Direkt zum Inhalt | Direkt zur Navigation

M. Gafke, Heydrichs »Ostmärker« (Barbara Lambauer)

Francia-Recensio 2016/1 19.–20. Jahrhundert – Époque contemporaine

Matthias Gafke, Heydrichs »Ostmärker«. Das österreichische Führungspersonal von Sicherheitspolizei und SD, Darmstadt (Wissenschaftliche Buchgesellschaft) 2015, 332 S., 14 Abb. (Veröffentlichungen der Forschungsstelle Ludwigsburg, 27), ISBN 978-3-534-26465-0, EUR 59,95.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Barbara Lambauer, Paris

Est-ce que le nazisme des Autrichiens se distingue de celui des Allemands? Comment expliquer la virulence de l’implication de certains nazis autrichiens, leur engagement prohitlérien jusqu’au bout, voire au-delà? Voici un ouvrage qui tente une explication et, ce faisant, nous fournit le portrait frappant d’une cinquantaine d’hommes, nés sous la monarchie austro-hongroise et travaillant, à partir de 1938, dans l’entourage de Reinhard Heydrich – dans des fonctions de cadres du RSHA, de chefs de la Gestapo ou de la Kripo, d’inspecteurs des SiPo et SD (IdS), de chefs des antennes du RSHA à l’étranger (BdS) ou des bureaux locaux de ceux-ci (KdS). Matthias Gafke propose une »biographie collective« de ces »Ostmärker«(Ostmark étant la dénomination de l’Autriche après son annexion), avec pour objectif de sortir de la »masse grise« et anonyme ces 51 hommes et leurs visages, eux »qui lèvent ou baissent leur pouce, qui visent à travers la hausse et le guidon, qui font usage de leur poings et qui jugent encore au tout dernier moment ceux qui dévient« (p. 17, traduit par B. L.). Un groupe qui fait donc partie du noyau dur de la politique de persécution et d’extermination nazie.

L’étude s’organise en quatre parties. La première tente une typologie de »l’élite fonctionnelle autrichienne« de la »Sicherheitspolizei et du SD« (Sipo et SD) à travers des prismes tels que la question générationnelle, l’origine socio-culturelle et l’éducation, son rapport à l’Allemagne, l’antisémitisme et la xénophobie, le national-socialisme et, enfin, »l’ordre« de Himmler (le culte germanique des SS). La deuxième partie retrace le chemin qui a mené les Autrichiens vers la SiPo et le SD, alors que la troisième met le focus sur six carrières exemplaires (celles de Humbert Achamer-Pifrader, Rudolf Mildner, Helmut Glaser, Herbert Strickner, Gerhard Bast et Ernst Kaltenbrunner). La quatrième partie est consacrée à la »fin« de leur carrière dans la SS – la fin de la guerre, les éventuelles poursuites et condamnations (trois peines de mort sont prononcées), et, enfin, un nouveau départ pour la plupart d’entre eux, étant donné que dès le milieu des années 1950, tous ceux qui ont survécu vivent à nouveau libres.

Les différences que relève l’auteur entre ces profils autrichiens et leurs camarades allemands sont significatives. D’abord, le groupe est bien plus fortement diplômé: seulement six parmi eux (12%) n’ont pas la Matura(le baccalauréat autrichien), un taux qui est trois fois plus élevé pour ceux originaires de l’Allemagne d’avant 1938. Tous les titulaires de la Maturaont par ailleurs entamé et achevé des études universitaires (souvent en droit), dont seulement six sans doctorat. En comparaison, parmi les hauts cadres du RSHA, seul un tiers dispose d’un tel diplôme. En outre, la plupart de ces Ostmärkersont issus d’un milieu social aisé (71%), et, pour beaucoup, déjà les pères étaient titulaires de diplômes de l’enseignement supérieur. Bien moins nombreux sont donc ceux issus des milieux modestes (p. 33).

