Direkt zum Inhalt | Direkt zur Navigation

    A. Löw, D. L. Bergen, A. Hájková (Hg.), Alltag im Holocaust (Barbara Lambauer)

    Francia-Recensio 2014/4 19./20. Jahrhundert – Histoire contemporaine

    Andrea Löw, Doris L. Bergen, Anna Hájková (Hg.), Alltag im Holocaust. Jüdisches Leben im Großdeutschen Reich 1941 1945, München (Oldenbourg) 2013, VI–265 S. (Schriftenreihe der Vierteljahrshefte für Zeitgeschichte, 106), ISBN 978-3-486-73567-3, EUR 24,80 .

    rezensiert von/compt rendu rédigé par

    Barbara Lambauer, Paris

    L’ouvrage, issu d’une journée d’études organisée par l’université de Toronto et l’Institut für Zeitgeschichte de Munich-Berlin en 2010, se penche sur le quotidien de la population juive persécutée sous le régime nazi. Elle n’y apparaît pas comme victime passive, mais se composant d’individus cherchant l’équilibre d’une »normalité au sein d’un monde anormal« (p. 1). À travers quatorze contributions, il n’est donc pas question de l’assassinat des juifs, mais des efforts de ceux-ci pour (sur)vivre en territoire allemand ou annexé. Les sources qui éclairent ce combat quotidien sont rares, ce qui peut expliquer que les contributions restent assez hétéroclites. L’accent est notamment mis sur la vie des juifs de Berlin, Vienne, Prague, mais aussi de Theresienstadt – des populations qui, depuis l’automne 1941, ont été confrontées à l’évacuation ou à la mort des proches, vivant eux-mêmes sous la menace quotidienne de leur propre départ en déportation. Beate Kosmala (p. 29–47) et Richard Lutjens (p. 49–63) se consacrent à la survie en clandestinité à Berlin. Au plus tard depuis la fermeture des frontières à l’automne 1941, l’émigration et la fuite en dehors du Reich sont devenu extrêmement difficiles et périlleuses. Des 160 564 membres de la communauté juive de Berlin recensés en juin 1933, 90 000 ont jusque-là réussi à émigrer. Parmi les autres seulement 8300 survivront jusqu’à l’été 1945, la plupart (4700) mariés à un »aryen« ou grâce au statut de »Mischling« (»sang mêlé«); 1900 survivants reviendront des camps. Le nombre de ceux qui ont survécu en clandestinité dans la capitale allemande s’élève à 1700, un tiers du nombre total pour l’Allemagne (p. 49).

    Beate Kosmala se consacre au cas des femmes, majoritaires au sein de ce groupe. Elles ont souvent été travailleuses forcées dans l’industrie d’armement ou dans d’autres entreprises produisant pour la Wehrmacht, ce qui explique pourquoi, au début 1943, elles peuvent vivre encore légalement à Berlin. Avec l’accélération des déportations à partir d’octobre 1942 cependant, l’étau se resserre pour elles aussi. Le tournant constitue le jour de la »Fabrik-Aktion« du 27 février 1943, une rafle organisée pour arrêter dans les usines, entreprises et domiciles les derniers travailleurs forcés juifs et leurs familles en vue de leur déportation à Auschwitz. La rafle pousse entre 4700 et 5000 Juives et Juifs de Berlin dans la clandestinité (p. 39), un passage plein de périls: Richard Lutjens souligne l’énorme risque d’être dépisté ou dénoncé, d’autant que les clandestins sont forcés à une mobilité constante, qui n’a rien à voir avec ce que l’on connaît d’après Anne Frank. De fréquents changements de cachettes sont nécessaires pour échapper à la méfiance des voisins, aux investigations de la police berlinoise et même aux fréquentes attaques aériennes (p. 52). Les cachettes sont d’ailleurs très inégales concernant leur qualité, nature et durée. Elles requièrent la maîtrise du parfait mensonge et une confiance dans de parfaits inconnus, les proches – familles et amis – ayant souvent disparu (p. 57). On dort chez des inconnus n’hésitant parfois pas à exploiter la détresse de l’hébergé, ou dans la rue, dans des trains de banlieue, dans les salles d’attente des gares, dans les caves, voire dans les ruines des maisons bombardées. Ceux qui aident apparaissent angoissés, ne souhaitent pas accorder l’asile pour trop longtemps; des conflits sont fréquents. La constitution de tout un réseau de personnes prêtes à aider est indispensable. Sous ces auspices, il n’est guère étonnant que la majorité ne réussit pas à échapper à leurs bourreaux: des 6500 juifs cachés, environ 4800 sont arrêtés pendant la guerre (p. 59).

    Dans un chapitre intitulé »Persécution par la presse«, Benjamin Frommer présente les tactiques adoptées par les collaborateurs tchèques pour dépister les Juifs du Protectorat. Elles passent par des campagnes de presse appelant aux dénonciations, publiées ensuite dans certains organes de collaboration. Là, elles sont repérées par les autorités tchèques du ministère de l’Intérieur de Prague et transmises aux autorités régionales et locales, qui déclenchent l’intervention des forces exécutives tchèques. La pratique montre »l’absurdité cruelle de la campagne visant l’isolement des juifs«: ainsi lorsque la dénonciation se réfère aux photos d’un chien exposées dans les vitrines d’une association d’éleveurs de chiens, le propriétaire de l’animal étant juif (p. 141). En parallèle à ce »filet d’oppression«, Frommer évoque aussi un certain zèle de la part de la Jüdische Kultusgemeinde, prête à retirer les fauteurs de troubles de la communauté en les faisant interner dans le camp »de rééducation« de Lípa, tenu par les SS (p. 147).

