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A. Landwehr, Geburt der Gegenwart (Claude Michaud)

Francia-Recensio 2015/1 Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500–1815)

Achim Landwehr, Geburt der Gegenwart. Eine Geschichte der Zeit im 17. Jahrhundert, Frankfurt a. M. (S. Fischer) 2014, 445 S. (S. Fischer Geschichte), ISBN 978-3-10-044818-7, EUR 24,99.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Claude Michaud, Orléans

Qu’est-ce que le temps, insaisissable par les sens, trou noir de la pensée, mais cadre omniprésent de la vie de l’individu et de la société, et matière même de l’histoire? Il ne se réduit pas au temps du physicien, celui des horloges, des montres et des chronomètres; il a une histoire et c’est au XVII e siècle qu’une mutation fondamentale s’opère, qu’Achim Landwehr entreprend de retracer en ouvrant, de façon originale et attrayante, chacun de ses chapitres par la description d’une page de calendrier (1717, 1630, 1649, 1681, 1670, 1673, 1655); ce sera là le fil conducteur idéal, puisque le calendrier prend la temporalité comme objet et qu’il est le pont entre le temps cosmique et le temps vécu des sociétés et des individus. Pendant longtemps, ce medium, qui apparaît au XV e siècle, a fourni une masse d’informations de tous ordres, la suite des jours, les fêtes des saints, les prédictions astrologiques, les recettes de la médecine galénique, les conseils d’agriculture …, à une part importante de la population, vu son bas prix. Quand il se transforme en agenda, avec des plages blanches où le possesseur inscrit son propre parcours, il révèle une personnalisation, une utilisation du temps; le présent devient un espace temporel de possibilités et ce n’est pas sans conséquences sur le passé et le futur. Cette constatation, triviale pour l’homme du xxi e siècle, ne l’était pas à une époque où le temps avait une fin, inscrite dans la Bible, où les prophéties de Daniel donnaient un terme au quatrième empire, i. e. l’Empire romain qui se continuait dans le Saint-Empire romain germanique (la translatio imperii ), où l’Apocalypse de Jean entretenait les croyances millénaristes et chiliastiques des anabaptistes de Münster, des partisans anglais de la Cinquième Monarchie, du calviniste allemand Alsted, du Portugais António Vieira ou du Silésien Quirinus Kuhlmann, ce dernier brûlé à Moscou en 1689. Le présent n’était qu’une salle d’attente pour l’éternité, dans un monde qui, comme le corps humain, vieillissait et allait se dégradant. Le futur étant bouché, il ne restait que le passé qui, compte tenu de l’évolution péjorative inéluctable, ne pouvait être que meilleur que le présent. Ce passé idéalisé, c’était l’Antiquité, le christianisme des premiers âges, des temps que l’on ne retrouverait jamais. L’autorité du passé se transmettait, pour les besoins de telle ou telle enquête – le conflit entre la ville impériale de Dinckelbühl et les Hohenzollern –, par le témoignage des vieillards, interrogés non pour leur sagesse mais parce qu’ils étaient les gardiens des coutumes, les témoins du passé, un passé qui ne pouvait guère remonter très loin. Néanmoins, en ce domaine, vers la fin du xvii e siècle, imperceptiblement, le rapport au passé se modifia. La documentation juridique, les recherches historiques des mauristes et des bollandistes, la démarche cartésienne du doute méthodique appliquée à l’histoire qui devint une science (Mabillon), tout cela enleva du poids et du prestige au témoignage oral. Les généalogies qui faisaient remonter les dynasties princières aux grandes familles de la République romaine ou aux Troyens, passèrent lentement du temps mythique au temps historique, au Jetzt . Les sciences naturelles, la géologie, l’étude des fossiles interrogeaient le récit biblique. On ne pouvait plus expliquer le Déluge par quarante jours de pluie (Thomas Burnet, » Theoria Sacra Telluris « ), ni accréditer le printemps éternel du Paradis perdu dès lors que l’on savait que l’inclinaison de l’axe de la terre rendait compte des saisons. Et l’Antiquité des Chinois, des Égyptiens, des Mésopotamiens remontait bien avant le Déluge. Ce qui contribua encore plus à détourner un public élargi de la fascination du passé, ce fut la multiplication des journaux qui, à la différence des feuilles volantes et autres occasionnels voués à l’exceptionnel, restituaient le flux du temps ( Zeit/Zeitung ) et la simultanéité des événements relatés. Lire le journal, c’était lire le présent. Il ne manqua pas de grincheux pour fustiger la superficialité d’un medium qui sapait les vérités fondamentales de la société et de la religion. Ils ne l’emportèrent pas. La connaissance du présent, du moderne, était indispensable aux décideurs et aux politiques qui pouvaient s’informer sans quitter leur chambre. Et désormais, ce fut à partir du présent que furent appréhendés le passé comme le futur, un présent bien réel entre un passé qui n’était plus et un futur qui n’était pas encore, entre un » Nicht-mehr « et un » Noch-nicht « , et, paradoxe ou aporie de la raison pure, un présent qui n’avait pas de durée, un présent qui se dissolvait instantanément pour faire place à un autre. Néanmoins il avait toutes ses chances entre ces deux » riens « , ou entre Charybde et Scylla. La fameuse querelle académique des Anciens et des Modernes, qui opposa Perrault et Boileau (1687), et la victoire de ces derniers, illustrèrent emblématiquement ce déplacement de valeurs à l’intérieur d’une temporalité repensée. Dieu sait pourtant que ce xvii e siècle n’était pas un âge d’or, le petit âge glaciaire, les crises économiques, les Turcs au cœur de l’Europe, la peste encore présente, tout cela pouvait encore alimenter la mentalité eschatologique. Mais dans l’autre plateau de la balance, Descartes, Pascal, Leibniz, Spinoza, Galilée, Kepler, Newton, ces révolutionnaires de la pensée. Le temps n’était plus fixé par le livre divin, il existait en lui-même, il se créait lui-même. Le présent était ce par quoi on se souvenait du passé et ce par quoi on essayait d’anticiper le futur, au prix, certes, de la perte de l’unité idéologique du christianisme, ce qui pouvait générer un sentiment d’incertitude et d’insécurité.

