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D. Thomas, Africa and France (Alexander Keese)

Francia-Recensio 2014/4 19./20. Jahrhundert – Histoire contemporaine

Dominic Thomas, Africa and France. Postcolonial Cultures, Migration, and Racism, Bloomington (Indiana University Press) 2013, XIV 330 p. (Africa Expressive Cultures), ISBN 978-0-253-00669-1, USD 28,00

rezensiert von/compte rendu rédigé par
Alexander Keese, Berlin

Dominic Thomas est sans doute devenu un des grands noms des études postcoloniales sur l’Afrique dite francophone. Son nouveau livre est donc d’intérêt pour les spécialistes en histoire africaine, et une discussion des propos qu’offre cette monographie aux historiens, est importante. Cela étant dit, il est évident que l’auteur de ce compte rendu n’ait qu’une faible compétence pour juger la qualité de l’analyse que Thomas fait de la littérature et du cinéma d’auteurs de l’Afrique francophone ou d’origine africaine. En revanche, il me semble bien possible de discuter dans le cadre de ce compte rendu la valeur de ses analyses pour la perspective historique des processus qui expliquent, pour ainsi dire, la mentalité postcoloniale dans la société française.

Le chapitre 4 portant sur »Africa, France, and Eurafrica in the Twenty-First Century« – qui prétend de lier le fameux discours de Nicolas Sarkozy à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, le 26 février 2007, à la longue histoire des manipulations et influences françaises en Afrique après 1960 –, est probablement le chapitre le moins spectaculaire de ce livre. Thomas accepte trop facilement les versions établies de la »Françafrique« et se penche trop sur les réflexions (et non sur des analyses historiques) d’auteurs français, ignorant les travaux plus récents de Tony Chafer et d’autres, qui permettent une compréhension plus nuancée des mécanismes néocoloniaux (p. 92–95). Pour l’historien, il est à éviter de vouloir trouver des explications néocoloniales dans chacune des actions ou décisions politiques (ou bien d’acteurs individuels) français – le néocolonialisme français des années 1960, 1970 et 1980, bien qu’il soit lié à un vécu assez lourd pour les populations africaines dites »francophones«, mérite néanmoins une analyse historique appuyée sur des sources. En effet, il est peut-être trop facile de le joindre simplement aux attitudes racistes existantes dans la population française du XXI e siècle.

En revanche, ces attitudes racistes, et la manière comment une partie considérable de la société française refuse d’accepter une »identité mixte« de la population du pays, donnent le contexte des observations de Thomas. Il identifie les collections du musée du Quai Branly comme caractérisées par une esthétique définie par le regard européen (p. 33) et par une perspective anhistorique qui nie l’importance des créateurs des objets pour l’histoire respective de leurs propres sociétés (p. 34); au même temps, bien que les objets aient trouvé leur chemin en France suite aux conquêtes coloniales, la violence inhérente dans ces processus ne fut discutée ni par Jacques Chirac au moment de l’inauguration (p. 35), ni par la direction du musée dans le contexte des expositions postérieures (p. 41). Dans le cas de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, projet qui permet de discuter l’importance de l’immigration pour la société française (p. 47), Thomas constate une insistance inquiétante sur la question de »l’identité nationale«, question qui provoquait le proteste d’une part des historiens accompagnant le projet (p. 49). Dans son troisième chapitre, l’auteur caractérise la législation appliquée sous le gouvernement Sarkozy préconisant une intégration inconditionnelle (p. 68), qui a changé le discours portant sur les minorités ethniques (p. 86).

Dans les chapitres suivants, la séquence des réflexions et des idées représente un vrai défi pour les lecteurs: elle rompt avec la logique d’une argumentation structurée et introduit des approches très variées. Ainsi, le cinquième chapitre est consacré à une histoire de la production cinéaste africaine centrée sur Paris, à des activités du groupe Présence africaine dans les années 1950 et à la production récente ayant pour sujet l’héritage de l’esclavage ou le traitement des »clandestins«. Le lien entre les tentatives pendant la période coloniale tardive d’encadrer la production cinématographique, à savoir de traiter essentiellement des sujets comme la colonisation et le cinéma africain contemporain produit en France amène des questions surprenantes (p. 110–111). Le septième chapitre crée un lien – plutôt artificiel – entre la division de l’Afrique subsaharienne au moment de la conférence de Berlin en 1884/1885, et la politique contre la migration »clandestine« formulée par la Communauté européenne (p. 157–158).

Cette discussion offre ensuite le panorama de la littérature portant sur le sujet de l’arrivée clandestine; un huitième chapitre, de composition analogue, essaie d’identifier les codes linguistiques créés par la politique communautaire contre l’immigration subsaharienne et discute l’expérience faite au centre de réfugiés à Sangatte, en région Nord Pas-de-Calais, et, une fois de plus, la réponse littéraire donnée à son existence (et sa fermeture). Le neuvième chapitre présente la littérature sur la vie »en banlieue«, notamment dans les romans et court-métrages de Faïza Guène qui analysent un nombre de stéréotypes attachés à l’idée de la banlieue parisienne, comme le crime, les défis créés par la religion musulmane pour une partie de ses habitants, la question du »rejet« ou l’acceptation des offres éducatives.

Le sixième chapitre représente une » parenthèse « entre le débat sur l’immigration »clandestine« et la réaction communautaire pour parler de la transformation de ces phénomènes en sujets littéraires ou cinématographiques. Thomas analyse ici la critique formulée par le député du parti de droite, Union de la majorité présidentielle (UMP), Éric Raoult, contre Marie NDiaye, qui, en 2009, a re ç u le Prix Goncourt pour son roman »Trois femmes puissantes« – Raoult questionna l’adhésion de l’auteur aux valeurs et éléments identitaires constituant la République française, étant donné que Marie NDiaye avait critiqué publiquement la politique du gouvernement Sarkozy (p. 140, 147). Selon Thomas, Marie NDiaye est per ç ue comme une femme africaine » évoluée « ayant adopté un mode de vie à la française tout en restant ancrée dans une perspective coloniale raciste, en quoi elle manquait à ses devoirs de » citoyenne fran ç aise « ; Raoult reproche également à l’auteur son refus de se définir par rapport ses racines africaines (p. 147). Les deux commentaires montrent de fa ç on exemplaire les problèmes de l’ouvrage au-delà des exigences requises de la part de l’historien: le lien établi entre le détail historique et la mentalité actuelle est, pour ainsi dire, vertigineuse et, fréquemment, manque de preuves; par ailleurs, les positions »activistes« de Thomas profiteraient souvent d’une discussion plus approfondie en tenant en compte la position des personnes dont il est question dans l’ouvrage.

La même difficulté apparaît par rapport à l’appréciation d’une fa ç on plus large des mentalités en situation postcoloniale. Le groupe des auteurs et réalisateurs francophones africains, est très bien analysé par Thomas; en revanche, l’analyse des positions identitaires »de droite« restent très stériles et superficielles: il relate, par exemple, en détail les discours tenus par Nicolas Sarkozy, mais le lecteur ne comprend guère les raisons du succès d’un courant sur l’identité nationale, qui était (et est) un sujet assez vaste dépassant les manœuvres de l’ex-président français. Peut-être, on ne devrait pas reprocher à un spécialiste en littérature et cinéma francophone africain de ne pas s’appuyer sur la sociologie, les sciences politiques ou l’histoire; cette lacune limite cependant la valeur de l’analyse.

Néanmoins, le livre de Dominic Thomas est pour l’historien une vraie source d’inspirations, notamment pour comprendre les mentalités dans la société française actuelle et les approches à la mémoire coloniale. Aussi, dans son chapitre final, Thomas démontre que, en matière de la langue française et la production littéraire africaine francophone, le discours tenu dans l’(ex-)métropole a toujours tendance à soumettre cette production à une vision »nationale« peu adaptée à une littérature africaine francophone provenant de divers pays et sociétés.

»France and Africa« peut être considéré comme un beau compagnon de l’ouvrage magistral de Frederick Cooper, »Citizenship between Empire and Nation«: ce dernier démontre la manière très ambiguë de la concession » d’une citoyenneté impériale française « , tandis que Thomas, met en lumière les continuités d’une vision impériale des élites françaises sur la littérature provenant de l’Afrique dite francophone. Les lecteurs historiens tireront de cette combinaison d’approches et d’idées un grand profit.

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PSJ Metadata
Alexander Keese
D. Thomas, Africa and France (Alexander Keese)
CC-BY 3.0
Neuere Zeitgeschichte (1945-heute), Neuzeit / Neuere Geschichte (1789-1918), Zeitgeschichte (1918-1945)
Afrika, Frankreich und Monaco
Sozial- und Kulturgeschichte
20. Jh., 2000 - 2009
4000695-5 4018145-5 4120730-0 4566658-1 4076527-1
1900-2010
Afrika (4000695-5), Frankreich (4018145-5), Migration (4120730-0), Postkolonialismus (4566658-1), Rassismus (4076527-1)
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D. Thomas, Africa and France (Alexander Keese)
In: Francia-Recensio 2014/4 | 19./20. Jahrhundert - Histoire contemporaine | ISSN: 2425-3510
URL: https://prae.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2014-4/ZG/thomas_keese
Veröffentlicht am: 05.12.2014 13:45
Zugriff vom: 17.10.2019 05:26
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