    Dans sa contribution portant sur les détenus allemands de Theresienstadt (p. 179–198), Anna Hájková se consacre à la difficile cohabitation des groupes nationaux au sein de ce camp. Au départ conçu comme camp de transition pour les Juifs du Protectorat, l’endroit se transforme, dès l’été 1942, en »camp modèle« pour Juifs âgés. Ce qui n’empêche un taux de mortalité élevé pour les concernés (92,18% pour les Juifs allemands), dû à la sous-alimentation, la saleté et la vermine (p. 179). Un peu moins de 150 000 juifs transiteront par Theresienstadt, dont la moitié est originaire du Protectorat; plus de 42 000 arrivent d’Allemagne et 15 000 autres de l’ancienne Autriche. Les Juifs allemands intègrent le camp à partir de juin 1942: pour 75% d’entre eux il s’agit de personnes âgées qui appartiennent essentiellement à la classe moyenne (supérieure), les femmes étant majoritaires (p. 180–181). En comparaison, le groupe des Juifs tchèques est plus jeune et forme l’élite sociale du camp. Néanmoins, ces derniers soupçonnent les premiers d’être favorisés par les agents SS: les préjugés et les »visions nationalistes« génèrent ainsi des tensions permanentes au sein du camp (p. 186). D’autre part, les Juifs tchèques ont la possibilité de recevoir des colis plus volumineux – une question qui paraît essentielle au vu de la famine qui règne dans le camp et qui apparaît déterminante pour approfondir les divisions entre les détenus. Les Juifs allemands pratiquent leur religion, au contraire des Juifs tchèques; et même lorsque la religion est pratiquée, les offices sont séparés selon l’origine nationale (p. 189).

    L’ouvrage clôt en évoquant les »loyautés contradictoires des organisations d’entraides internationales«, sujet développé par Susanne Heim (p. 237–252): censées rester fidèles aux politiques arrêtées par les Alliées anglo-saxonnes, leurs bureaux européens n’en subissent pas moins les appels à l’aide des Juifs persécutés (p. 238). Des solutions de contournement doivent donc être envisagées. Les envois financiers vers l’Allemagne ou les pays occupés, strictement interdits par les Alliés, passent par les pays neutres, la Suisse en premier lieu, où le président de la Communauté israélite, Saly Mayer, les fait déclarer comme »dons«. De même, les colis alimentaires sont dirigés vers les pays concernés à partir de Lisbonne. Les canaux secrets créés servent aussi en sens inverse pour informer des crimes commis. L’objectif – susciter des protestations publiques et des actions de rétorsion par les Alliés – n’est cependant guère atteint, créant une immense frustration parmi les »informateurs« (p. 246–247). C’est l’expérience du large silence occidental qui persuade les organisations d’entraide juive à œuvrer désormais pour la création d’un État juif en Palestine.

    L’ouvrage ouvre ainsi de nouvelles pistes pour la recherche afin de mieux comprendre le quotidien d’une survie dans la Shoah et les possibles interactions entre victimes et bourreaux. La dichotomie érigée par l’historiographie entre ces deux catégories sociales freine la compréhension du fonctionnement du phénomène. À côté de l’importante »Täterforschung« de ces dernières années, voire décennies, l’ouvrage fournit ainsi un plaidoyer pour le développement d’une »Opferforschung«, qui sort les individus persécutés d’une perception trop passive. Nonobstant, garde aux conclusions généralisées: comme le souligne Dieter J. Hecht au sujet des jeunes juifs de Vienne, il convient de ne pas sous-estimer le caractère singulier d’un destin individuel (p. 115).

    Lizenzhinweis: Dieser Beitrag unterliegt der Creative-Commons-Lizenz Namensnennung-Keine kommerzielle Nutzung-Keine Bearbeitung (CC-BY-NC-ND), darf also unter diesen Bedingungen elektronisch benutzt, übermittelt, ausgedruckt und zum Download bereitgestellt werden. Den Text der Lizenz erreichen Sie hier: http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/de

    PSJ Metadata
    Barbara Lambauer
    A. Löw, D. L. Bergen, A. Hájková (Hg.), Alltag im Holocaust (Barbara Lambauer)
    CC-BY 3.0
    Zeitgeschichte (1918-1945)
    Deutschland / Mitteleuropa allgemein
    Jüdische Geschichte
    1940 - 1949
    4011882-4 4001307-8 4013021-6 4028808-0 4028814-6 4073091-8
    1941-1945
    Deutschland (4011882-4), Alltag (4001307-8), Drittes Reich (4013021-6), Juden (4028808-0), Judenverfolgung (4028814-6), Judenvernichtung (4073091-8)
    PDF document loew_lambauer.doc.pdf — PDF document, 104 KB
    A. Löw, D. L. Bergen, A. Hájková (Hg.), Alltag im Holocaust (Barbara Lambauer)
    In: Francia-Recensio 2014/4 | 19./20. Jahrhundert - Histoire contemporaine | ISSN: 2425-3510
    URL: https://prae.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2014-4/ZG/loew-bergen-hajkova_lambauer
    Veröffentlicht am: 05.12.2014 13:50
    Zugriff vom: 16.10.2019 20:10
    abgelegt unter: