, la femme de l’archiduc, est présentée comme une mégère, à juste titre rejetée à Vienne. Le destin de toute l’Europe, la destruction de millions de personnes auraient été subordonnés aux caprices d’un couple, présenté par Illies comme infantile et susceptible. À aucun moment, il n’est question, par exemple, des problèmes de minorités non résolus dans la double monarchie par l’empereur François-Joseph.

Illies traite aussi de la même manière les écrivains et les peintres de l’époque. Dans ses citations, il ne relève que des points anecdotiques de moindre intérêt. L’état de santé de ses protagonistes l’obsède. Ils ne sont tous qu’en train d’éternuer, de tousser à fendre l’âme, de sortir leur mouchoir ou d’en chercher un, indices certains que leurs belles demeures étaient fort humides et insalubres – rien pourtant en comparaison de ce que vivait la majorité de la population.

La désinvolture de l’auteur, la superficialité de sa démarche nous laissent pantois quand il nous faut lire que Thomas Mann ne pensait qu’aux faux-plis de ses costumes dans le train qui le menait de Munich à Berlin pour assister à la première d’une de ses pièces. On en est au niveau de mauvaises plaisanteries de potaches quand on lit qu’Arnold Schönberg, le créateur du dodécaphonisme, se défiait du chiffre 13 et le considérait comme maléfique: il naquit, en effet, un 13 septembre (1874) et mourut (ce qu’il ne pouvait prévoir alors) un vendredi 13 (juillet 1951). Illies réussit à rendre ridicule la correspondance de Franz Kafka avec Felice Bauer pour son évocation d’une mort commune sur l’échafaud. Quant au peintre Egon Schiele, il n’est montré qu’au travers des réflexions naïves et conformistes de sa propre mère.

On ajoutera encore qu’il n’est jamais question des mobilisations contre la guerre et que toute réflexion politique et théorique est bannie de cet ouvrage. Serait-ce la véritable raison de son succès? Y auront sans doute contribué les commentaires enthousiastes de quelques collègues journalistes sur » cet ouvrage fascinant « , cette » aventure du monde contemporain « , ce beau » livre de lecture « , » rayonnant de joie « . Faire des prémisses de la Grande Guerre un objet de divertissement est une démarche affligeante.

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PSJ Metadata
Anne-Marie Corbin
F. Illies, 1913 (Anne-Marie Corbin)
urn:nbn:de:bvb:12-per-0000003794
CC-BY-NC-ND 3.0
Neuere Zeitgeschichte (1945-heute), Neuzeit / Neuere Geschichte (1789-1918), Zeitgeschichte (1918-1945)
Europa
Kultur- und Mentalitätsgeschichte, Künste, Sozial- und Kulturgeschichte
1900 - 1919
4015701-5 4125698-0 4033422-3
1913
Europa (4015701-5), Kultur (4125698-0), Künste (4033422-3)
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F. Illies, 1913 (Anne-Marie Corbin)
In: Francia-Recensio 2014/2 | 19./20. Jahrhundert - Histoire contemporaine | ISSN: 2425-3510
URL: https://prae.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2014-2/ZG/illies_corbin
Veröffentlicht am: 30.06.2014 16:10
Zugriff vom: 27.01.2020 00:43
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