Retrouver la stabilité et l’unité perdues s’avéra une entreprise vaine. L’Église s’y essaya, les catholiques comme les protestants, en diffusant les catéchismes où le par cœur et la répétition, procédés didactiques efficaces auprès de masses souvent illettrées, et de surcroît instruments de disciplinarisation, firent leurs preuves. Mais rapidement, le système de la question-réponse unique se complexifia, s’y substitua le questionnaire à choix multiple faisant appel à la réflexion et introduisant la contingence. Dans le domaine des mœurs, on voulut aussi remettre de l’ordre. Désormais, il fallait être à la mode, i.e . dans le temps présent, dans l’actualité, qu’il s’agisse de la façon de vivre, et surtout de s’habiller. La France fut pionnière en ce dernier domaine. Quitter un vêtement non pas parce qu’il était usé, mais parce qu’il n’était plus au goût du jour, voilà bien qui traduisait la prévalence de la valeur du temps sur celle de l’étoffe. Dans toute l’Europe, surtout entre 1550 et 1650, les ordonnances vestimentaires tentèrent vainement de préserver l’ordre et les distinctions dans la société; c’était aussi vouloir empêcher l’ascension sociale et bloquer le temps. Les cours princières suivaient la mode et après quelques résistances mercantilistes, les économistes et les responsables des finances s’aperçurent bien vite des avantages du commerce du luxe pour les États. Ceux-ci d’ailleurs, firent du temps une affaire d’État. En 46 avant J.-C., Rome adopta le calendrier julien; en 1582, la bulle Inter Gravissimas le remplaça par le calendrier grégorien, on passa directement du 4 au 15 octobre pour se mettre en accord avec l’année solaire. Ce temps papiste fut refusé par les protestants du Saint Empire et ce n’est qu’en 1700 qu’il fut imposé. On imagine les difficultés de la vie quotidienne dans une ville bi-confessionnelle comme Augsbourg. On sait aussi la tentative française du calendrier révolutionnaire, lequel fut en usage de 1793 à 1805. À ce propos, ajoutons à la bibliographie le » Le calendrier. Maître du temps? « 1 . Ce temps abstrait et homogène du calendrier, qui synchronisait les diverses temporalités, ce fut aussi celui des horloges publiques urbaines, élément de prestige des villes, mais aussi d’utilité, des églises et temples des campagnes, des montres privées, de plus en plus fiables, jusqu’à l’extrême précision des mécanismes à pendule qui limitèrent à 0,3 seconde l’imprécision par jour. Ce temps, invariable donnée de la nature humaine (Kant) et (ou) donnée objective de l’ordre naturel du monde (Newton), devint une valeur en lui-même, on ne devait pas perdre son temps; la prison, institution relativement récente, ce fut du temps pris; et dans les institutions d’enfermement, hôpitaux-généraux, maisons de correction et autres, le travail productif et rédempteur s’organisa dans un temps réglé qui fut donc un temps de l’action. Il n’était plus question d’attendre passivement la fin du monde, même dans les populations de fidèles qui renouvelèrent leur foi dans le revival religieux. Les piétistes de Spener et de Francke œuvrèrent dans la perspective du futur qui n’était pas seulement celle de l’au-delà. Et même si on persista à croire que la fin du monde était proche, des savants ou théologiens comme Dury, Hartlib ou Comenius dressèrent des plans pour préparer le retour du Christ, il fallait éduquer les peuples, réunir les diverses confessions protestantes, amener les juifs au christianisme; on pensait le futur dans le cadre d’une eschatologie intramondaine en habits séculiers. Faire des projets, c’était bien se projeter dans le futur, dans un nouveau futur. En 1697, Defoe publia son » Essay upon Projects « . Cette mutation est à mettre en harmonique avec l’invention de la théorie des probabilités, née peut-être des réflexions de Pascal dans une lettre à Fermat (1654) sur les jeux de hasard, et développée par Leibniz et Jakob Bernoulli, et avec le développement de la statistique (Graunt, Petty, Vauban, Süßmilch). Probabilités et statistiques encadraient le processus stochastique des futurs possibles en rendant supportables les incertitudes. Les projets, les pronostics, les plans sur l’avenir, c’était le présent qui pénétrait le futur, sans pour autant le déterminer. D’où le développement des assurances contre l’insécurité, dont l’histoire a été faite par Cornel Zwierlein 2 . Il n’en demeure pas moins qu’on ne sait toujours pas de quoi sera fait le futur, à la seule exception de notre mort certaine, mais comme disaient nos vieux testaments, quoi » de plus incertain que l’heure d’icelle « . Et comme le passé n’est plus un exemple (les leçons de l’histoire), ne resterait-il que le présent où l’auteur nous souhaite la bienvenue. Car l’ouvrage n’est pas dépourvu de traits d’humour, d’amicales objurgations à ne pas se contenter d’une lecture rapide; et l’auteur espère avoir le bonheur de nous apprendre quelque chose (p. 174: » Wenn ich Glück habe, nehmen Sie aus der Lektüre dieses Buchs Erkenntnisse mit. «) Qu’il soit rassuré, si jamais il a douté. Le temps de sa lecture du temps est un temps de plaisir et une suggestion perpétuelle, même si l’on est en droit de regretter le temps des poètes, » Ô temps, suspends ton vol, et vous, heures propices! / Suspendez votre cours! «

1 Jacqueline de Bourgoing, Le calendrier. Maître du temps?, Paris 2000 (Découvertes Gallimard, 400).

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PSJ Metadata
Claude Michaud
A. Landwehr, Geburt der Gegenwart (Claude Michaud)
ar
CC-BY 3.0
Frühe Neuzeit (1500-1789)
Europa
Geschichte der Naturwissenschaften, Sozial- und Kulturgeschichte
17. Jh.
4015701-5 4113450-3 4156301-3 4125698-0 4117705-8 4067473-3
1600-1700
Europa (4015701-5), Entwicklung (4113450-3), Gegenwart (4156301-3), Kultur (4125698-0), Zeitbewusstsein (4117705-8), Zeitwahrnehmung (4067473-3)
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A. Landwehr, Geburt der Gegenwart (Claude Michaud)
In: Francia-Recensio 2015/1 | Frühe Neuzeit - Revolution - Empire (1500-1815) | ISSN: 2425-3510
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Veröffentlicht am: 11.03.2015 12:05
Zugriff vom: 07.08.2020 14:25
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