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H. Schwarz, Helmut Kohl (Hélène Miard-Delacroix)

Francia-Recensio 2015/4 19./20. Jahrhundert – Histoire contemporaine

Hans-Peter Schwarz, Helmut Kohl. Eine politische Biographie, München (DVA) 2012, 1052 S., ISBN 978-3-421-04458-7, EUR 34,99.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Hélène Miard-Delacroix, Paris

Il semblait logique que Hans-Peter Schwarz, l’auteur de la célèbre biographie de Konrad Adenauer en deux tomes publiée en 1986 et 1991, consacre plusieurs années de recherche pour écrire la première des biographies de Helmut Kohl, complétée depuis par celle de Henning Köhler. Car Kohl, »le géant«, s’est présenté lui-même comme l’héritier du premier chancelier de la République fédérale, aussi chrétien-démocrate et au moins aussi européen que lui. Ceux qui craignaient l’hagiographie peuvent être rassurés: à la lecture on sent certes l’empathie et l’admiration de l’historien pour le sixième chancelier ouest-allemand et aussi le premier de l’Allemagne réunifiée, mais le livre n’est pas un monument à la gloire de celui qui ne serait que le »chancelier de l’unité«. Schwarz ne tait ni certaines zones d’ombre, ni la partie du parcours qui est sans grand éclat, provinciale, presque médiocre, ni les bévues et insuccès de la fin des années 1980, juste avant que Kohl saisisse la chance de 1989 pour engager la réunification. Le résultat est le portrait d’un homme plus complexe et plus subtil que ne le laisse croire son corps massif – sentimental et chaleureux, mais dur aussi et voulant toujours avoir raison.

Comme l’indique le sous-titre, il s’agit d’»une biographie politique«, qui ne prétend pas à l’exclusivité comme d’autres du genre et qui suit l’itinéraire d’un homme peu connu à l’étranger pour avoir été ce qu’on appelle familièrement une »bête politique«.

Avant d’être né dans la CDU, le parti chrétien-démocrate devenu sa seconde famille auquel il a adhéré à 17 ans, Helmut Kohl a trouvé ses racines à Ludwigshafen, cette ville du Palatinat marquée par l’industrie chimique qu’il s’attachera à moderniser lorsqu’il sera devenu ministre-président du Land de Rhénanie-Palatinat en 1969. Sa naissance en 1930 est-elle suffisamment tardive pour l’avoir épargné de la coresponsabilité pour le nazisme? Cet avantage que Kohl a qualifié de »grâce«ne l’a toutefois pas protégé d’un contact avec le régime. Certes la famille catholique et non nazie a pu le préserver de l’endoctrinement, mais il a été comme les autres enfants de la guerre membre du Jungvolk et des Jeunesses hitlériennes, désorienté en 1945. Sans insinuer une imprégnation idéologique, Schwarz estime qu’il y a dans la politique du consensus et le goût pour la solidarité en Allemagne fédérale des restes du rêve rabâché de la Volksgemeinschaft. En même temps que ses études d’histoire jusqu’au doctorat obtenu en 1958 à Heidelberg, Kohl grimpe très vite dans la CDU, grâce à son engagement dans la Junge Union mais aussi grâce à ses amis nombreux. À 29 ans, il est élu député au Landtag de Mayence et il y devient quatre ans plus tard, en 1963, chef du groupe parlementaire de la CDU. En 1969, il est élu ministre président, il n’a pas 40 ans, et, en juin 1973, il emporte la direction du parti au niveau fédéral.

Malgré cette ascension fulgurante, Kohl souffre de la comparaison avec d’autres personnalités de premier plan, ne serait-ce qu’au SPD où brillent Willy Brandt et Helmut Schmidt. On lui reproche son manque de charisme, et l’échec de son parti aux élections générales de 1976 et 1980 est le sien. Il semble condamné à l’opposition, c’est-à-dire, selon le terme de Schwarz, »en attendant Genscher«. Accédant enfin à la chancellerie le 1eroctobre 1982 grâce au retournement des libéraux du FDP, il ne convainc pas complètement en politique intérieure, et s’il n’y avait Gerhard Stoltenberg aux Finances il serait »un chancelier médiocre«, n’ayant fait que des »demi-virages«. Les deux domaines incontestablement lumineux sont d’une part l’entente avec François Mitterrand, présentée sur plusieurs chapitres et fondée sur le soutien réciproque, monétaire et stratégique, que les deux hommes se sont donné en 1983, et d’autre part, ce qui y est lié, l’engagement passionné de Kohl pour la construction de l’Europe qui retrouva une dynamique imprévue en à peine cinq ans.

Schwarz a eu accès à des documents de la chancellerie bien avant qu’ils soient ouverts aux chercheurs pour cette période; il a pu ainsi très tôt étayer ses affirmations de détails aujourd’hui confirmés par l’ouverture progressive des fonds. L’édition précoce et bienvenue des documents concernant les années 1989/1990 permet en revanche à tous d’étudier les événements conduisant à la réunification à laquelle est consacrée la partie centrale du livre. Il en ressort un exceptionnel esprit d’à-propos de la part d’un chancelier dont les chiffres de popularité baissaient continûment dans la seconde moitié des années 1980 avec des »désastres en termes de relations publiques«(Bitburg), différents faux-pas et des revers répétés aux élections régionales. Au premier trimestre 1989, c’était un chancelier »en grande difficulté«. De la phase de la réunification on retiendra l’éclairage résolu de l’accélération du processus engagé vers l’unité économique et monétaire de l’Europe comme indispensable cadre pour accompagner l’unité allemande. Que Kohl ait accepté de s’imposer face au président de la Bundesbank entre ici dans sa perception d’une menace que représentait le facteur Gorbatchev. Il fallait rapidement assurer l’unité contre le risque de la désunion des Européens. Aussi la thèse de l’euro comme prix à payer pour l’unité n’est-elle pas étayée dans le sens communément répandu. La monnaie unique n’a pas été extorquée à Helmut Kohl, il y a consenti. On ne négligera pas, enfin, les deux dernières parties du livre qui couvrent les années 1990–1998 jusqu’à la chute du géant et donnent quelques éclairages sur les premières années de l’Allemagne fédérale élargie.

Conformément au genre établi de la biographie politique, le récit du parcours de cet homme d’État suit l’histoire de la République fédérale de ses tout débuts jusqu’à la fin du XXe siècle. Par moments, on peut regretter que le regard soit très régional, comme pour les années 1960 où l’on perd le fil de l’histoire fédérale. On en retient seulement que Kohl était hostile à la formation de la première grande coalition en 1966 et qu’il a refusé un poste de ministre que lui offrait Kurt-Georg Kiesinger. Il n’en demeure pas moins que l’itinéraire de ce chancelier reflète ce que Schwarz appelle »la génération de la République fédérale«dont Kohl serait un exemple accompli.

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PSJ Metadata
Hélène Miard-Delacroix
fr
CC-BY-NC-ND 4.0
Neuere Zeitgeschichte (1945-heute)
Deutschland / Mitteleuropa allgemein
Politikgeschichte
20. Jh., 21. Jh.
Kohl, Helmut (118564595), Biografie (4006804-3)
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H. Schwarz, Helmut Kohl (Hélène Miard-Delacroix)
In: Francia-Recensio 2015/4 | 19./20. Jahrhundert - Histoire contemporaine | ISSN: 2425-3510
URL: https://prae.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2015-4/zg/schwarz_miard-delacroix
Veröffentlicht am: 21.12.2015 14:55
Zugriff vom: 07.08.2020 14:17