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T. Flemming, Gustav W. Heinemann (Florent Delporte)

Francia-Recensio 2015/3 19./20. Jahrhundert – Histoire contemporaine

Thomas Flemming, Gustav W. Heinemann. Ein deutscher Citoyen. Biographie, Essen (Klartext) 2014, 554 S., ISBN 978-3-8375-0950-2, EUR 24,95.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Florent Delporte, Vanves

La dernière biographie parue de Gustav W. Heinemann est la publication d’une thèse de doctorat soutenue en avril 2012 devant l’université de Duisburg-Essen. Thomas Flemming propose un texte fourni (462 pages), bien documenté et illustré (15 pages de photographies), répondant à tous les critères d’une recherche universitaire.

Gustav Heinemann est loin d’être un inconnu. Ministre de l’Intérieur éphémère du premier gouvernement Adenauer de 1949 à octobre 1950, il fut, sous les couleurs du SPD, ministre de la Justice sous le gouvernement de la grande coalition de Kiesinger (1966–1969) avant de terminer sa carrière politique comme président de la République fédérale d’Allemagne (1969–1974). Il est un personnage incontournable pour ceux qui s’intéressent à l’histoire de l’Église protestante allemande, du pacifisme, des mouvements extraparlementaires ou des courants neutralistes. Les tractations entre le SPD et Heinemann, homme de tradition libérale, qui l’ont conduit à intégrer la Social-démocratie en 1957, constituèrent six années durant un feuilleton à rebondissements, commenté par les spécialistes du SPD et interprété comme le signe d’une ouverture du parti à l’Église, indispensable jalon sur la voie vers le »parti populaire« (Volkspartei), préfigurant le tournant de Bad Godesberg.

Heinemann est une personnalité à part, ce qui ne s’explique pas uniquement par une carrière politique remplie. Il devient à partir de 1950 un symbole: pour la droite conservatrice, il est le renégat, le pacifiste idéaliste qui se laisse abuser par les sirènes de l’Est. Pour d’autres – au contraire – il représente l’homme politique intègre, porté par un sens du devoir moral. Il est une figure de proue de l’opposition au chancelier Adenauer et du combat pour la paix et la réunification. Il doit cette réputation à des coups d’éclat: sa démission en octobre 1950 du premier gouvernement Adenauer, pour protester contre les projets de réarmement ouest-allemand, ou son discours retentissant au Bundestag, le 23 janvier 1958, dans lequel il accuse le chancelier d’être le fossoyeur de la réunification. Flemming explique certes qu’il est devenu au fil du temps plus pragmatique (p. 346; p. 357), vacciné par les échecs politiques qu’il a subis au cours des années 1950, mais il conserve cette aura d’homme de convictions qui refuse toute discipline de parti aveugle.

L’approche biographique diachronique s’avère instructive. Heinemann (1899–1976) appartient à cette génération qui a vécu une grande partie des bouleversements de l’histoire allemande contemporaine. Il est né sous l’Empire dans un milieu où les idées de 1848 étaient présentes. Il est trop jeune pour partir au front durant la Première Guerre mondiale, mais s’engage dès l’armistice en faveur de la république et de la démocratie. En 1920, lors d’un séjour à Munich, il assiste par curiosité à un discours électoral d’Hitler (p. 55). Au cours des années 1920, il finit ses études d’économie et de droit, fonde une famille et se consacre à sa carrière de juriste et d’avocat. Si son engagement politique est mis de côté, sa conversion à la foi chrétienne en 1929 (p. 88) l’amène à s’engager au sein de l’Église protestante. Il reste en Allemagne sous la dictature nazie, se préservant de toute compromission rédhibitoire bien qu’il soit un membre de la direction de l’entreprise métallurgique, la Rheinische Stahlwerke AG, où le travail forcé est de mise pendant la guerre. Au sein de l’Église, il tente de s’opposer à la mise-au-pas, tout d’abord comme membre de l’Église confessante, dont il s’éloigne par déception (p. 123), puis comme président du Christlicher Verein Junger Männer (CVJM) à partir de 1937. En 1946, il retrouve la politique au niveau local. Il devient maire d’Essen (CDU) et participe à la reconstruction de la ville. Son engagement prend un tour national en 1949 avec son entrée dans le gouvernement Adenauer. Dans les années 1950, il participe à tous les combats extraparlementaires contre le réarmement (le mouvement de l’Église Saint-Paul en janvier 1955 et le »Kampf dem Atomtod« en 1958) et il milite pour briser l’antagonisme Est-Ouest. Il reste durant toutes ces années une personnalité marquante de l’Église protestante, ne serait-ce qu’en tant que président de l’Église évangélique de 1948 à 1955.

Flemming part d’un constat simple: Heinemann a un parcours complexe où s’enchevêtrent engagement politique, foi chrétienne, carrière professionnelle et vie familiale. À première vue, de nombreux aspects de sa vie pourraient apparaître contradictoires. Au total, il est membre dans sa vie de cinq partis politiques. Sa dernière »patrie« est, à partir de 1957, le SPD qui semble bien loin de son ancrage initial. Heinemann appartient à la droite libérale, mais à un courant proche de Friedrich Naumann qui a à cœur de développer des idées sociales. Il est un démocrate, convaincu que tout autre régime mène à la guerre, mais il reste attaché à l’idée d’État fort. Il est un défenseur acharné de la paix, mais il refuse d’être qualifié de pacifiste.

L’analyse de Flemming tente de dépasser ces contradictions en montrant que Heinemann n’est ni une girouette ni un personnage sans consistance. Tout au long de l’étude se dessinent les lignes de force de son caractère: un engagement permanent dans les domaines politique, civil ou religieux au profit des idées de paix, de démocratie, de justice et, durant la guerre froide, de réunification. Il montre que ces méandres politiques résultent de sa propre volonté mais aussi de diverses circonstances: son retour en politique après-guerre s’explique par le fait qu’il est une personnalité consensuelle qui n’a pas été compromise avec le régime nazi. Adenauer lui confie le poste de ministre de l’Intérieur pour satisfaire la frange protestante de la CDU. Après sa démission du gouvernement, il ne peut retrouver son poste au sein de la Rheinische Stahlwerke AG (p. 231), où il est devenu persona non grata, ce qui l’incite à poursuivre son combat politique au sein de la Notgemeinschaft für den Frieden in Europa, structure au-dessus des partis créée en 1951. Flemming explique son passage au SPD par les échecs successifs de ses tentatives pour s’opposer au réarmement et par le fait que le SPD abandonne ses oripeaux de parti ouvrier, encore teintés de marxisme, tout en restant le parti qui défend le plus la réunification et la paix, lançant en 1958 le »Kampf dem Atomtod«, auquel Heinemann participe activement.

Flemming offre un portrait complet et nuancé, sans jamais tomber dans l’hagiographie. Heinemann a subi de nombreux échecs dont il porte la responsabilité. On peut lui reprocher une certaine naïveté et sa réticence envers la politique partisane. Certes, la partie concernant les années 1950 n’apporte guère de nouveautés par rapport à des études déjà anciennes, comme celle de Diether Koch1. Mais on lira avec intérêt des épisodes moins connus: son combat pour défendre la jeune république de Weimar, attaquée par des mouvements d’extrême-droite et d’extrême-gauche au début des années 1920 (p. 48–53), son comportement durant la période nazie que Flemming qualifie »d’ambivalent«, poursuivant une »stratégie double« (p. 93). Refusant l’exil au contraire de son ami Wilhelm Röpke, il reste professionnellement actif, collaborant au sein de la Rheinische Stahlwerke AG, entreprise clef pour l’effort de guerre, tout en gardant une certaine distance, se concentrant sur la défense des intérêts de l’Église, qu’il est néanmoins difficile de qualifier de résistance. Les passages sur sa contribution à la modernisation du droit allemand durant son séjour au ministère de la Justice ou encore sur sa détermination à exploiter sa position de président de la RFA pour renouer les liens avec les Pays-Bas, la Norvège ou le Danemark, sans oublier qu’il a été un des premiers à poser la question de la mémoire et de la reconnaissance des crimes nazis, montrent qu’il reste un personnage d’une grande modernité.

En résumé, on trouve dans ce travail tout ce qu’on peut attendre d’une bonne biographie politique.

1 Diether Koch, Heinemann und die Deutschland Frage, Munich 1972.

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PSJ Metadata
Florent Delporte
Deutsches Historisches Institut Paris
Gustav W. Heinemann
Ein deutscher Citoyen. Biographie
fr
CC-BY-NC-ND 4.0
Zeitgeschichte (1918-1945), Neuere Zeitgeschichte (1945-heute)
Deutschland / Mitteleuropa allgemein
Politikgeschichte
20. Jh.
1900-2000
Biografie (4006804-3), Heinemann, Gustav Walter (118548115)
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T. Flemming, Gustav W. Heinemann (Florent Delporte)
In: Francia-Recensio 2015/3 | 19./20. Jahrhundert – Histoire contemporaine | ISSN: 2425-3510
URL: https://prae.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2015-3/zg/flemming_delporte
Veröffentlicht am: 11.09.2015 16:53
Zugriff vom: 22.01.2020 18:02
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