Direkt zum Inhalt | Direkt zur Navigation

E. Thalhofer, Entgrenzung der Gewalt (Michel Fabréguet)

Francia-Recensio 2014/4 19./20. Jahrhundert – Histoire contemporaine

Elisabeth Thalhofer, Entgrenzung der Gewalt. Gestapo-Lager in der Endphase des Dritten Reiches, Paderborn, München, Wien, Zürich (Ferdinand Schöningh) 2010, 388 S. (Sammlung Schöningh zur Geschichte und Gegenwart), ISBN 978-3-506-76849-0, EUR 51,00.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Michel Fabréguet, Strasbourg

Ce livre d’Elisabeth Thalhofer, tiré d’une thèse soutenue en janvier 2008 devant la faculté de philosophie de l’université de la Sarre sous la direction de Rainer Hudemann, vient s’inscrire dans un courant historiographique de la recherche allemande qui tend aujourd’hui à approfondir l’étude de la diversité des types de camps sous le Troisième Reich, tout en réfléchissant aussi sur la manière dont les Allemands eux-mêmes furent victimes du national-socialisme.

Au cours des années 1980, une série d’études locales et régionales avaient remis en question le mythe de l’omniprésence et de la toute-puissance de la Gestapo au sein de la société, tout en privilégiant, dans l’étude des structures de la persécution, les camps de concentration, comme le symposium de Weimar devait en prendre acte en 1995. Mais depuis cette date, de nouvelles recherches ont permis de diversifier l’état des connaissances. C’est ainsi que l’entreprise collective » Der Ort des Terrors. Geschichte der nationalsozialistischen Konzentrationslager « devait consacrer ses deux derniers volumes aux camps d’extermination de l’Action Reinhard (Einsatz Reinhard), aux camps de transit, de détention de la Gestapo, de transit policier, d’éducation par le travail et de protection de la jeunesse. Les travaux pionniers de Gabriele Lofti sur les camps d’éducation par le travail, qui identifiaient les prisons de police élargies comme une sous-catégorie des camps d’éducation, ont également participé de ce renouvellement historiographique. Le qualificatif » élargi « se rapportant aux prisons de police doit en fait se comprendre de deux manières différentes: il renvoie tout d’abord à la nécessité d’accroître localement les capacités d’espace de détention, mais aussi à la notion de débordement des limites et des normes de l’état de droit, vers une violence sans limites, telle qu’elle fut pratiquée par les SS dans les camps de concentration.

La contribution de Thalhofer à l’histoire de la vie quotidienne de la terreur au cours de la longue phase finale du Troisième Reich dans les années 1943–1945, recherche d’histoire sociale et de psychologie sociale des criminels, se compose donc de deux parties. La première, intitulée » Débordement de la violence « , constitue une analyse de la dynamique structurelle du système répressif à travers une étude du développement de la Gestapo et du système de persécution national-socialiste dans la dernière phase du régime. Dans les années 1943–1945, la Gestapo était le produit d’une évolution déjà décennale, caractérisée par les processus de » reichisation « et de » désétatisation « . La concentration, sous la forme d’une union personnelle au profit d’Himmler, de la direction des polices politiques de tous États allemands dans les années 1933/1934 fut prolongée par le décret du Führer du 17 juin 1936 qui fit du Reichsführer SS Heinrich Himmler le chef de la police allemande dans le cadre du ministère de l’Intérieur du Reich: or le RFSS étant directement responsable devant Hitler, le pouvoir du ministre de l’Intérieur sur la police se trouva ainsi brisé: la centralisation institutionnelle s’accompagna ainsi de la concentration du monopole du pouvoir étatique dans les mains de quelques partisans éprouvés du Führer. La police politique devint ainsi une » institution en mouvement « , en conformité avec les orientations idéologiques du régime, en mesure de déborder le cadre traditionnel de ses missions et de ses méthodes de persécution.

Dès 1934 la Gestapo bénéficia de l’exclusivité de la Schutzhaft, dont un décret de 1938 précisa qu’elle devait s’accomplir exclusivement dans les camps de concentration. Mais l’étape décisive sur la voie de l’élargissement des compétences de la Gestapo fut constituée par l’attribution de la discipline du travail, en relation avec l’édification du Westwall (ligne Siegfried) dans les années 1938–1940. Au milieu de la guerre, environ 70% des personnes arrêtées par les offices de la police l’étaient pour infraction à la discipline du travail.

L’année 1943 marqua l’apogée de l’accumulation du pouvoir policier, lorsque la Gestapo se vit attribuer la responsabilité de l’exécution des peines en vertu du droit pénal des étrangers. La phase finale de la guerre se caractérisa alors par un processus de délégation des compétences accumulées par l’office central au bénéfice des offices locaux et régionaux de la Gestapo. Ce processus de décentralisation et de délégation interne favorisa une escalade de la violence, en particulier contre les travailleurs forcés étrangers, et un élargissement du spectre aussi bien des victimes que des exécuteurs ( Täter ).

Dans la dernière phase de la guerre, alors que le système concentrationnaire se trouvait pleinement impliqué dans les processus du travail forcé et du génocide des juifs d’Europe, la politique de persécution du régime se trouva confrontée au manque d’espaces de détention et à l’encombrement des prisons. Himmler fut alors contraint d’accepter le principe de lieux de détention spécifiques à la Gestapo, alors qu’il s’était jusqu’alors efforcé de préserver les camps de concentration face à la menace représentée par la concurrence des camps d’éducation par le travail.

La deuxième partie de cet ouvrage est donc consacrée aux prisons de police élargies, camps tardifs au nombre d’une dizaine sur le territoire du Reich dans les années 1943–1945, qui devinrent les instruments d’une violence sans limite. Le débordement de la violence constitua la réaction de la Gestapo à la décomposition croissante du régime dans les derniers mois de son existence. Thalhofer a plus particulièrement privilégié à ce propos l’étude de quatre cas: Oderblick in Schwetig dans le Brandebourg, Brätz aux confins du Warthegau, Hagen-Haspe entre Rhin et Ruhr à proximité des usines d’armement Klöckner AG, et Neue Bremm, à proximité de Sarrebruck, qui servit de plaque tournante pour les convois de détenus politiques en provenance de France à destination des camps de concentration.

Dans la tradition des prisons de police, les prisons de police élargies, édifiées à l’initiative de chefs locaux de la Gestapo, constituèrent des lieux de détention de transit, d’une durée de trois à six semaines. Les chaînes de commandement se restreignaient à l’interaction des chefs d’offices régionaux de la Gestapo et des commandants des camps. Leur construction relevait des services de la SS, ce qui les plaçait, à la différence des prisons de police, dans le spectre des camps de concentration, à la manière d’un univers accessoire. Les prisons de police élargies servirent donc essentiellement de camps de transit et de camps disciplinaires. Elles unifièrent toutes les fonctions des camps de police dans les territoires occupés, avec la pratique des interrogatoires brutaux et des exécutions ( » traitements spéciaux « ordonnées par les offices régionaux de la Gestapo.

L’étude du profil des commandants des prisons de police élargies permet de poser la question de l’existence d’un collectif de criminels. Les commandants des camps offrent en fait une similitude évidente avec le personnel du RSHA. Il s’agissait d’hommes jeunes, nés dans les années 1905–1915, appartenant à la classe moyenne inférieure, généralement titulaires de l’examen de fin d’études secondaires, qui avaient pu considérer que l’entrée dans la police leur ouvrirait les portes d’une carrière et d’une ascension sociale rapides. Il ne s’agissait pourtant pas de carriéristes ou d’opportunistes, car la plupart avaient rejoint le mouvement dès le début des années 1930, à une époque où une telle démarche n’était pas encore opportune. La » carrière de la violence « de cette génération de l’absolu, sous le signe du fanatisme idéologique, se caractérise donc par quelques étapes aisément perceptibles: l’appartenance au milieu völkisch dans les années 1920, l’adhésion au Mouvement national-socialiste dans les années 1930, l’expérience de la terreur dans les territoires de l’est européen au début des années 1940. Les prisons de police élargies à la fin de la guerre témoignèrent aussi du retournement de l’axe de la poussée de la violence et de la terreur de l’extérieur vers l’intérieur du Reich, avec la pratique de la rotation du personnel dans les équipes mobiles de tuerie à l’est dès les années 1941/1942 puis avec le reflux à l’intérieur du Altreich , à partir de 1944, des soldats de la Wehrmacht, des collaborateurs des structures policières, du personnel des camps de concentration et des camps d’extermination, reflux qui fut décisif pour la radicalisation et la dynamique interne de la violence.

Les prisons de police élargies révèlent enfin l’interaction entre la Gestapo et la population allemande et la disposition de celle-ci à collaborer avec le régime nazi. La dernière phase de la guerre fut marquée par une extension considérable du système des camps. Pour la population, les détenus étaient des criminels ou des étrangers à la communauté. Dans le climat de peur parfois irrationnelle engendrée par la guerre totale, la population manifesta souvent plus fréquemment sa solidarité avec le personnel des prisons de la Gestapo qu’avec les détenus. Mais l’exploitation de la force de travail des détenus constituait aussi un véritable enjeu et un intérêt commun entre les directions des prisons de la Gestapo et des secteurs entiers de la population. L’attrait du gain, le désir de » faire des affaires « avec la Gestapo, fut le ressort de la symbiose de l’État populaire et du crime. Si la longue phase finale de la guerre révèle que la Gestapo fut en mesure de trouver toujours plus de complicité dans la société, cette intégration sociale fut en définitive complexe: la complicité à l’égard des crimes du régime n’impliqua pas forcément toujours une adhésion résolue à celui-ci. Cette contradiction laisse finalement présager de la complexité ultérieure du travail de mémoire.

Lizenzhinweis: Dieser Beitrag unterliegt der Creative-Commons-Lizenz Namensnennung-Keine kommerzielle Nutzung-Keine Bearbeitung (CC-BY-NC-ND), darf also unter diesen Bedingungen elektronisch benutzt, übermittelt, ausgedruckt und zum Download bereitgestellt werden. Den Text der Lizenz erreichen Sie hier: http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/de

PSJ Metadata
Michel Fabréguet
E. Thalhofer, Entgrenzung der Gewalt (Michel Fabréguet)
CC-BY 3.0
Zeitgeschichte (1918-1945)
Deutschland / Mitteleuropa allgemein
Rechtsgeschichte
1940 - 1949
4011882-4 4071639-9 4020517-4 4243879-2
1940-1950
Deutschland (4011882-4), Geheime Staatspolizei (4071639-9), Geschichte (4020517-4), Lager Unterkunft (4243879-2)
PDF document thalhofer_fabreguet.doc.pdf — PDF document, 120 KB
E. Thalhofer, Entgrenzung der Gewalt (Michel Fabréguet)
In: Francia-Recensio 2014/4 | 19./20. Jahrhundert - Histoire contemporaine | ISSN: 2425-3510
URL: https://prae.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2014-4/ZG/thalhofer_fabreguet
Veröffentlicht am: 05.12.2014 13:45
Zugriff vom: 16.10.2019 16:21
abgelegt unter: