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    E. Tálos, Das austrofaschistische Herrschaftssystem (Michel Fabréguet)

    Francia-Recensio 2014/4 19./20. Jahrhundert – Histoire contemporaine

    Emmerich Tálos, Das austrofaschistische Herrschaftssystem. Österreich 1933–1938, Berlin (LIT-Verlag) 2013, 621 S. (Politik und Zeitgeschichte, 8), ISBN 978-3-643-50495-1, EUR 34,90.

    rezensiert von/compte rendu rédigé par

    Michel Fabréguet, Strasbourg

    La nature du régime autoritaire qui s’instaura en Autriche au début des années 1930, et qu’une grande diversité de concepts permet d’appréhender (État corporatiste, État autoritaire, dictature du gouvernement, dictature du chancelier, dictature des fonctionnaires, semi-fascisme, fascisme d’imitation, austro-fascisme), reste aujourd’hui encore controversée entre les deux principaux camps politiques autrichiens, conservateurs et socialistes. Ces derniers sont toujours incapables de s’accorder sur la nature du régime qui provoqua une brève mais sanglante guerre civile en février 1934 et qui ne put finalement empêcher, en mars 1938, l’Anschluss de l’Autriche au » Reich « allemand. Rétrospectivement cependant, la mémoire de cette période à l’issue fatale reste douloureuse pour la très grande majorité des Autrichiens, et la volonté de dépasser les conflits qui paralysèrent alors la société autrichienne justifia, en 1945, l’instauration du système du Proporz , qui reste aujourd’hui encore en vigueur. Du fait des désaccords persistants au sein de la société, le traitement scientifique de l’austro-fascisme reste un exercice universitaire délicat. Il n’existait d’ailleurs à ce jour qu’un seul ouvrage collectif consacré à ce thème, paru en 1984. C’est dire le mérite du politologue Emmerich Tálos de s’être attaqué à ce sujet sensible, et d’en proposer une synthèse novatrice et approfondie, sous la forme d’un gros ouvrage en huit chapitres, exhaustif, érudit et objectif, qui devrait permettre de contribuer, à terme, à désamorcer les passions et les clivages au sein du grand public cultivé.

    Depuis la fin des années 1920, les forces de droite et d’extrême-droite souhaitaient remettre en cause le système de la démocratie libérale et parlementaire qui s’était imposé dans l’État résiduel autrichien depuis la fin de la Première Guerre mondiale. Mais jusqu’au début des années 1930, les chrétiens-sociaux au pouvoir furent contraints de négocier des compromis avec les sociaux-démocrates, l’autre grande force politique autrichienne, dont la ville-région de Vienne constituait le bastion. Ce fut ainsi encore le cas en 1929, avec la réforme constitutionnelle qui instaura l’élection au suffrage universel du président fédéral autrichien. La démission des trois présidents de l’assemblée nationale, le 4 mars 1933, permit au chancelier Dollfuß, au pouvoir depuis l’automne 1932, d’enclencher le processus de rupture définitive avec la démocratie libérale, en suspendant le parlement. S’ouvrit alors la première phase de l’histoire du régime austro-fasciste, jusqu’à la proclamation de la nouvelle constitution corporatiste le 1 er mai 1934, marquée en particulier par l’élimination de la social-démocratie en février 1934.

    Tálos esquisse à ce propos une stimulante comparaison entre les évènements politiques qui se déroulèrent en Autriche dans les années 1933/1934 et ceux qui s’étaient déroulés en Italie dans les années 1920, tant l’histoire de l’austro-fascisme présente d’évidentes similitudes avec le régime fasciste qui constitua son principal protecteur sur la scène internationale, jusqu’en 1936 tout au moins, face à la menace de l’Allemagne nationale-socialiste. Après l’élimination de la social-démocratie du système politique, les années 1934–1936 constituèrent la phase d’épanouissement du régime, en dépit de la tentative de coup d’État des nazis autrichiens en juillet 1934, à l’origine directe de l’assassinat de Dollfuß.

    Tálos analyse de manière minutieuse quels furent les soutiens politiques (le président fédéral, les milices patriotiques, l’armée, la police et la gendarmerie, le Front Patriotique, le légitimisme pro-habsbourgeois), religieux (l’Église catholique et le Vatican) et sociaux (le mouvement des travailleurs chrétiens) qui facilitèrent l’instauration de l’État autoritaire corporatiste. Mais le rapprochement de l’Italie fasciste et de l’Allemagne nationale-socialiste, à l’occasion de la guerre d’Ethiopie, devait être fatale à un régime dont les assises demeuraient fragiles, tant sur le plan intérieur que sur la scène internationale.

    Les mois de juillet 1936 à mars 1938 constituèrent donc une troisième phase défensive, qui vit le déclin du système de domination austro-fasciste sous le chancelier Schuschnigg. La crise économique persistante, avec un taux de chômage particulièrement élevé, ne permit au régime ni d’opérer une stabilisation intérieure, ni d’endiguer la montée en puissance des nazis, pourtant condamnés en Autriche à la clandestinité. Et en dépit des actes criminels commis par ces derniers, le régime manqua de fermeté à leur égard, tentant toujours de négocier directement avec eux jusqu’à l’assassinat de Dollfuß, puis reportant après juillet 1934 sa disposition à négocier en direction des »nationaux accentués«, alors qu’il manifesta toujours dans le même temps une attitude intransigeante à l’égard de la gauche marxiste. Comme le souligne Tálos, l’Autriche présenta ainsi dans les années 1930 la particularité de mettre aux prises deux fascismes, affrontement qui ne permit jamais au régime austro-fasciste d’obtenir le soutien de la majorité de la population. Le régime dut par ailleurs signer en juillet 1936 un accord avec le Reich qui, en contrepartie d’une reconnaissance formelle de l’indépendance de l’Autriche par le gouvernement allemand, l’amena à reconnaître officiellement son statut de deuxième État allemand. Le régime austro-fasciste s’attacha ainsi à défendre l’indépendance du pays, mais sa conception même de l’Autriche recelait une contradiction ambigüe et même dangereuse, un véritable idéologie de mission qui faisait de l’Autriche le fidéicommissaire de la germanité et qui dérivait directement de l’idéologie du Reich grand-allemand : l’indépendance de l’Autriche se trouvait ainsi légitimée par la contribution apportée à l’identification nationale allemande, ce qui n’offrait aucune garantie contre les visées annexionnistes du puissant voisin.

    L’idéologie austro-fasciste s’est nourrie de conceptions chrétiennes et nationales héritées du XIX e siècle, comme la théorie de la compensation des intérêts divergents, qui s’opposait frontalement à la théorie marxiste de la lutte des classes. Elle se caractérisa par un certain nombre de refus (le parlementarisme libéral, le marxisme) et d’idées positives (le corporatisme au fondement d’un système politique et social hiérarchisé et autoritaire) qui permettent de l’apparenter aux autres mouvements fascistes qui se développèrent un peu partout en Europe à la même époque. Mais l’austro-fascisme présente aussi des traits spécifiques, qui le caractérisent et le distinguent dans la nébuleuse des fascismes européens. Fondamentalement, les transformations politiques et sociales furent impulsées en Autriche par une coalition de forces politiques au pouvoir dès avant 1933, au sein de laquelle seul le mouvement des milices patriotiques, les Heimwehren , se réclamait ouvertement du fascisme. Le Front patriotique, constitué après l’élimination ou la disparition des partis politiques autrichiens, seul porteur de la volonté politique avec une structure hiérarchique autoritaire, ne parvint jamais à mobiliser l’ensemble de la société autrichienne autour du régime, bien qu’il comptât plus de trois millions de membres à la fin du mois de janvier 1938. Incapable de saper l’influence des nazis autrichiens, il se retrouva, comme le gouvernement, sur une position défensive à partir de l’été 1936.

    Il n’y eut donc pas un grand parti fasciste en Autriche, sur le modèle allemand ou italien. C’est l’État qui devait être l’acteur et le moteur des transformations politiques et sociales. De la même manière, si une position de direction revint au chancelier fédéral, au sein du gouvernement comme du Front patriotique, le culte du chef n’atteignit pas en Autriche les mêmes proportions qu’en Allemagne et en Italie, et l’assassinat de Dollfuß priva finalement l’austro-fascisme de son principal mentor.

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    PSJ Metadata
    Michel Fabréguet
    E. Tálos, Das austrofaschistische Herrschaftssystem (Michel Fabréguet)
    CC-BY 3.0
    Zeitgeschichte (1918-1945)
    Österreich und Liechtenstein
    Politikgeschichte
    1930 - 1939
    4043271-3 4126965-2 4016494-9 4020517-4
    1933-1938
    Österreich (4043271-3), Austrofaschismus (4126965-2), Faschismus (4016494-9), Geschichte (4020517-4)
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    E. Tálos, Das austrofaschistische Herrschaftssystem (Michel Fabréguet)
    In: Francia-Recensio 2014/4 | 19./20. Jahrhundert - Histoire contemporaine | ISSN: 2425-3510
    URL: https://prae.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2014-4/ZG/talos_fabreguet
    Veröffentlicht am: 05.12.2014 13:45
    Zugriff vom: 17.10.2019 04:40
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