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    K.-J. Bremm, Propaganda im Ersten Weltkrieg (Laurent Jalabert)

    Francia-Recensio 2014/4 19./20. Jahrhundert – Histoire contemporaine

    Klaus-Jürgen Bremm, Propaganda im Ersten Weltkrieg, Stuttgart (Theiss Verlag) 2013, 188 S., 22 Abb., ISBN 978-3-8062-2754-3, EUR 24,95.

    rezensiert von/compte rendu rédigé par

    Laurent Jalabert, Nancy

    Voici un livre sur un thème qui semble bien connu. Le nombre de pages laisse entendre l’aspect synthétique de l’ouvrage qui ne peut prétendre, a priori, renouveler le champ des approches sur le sujet abordé. L’objet principal est de montrer en quoi la propagande participe au cheminement de la guerre et accompagne également son achèvement, tout en dépassant le cadre strictement national. Il s’agit donc de voir dans quelle mesure la propagande développée au cours de cette guerre constitue à la fois une rupture et une nouveauté dans la guerre moderne.

    K.-J. Bremm ne s’intéresse donc pas à la propagande des États destinée à leurs ressortissants, champ déjà bien labouré par d’autres. Il travaille à une comparaison des institutions de propagande et à une mise en perspective de l’utilisation de la propagande dans quatre des principaux belligérants (Allemagne, France, Grande-Bretagne, États-Unis), sur les interactions mutuelles des systèmes élaborés, alors que tous les États entendent mettre en avant leur » mission « morale, voire spirituelle dans la lutte engagée. De fait, les Français prétendent lutter contre ceux qui voulaient mettre à bas les idées de 1789 alors que les Anglais veulent abolir le militarisme prussien. D’ailleurs, l’auteur montre bien que dès les débuts de la guerre, les élites intellectuelles se sont rangées du côté de l’État et sont devenus les porte-voix d’une justification morale de la guerre. Les événements de Belgique prouvent combien ces intellectuels prennent fait et cause pour leurs nations respectives, quitte à perdre tout recul face à certaines allégations, comme les »mains coupées«.

    Le livre s’organise autour de onze chapitres, incluant introduction et conclusion. Dans le second chapitre, l’auteur tente une rapide esquisse des pratiques de propagande avant 1914, en remontant jusqu’à l’Antiquité. Il faut bien avouer que l’exercice est périlleux car il ne peut que laisser de larges pans de côté. Pour n’évoquer qu’un seul point, K.-J. Bremm passe en une page de la première croisade à la Révolution française… ce qui est aller un peu vite sur la question lorsque l’on connaît l’importance de l’imprimé dans les luttes politiques et confessionnelles. De même, pour le rôle joué par la Révolution française et le XIX e siècle dans ce domaine. Certes, ce n’est pas le cœur de propos de l’ouvrage mais le lecteur peut dès lors se demander l’intérêt de ces pages. Le troisième chapitre est consacré à la mise en perspectives des idéaux de 1914 et surtout de la fin d’une communauté universaliste avec le rangement des intellectuels et journalistes du côté de leurs États. Le quatrième chapitre souligne combien les crimes perpétrés en Belgique constituent une impulsion forte à la propagande alliée contre l’Allemagne tout en sabordant d’emblée tous les efforts de celle-ci sur la scène internationale. D’ailleurs, dans le chapitre suivant, l’auteur aborde cette propagande destinée à la scène internationale. Il montre entre autres que si les Allemands semblent structurer tardivement leur propagande (mise en œuvre l’Universum Film AG – UFA – en 1917), maladresse dans les objectifs et les pratiques, à l’exemple de Max von Oppenheim qui cherche vainement à gagner les chefs musulmans à un djihad contre le colonialisme franco-anglais alors que les communications et les télégrammes sont interceptés par les Anglais; il n’en reste pas moins que la propagande allemande n’a pas été écrasée par celle de alliés, comme l’ont laissé entendre les milieux nationalistes allemands après-guerre. Toutefois, la relative faiblesse de la propagande allemande sur le champ international viendrait de sa difficulté à porter un idéal positif, au contraire de celle des alliés.

    Dans les deux chapitres suivants, K.-J. Bremm aborde la concurrence anglo-allemande aux États-Unis ainsi que la propagande américaine après son entrée en guerre auprès des Alliés, conséquence certes d’actes connus (comme l’action des sous-marins allemands) mais aussi d’une rupture dans la vision du monde de celle portée par l’Allemagne. Les États-Unis sont dès lors entrés en guerre pour la démocratie contre le militarisme de l’Empire allemand. Le chapitre huit montre la censure et l’autocensure des »correspondants de guerre« et la création de »pieux mensonges«.

    Le neuvième chapitre est consacré à la comparaison entre »l’union sacrée« française et le »Burgfriede« allemand, voulant souligner que la France a pu mettre en œuvre un consensus plus fort que l’Allemagne sur les buts de guerre. Le dixième chapitre travaille la »légende du coup de poignard dans le dos«, donc la perception de la guerre en Allemagne après novembre 1918 et les fondements d’une autre propagande. Ainsi, dans le dernier chapitre, K.-J. Bremm souligne que la propagande a fonctionné pendant et après la guerre, en forgeant des mensonges »acceptés« et surtout des méthodes largement employées par la suite, comme le dénigrement et la dégradation systématiques de l’ennemi. On touche là une des limites du travail: ces pratiques ne sont pas nouvelles, même si l’on accepte la massification de l’entreprise liée aux moyens des médias en ce début du XX e siècle. L’imprimé de l’époque moderne, les Flugblätter jouaient déjà des mêmes moyens.

    Une autre limite vient de l’approche même de l’auteur et de son corpus. Il a fait le choix des quatre pays cité mais a laissé de côté l’activité de certains États – comme l’Italie et l’Autriche-Hongrie – dont on ne peut certainement négliger l’approche. De même, si ce livre ne repose pas sur des archives écrites, il ne met pas non plus en évidence une approche pourtant nécessaire des médias, ni dans des corpus d’images ou de journaux, ni dans la portée ou l’impact des outils de propagande. Enfin, on peut relever des manques de précision dans la chronologie de l’élaboration des structures de propagande, des erreurs de date (comme celle du »Dolchstoß-Prozess« qui n’a pas lieu en 1915 mais en 1925), et un registre incomplet par rapport aux noms évoqués. Le livre a toutefois le mérite de montrer comment la propagande a pu contribuer dans ces pays à un aveuglement collectif dès les premiers mois, fermant la porte à tout projet de paix alors que la lecture des événements militaires montrait l’impossibilité d’achever rapidement la guerre. L’ouvrage nous rappelle également que la guerre met fin à la vérité, ou tout le moins forge une histoire qui devient parfois une vérité a posteriori. Des dangers de l’impact des mensonges…

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    PSJ Metadata
    Laurent Jalabert
    K.-J. Bremm, Propaganda im Ersten Weltkrieg (Laurent Jalabert)
    CC-BY 3.0
    Neuere Zeitgeschichte (1945-heute)
    Weltgeschichte
    Militär- und Kriegsgeschichte, Politikgeschichte
    1900 - 1919
    4076374-2 4079163-4
    1914-1918
    Propaganda (4076374-2), Weltkrieg 1914-1918 (4079163-4)
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    K.-J. Bremm, Propaganda im Ersten Weltkrieg (Laurent Jalabert)
    In: Francia-Recensio 2014/4 | 19./20. Jahrhundert - Histoire contemporaine | ISSN: 2425-3510
    URL: https://prae.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2014-4/ZG/bremm_jalabert
    Veröffentlicht am: 05.12.2014 13:40
    Zugriff vom: 17.10.2019 05:08
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