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J. Milstein, The Gondi (Elie Haddad)

Francia-Recensio 2015/2 Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500–1815)

Joanna Milstein, The Gondi. Family Strategy and Survival in Early Modern France, Farnham, Surrey (Ashgate Publishing) 2013, XVI–243 p., 7 fig. 2 maps, ISBN 978-1-4094-5473-1, GBP 63,00.

rezenziert von/compte rendu rédigé par

Elie Haddad, Paris

Ce livre étudie le rôle des Gondi à la fin du XVIe siècle en s’attachant à comprendre comment stratégie familiale et patronage royal ont permis une ascension sociale exceptionnelle malgré une origine italienne stigmatisée. Au fondement de cette fortune se trouvent la réussite dans les affaires financières ainsi qu’une remarquable solidarité familiale, y compris entre les deux branches installées en France au début du XVIe siècle. La première est issue d’Antoine Gondi, marié en 1516 avec Marie-Catherine de Pierrevive, elle-même originaire du Piémont mais installée à Lyon. Antoine acheta la seigneurie du Perron en 1520 avant de devenir receveur ordinaire du domaine du roi, puis échevin de Lyon. Cette installation réussie profita à ses fils Albert (1522–1602) et Pierre (1533–1616). L’autre branche connut une ascension grâce à Jean-Baptiste (1501–1580), homme d'affaire ayant fait fortune à Lyon avant de venir à Paris où Catherine de Médicis le prit pour maître d’hôtel. Il occupa une place de choix comme banquier et financier de la Couronne.

Après une introduction qui fait un tour d’horizon de l’historiographie sur l’anti-italianisme, l’influence italienne et la noblesse dans la France du XVIe siècle, le premier chapitre revient sur la haine contre les Italiens dont les Gondi auraient fait les frais. Deux périodes sont nettement marquées. Durant les guerres de Religion, surtout dans les années suivant la Saint-Barthélemy, différents textes prennent les Gondi pour cible, accusant notamment Albert et Pierre d’être responsables du massacre. Si ces pamphlets s’appuient sur une dénonciation du machiavélisme des Italiens, les exemples donnés montrent qu’ils visent principalement Catherine de Médicis, sa politique et ses soutiens, ces derniers étant en partie constitués par des Italiens. Une seconde période correspond à la publication de mémoires dans les années 1610–1620 dont l’objectif est plutôt de charger les Gondi pour des raisons politiques contemporaines. L’idée d’une xénophobie générale à l’égard des Italiens est ainsi à nuancer grandement, tant les attaques citées ont également pu être faites à l'encontre de courtisans venus de la noblesse provinciale et ayant connu une ascension sociale tout aussi rapide (que l'on pense aux "mignons" d'Henri III). J. Milstein note d’ailleurs que si des auteurs connus disqualifièrent les Gondi en fonction de leurs origines, des derniers furent aussi les dédicataires de nombreux poèmes et ouvrages. Attaques et louanges s’inscrivaient dans les enjeux politiques et les relations de patronage du temps: de ce point de vue, les Gondi ne se démarquent pas d’autres familles de rang semblable. La notion d’étranger aurait d’ailleurs gagné à être contextualisée à partir de travaux récents pour éviter tout risque d’anachronisme.

En fait, le livre démontre plutôt que l’origine italienne des Gondi fut pour eux un tremplin grâce au soutien indéfectible de Catherine de Médicis, tandis que la richesse amassée dans les activités financières leur permit à la fois d’investir dans un solide patrimoine foncier et de devenir des prêteurs incontournables de la Couronne, Albert ne se comportant pas différemment de son cousin Jean-Baptiste sur ce point, même si ce dernier resta un financier toute sa vie tandis que le premier accédait au titre de duc et pair. Si Henri III fut plus distant avec les Gondi que Charles IX (il lança une enquête contre les financiers qui put les inquiéter en 1584), les débuts de la Ligue parisienne eurent tôt fait de démontrer combien ces prêteurs étaient indispensables à la monarchie, tout comme ces derniers devaient tout aux monarques. Cette dépendance réciproque fait l’objet du chapitre 2.

Elle n’était pas suffisante: pour se maintenir en évitant le sort d’un Semblançay, les Gondi durent aussi multiplier les lieux politiques et de gouvernement dans lesquels leur fonction était essentielle, notamment au sein des maisons royales, et intégrer la haute aristocratie par les mariages, l’achat de terres et l’accumulation d’office. C’est ce que démontrent les chapitres 3 et 4 qui analysent respectivement les parcours de Jérôme (neveu de Jean-Baptiste) et d’Albert, puis de Pierre de Gondi. Leur rôle d’informateurs, leur capacité à maintenir des relations avec différents partis durant les guerres de Religion tout en montrant une fidélité sans faille au roi et en conservant la faveur de Catherine de Médicis, leur cohésion, leurs liens d’amitié avec les secrétaires d’État ou d’autres grands comme le duc de Nevers, leur présence physique à la cour ainsi que leurs succès diplomatiques, voire militaires dans le cas d’Albert, ne furent pas pour rien dans le devenir des Gondi qui parvinrent à éviter les écueils du temps, à surmonter la méfiance d’Henri III et à accroître les positions familiales malgré des origines décriées. Pierre de Gondi, homme d’Église et homme du roi – et de Catherine de Médicis –, qui parvint à l’évêché de Paris en 1568 puis à la pourpre cardinalice, ce qui lui permit d’avancer la carrière de parents, d’amis et de clients, montra lui aussi de grandes qualités de négociateur, par exemple avec le pape lors de l’aliénation d’une partie des biens temporels de l’Église de France. Sa capacité à mobiliser ses réseaux italiens, notamment à Rome, son refus de s’engager dans la Ligue (à l’instar de son frère Albert), son rôle dans la conversion d’Henri IV ainsi que dans les négociations qui conduisirent à l’absolution papale contribuèrent largement à la fortune des Gondi.

Le dernier chapitre est consacré au rôle des femmes dans cette ascension. Leur importance dans le riche et prestigieux prieuré de Poissy, leur soutien aux ordres nouveaux, leur implication dans les affaires familiales sont autant d’éléments de la stratégie collective des Gondi. Les alliances furent également cruciales tant dans la consolidation de liens, notamment avec des familles italiennes ou d’origine italienne, que dans leur extension vers l’aristocratie de cour, la haute noblesse provinciale et la robe. Ces femmes bénéficièrent des mêmes largesses que les hommes de la part des souverains. Parmi elles, Marie-Catherine de Pierrevive eut un rôle considérable grâce à la confiance de Catherine de Médicis qui lui délégua à plusieurs reprises ses affaires particulières. Claude-Catherine est connue, quant à elle, pour son érudition et son patronage artistique et littéraire qui servit l’image des Gondi.

Si ce livre s’inscrit dans un cadre historiographique existant, très centré sur les clientèles, sans chercher à le discuter ni à le confronter à d’autres approches, absentes de la bibliographie, il le fait de manière honnête et informée, à partir de sources principalement diplomatiques: les correspondances publiées, mises en ligne ou rassemblées aux manuscrits de la BnF ainsi qu’aux archives de Florence sont premières dans la documentation, complétée par quelques actes notariés ainsi que par des documents des archives municipales de Provence et de la bibliothèque de l’université de Pennsylvanie. Les limites de cette approche font aussi la qualité d’un livre qui constituera un point de référence sur les Gondi en France au XVIe siècle.

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PSJ Metadata
Elie Haddad
Deutsches Historisches Institut Paris
The Gondi
Family Strategy and Survival in Early Modern France
fr
CC-BY-NC-ND 4.0
Frühe Neuzeit (1500-1789)
Frankreich und Monaco
Politikgeschichte
16. Jh.
1550-1600
Frankreich (4018145-5), Gondi Familie (142817422)
PDF document milstein_haddad.doc.pdf — PDF document, 259 KB
J. Milstein, The Gondi (Elie Haddad)
In: Francia-Recensio 2015/2 | Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500-1815) | ISSN: 2425-3510
URL: https://prae.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2015-2/FN/milstein_haddad
Veröffentlicht am: 19.06.2015 12:21
Zugriff vom: 10.07.2020 06:27
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