Ces hommes sont souvent trop jeunes pour avoir participé à la Grande Guerre: la majorité d’entre eux sont nés après 1900, seulement neuf dans la décennie précédente et deux avant 1890 (p. 28). Bien que l’on compte quelques exceptions notoires, tel Humbert Achamer-Pifrader qui, à 15 ans déjà, participe, entre 1915 et 1918, aux violents combats sur le front de l’Isonzo (p. 104), ou Rudolf Mildner qui s’engage en 1916, à l’âge de 13 ans, dans la marine austro-hongroise (p. 145).

Les Ostmärkerde cet ouvrage paraissent effectivement bien plus fanatiques que leurs camarades; ils restent hitlériens jusqu’au bout. Pour saisir cet engagement inconditionnel, l’auteur propose un schéma d’explication qui puise l’essentiel de ses racines dans l’époque d’avant 1918. Au centre se trouve le mouvement pangermanique et antisémite inspiré par Georg von Schönerer qui se développe dans les dernières décennies de l’Empire austro-hongrois et se radicalise sous la République autrichienne d’après 1918. La socialisation de ces Ostmärker passe ainsi par les ligues d’extrême-droite qui prospèrent parmi les élites germanophones et »nationalistes«. Depuis le dernier quart du XIXe siècle, ces associations sportives et les corporations d’étudiants se sont distinguées par une pensée nationaliste (ce qui signifie: »allemand«, la référence étant alors l’Empire allemand) et »xénophobe« (dirigée contre les peuples slaves de la monarchie); une pensée qui est en même temps très ouvertement anticléricale, mais surtout antisémite, et cela avec une radicalité dont on ne trouve pas d’équivalent parmi leurs homologues de l’Empire allemand. Très vite, elles introduisent un »paragraphe aryen« pour exclure les juifs de leurs formations.

Dans ce même ordre d’idée se développe une »mentalité de diaspora« (Diasporamentalität) (p. 264), qui apparaît dès avant 1918 et se nourrit qui se nourrit de la montée des tensions »interethniques« dans la monarchie et des compromis proposés par les gouvernements successifs. Les germanophones nationalistes craignent une perte d’influence politique et culturelle en faveur des peuples slaves (p. 43). Dans ce sens, il n’est pas sans intérêt de signaler que, comme le montrent les notices biographiques rassemblées à la fin de l’ouvrage, bon nombre de ces Ostmärkersont nés dans des régions multiethniques: ainsi Achamer-Pifrader, né en 1900 dans les Sudètes, Gerhard Bast, né en 1911 dans la région de Gottschee en Carniole (aujourd’hui en Slovénie), Karl Ebner et Ernst Chlan nés en 1901 et 1912 dans le Tyrol du Sud, Rudolf Fuhrmann né en 1896 à Morchenstern et Reiner Gottstein né en 1910 à Reichenberg (aujourd’hui respectivement Smržovka et Liberec dans le Nord de la Bohême), ou encore Rudolf Mildner et Robert Lehmann, nés en 1902 et 1910 en Silésie autrichienne (aujourd’hui en République tchèque). Selon l’auteur, »rien ne marqua les Ostmärker autant que d'être en minorité dans leur propre pays«, situation qui leur a été imposée au sein de l'Empire habsbourgeois (p. 33) – une réflexion qui, à nos yeux, vaut probablement plus pour leurs pères que pour eux-mêmes. Le rejet violent de cet État multiethnique, dans le sens qui prévaut sous la dynastie des Habsbourg, considérée comme trahissant les intérêts de l’empire (qui devait rester »germanique«) en s’appuyant sur le soutien des peuples slaves, se trouve d’ailleurs aussi dans le manifeste hitlérien »Mein Kampf« des années 1920. La revendication de Hitler de rattacher sa patrie autrichienne à l’Allemagne paraît ainsi fondamentale pour comprendre les motivations des nazis autrichiens.

Enfin, un autre point important pour comprendre la spécificité des Ostmärkerréside dans le fait qu’ils doivent passer dans la clandestinité au temps de l’»État corporatif« de l’Autriche, notamment entre 1933 et 1936, lorsque – avec les communistes et les sociaux-démocrates – ils font partie des ennemis politiques poursuivis par le régime autoritaire. Comme le précise l’auteur, la très grande majorité d’entre eux (94%) passent par la prison pour payer leurs »convictions politiques«, ou du moins par des interdictions professionnelles et/ou la fuite vers l’Allemagne. C’est cette expérience »de la persécution» qui les rendra particulièrement »impitoyables« vis-à-vis des opposants politiques, engendrant une fermeté et un »esprit de corps spécifiquement autrichien« (p. 265).

L’ouvrage souligne donc l’étroite corrélation entre, d’une part, une »socialisation« (et politisation) bien particulière des cercles pangermaniques en Autriche, mise en rapport avec le contexte tout à fait particulier de l’Europe centrale entre la fin du XIXe siècle et le début de la Seconde Guerre mondiale, et, d’autre part, l’engagement au sein du mouvement national-socialiste. Pour plusieurs de ces Ostmärker, l’auteur revient en détail sur la lourde responsabilité que portent ces individus dans les crimes commis par l’Allemagne nazie sur différents fronts de guerre. Reste évidemment la question de savoir dans quelle mesure ces 51 hommes sont des cas exceptionnels ou bien combien ils s’insèrent dans un contexte plus général – celui des nombreux Autrichiens participant au national-socialisme et à ses crimes. La présente étude est à cet égard un début prometteur qui ouvre de nombreuses pistes de réflexion et de travail à approfondir à travers des analyses qui englobent des groupes plus larges.

On regrette d’autant plus la terrible légèreté avec lequel s’exprime l’auteur, qui prend régulièrement recours à des expressions aguicheuses, bien trop triviales au vu du sujet. Ainsi, pour ne citer qu’un seul exemple, lorsqu’il évoque qu’ils »se reconnaissant à l’odeur de la personnalité, puisque tous étaient des hardlinersidéologiques« (p. 262, traduction par B.L.). L’introduction est en outre parsemée de clichés et d’approximations; le texte contient de nombreuses fautes de frappe. Et enfin, la lecture n’est pas facilitée par l’absence de tout index – ce travail aurait mérité d’être rédigé avec plus de soin.

Lizenzhinweis: Dieser Beitrag unterliegt der Creative-Commons-Lizenz Namensnennung-Keine kommerzielle Nutzung-Keine Bearbeitung (CC-BY-NC-ND), darf also unter diesen Bedingungen elektronisch benutzt, übermittelt, ausgedruckt und zum Download bereitgestellt werden. Den Text der Lizenz erreichen Sie hier: https://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/4.0/

PSJ Metadata
Barbara Lambauer
Deutsches Historisches Institut Paris
Heydrichs »Ostmärker«
Das österreichische Führungspersonal von Sicherheitspolizei und SD
fr
CC-BY-NC-ND 4.0
Zeitgeschichte (1918-1945)
Österreich und Liechtenstein, Deutschland / Mitteleuropa allgemein
Politikgeschichte, Verwaltungsgeschichte
20. Jh.
1939-1945
Deutsches Reich / Reichssicherheitshauptamt (2021970-2), Führungskraft (4071497-4), Österreicher (4075594-0), Biografie (4006804-3)
PDF document gafke_lambauer.doc.pdf — PDF document, 340 KB
M. Gafke, Heydrichs »Ostmärker« (Barbara Lambauer)
In: Francia-Recensio 2016/1 | 19.-21. Jahrhundert - Époque contemporaine | ISSN: 2425-3510
URL: https://prae.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2016-1/zg/gafke_lambauer
Veröffentlicht am: 12.04.2016 13:00
Zugriff vom: 06.07.2020 08:28
abgelegt unter: