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    G. Mann, From Empires to NGOs in the West African Sahel (Romain Tiquet)

    Francia-Recensio 2016/1 19.‒21. Jahrhundert ‒ Époque contemporaine

    Gregory Mann, From Empires to NGOs in the West African Sahel. The Road to Nongovernmentality, Cambridge (Cambridge University Press) 2015, XVI-281 p., 3 ill. (African Studies), ISBN 978-1-107-60252-6, USD 34,99.

    rezensiert von/compte rendu rédigé par

    Romain Tiquet, Berlin

    Dans beaucoup d’analyses, l’émergence de l’interventionnisme des ONG et autres institutions internationales en Afrique coïncide avec le tournant néolibéral de la fin des années 1970, à une époque ou les États africains sont jugés »faibles«– nous ne reviendrons pas sur les limites nombreuses de l’analyse de la »faiblesse« de l’État en Afrique.

    Dans son récent livre, l’historien Grégory Mann sonne le glas de cette approche en posant comme point de départ de son étude la question suivante: comment se fait-il que dans la période suivant les indépendances africaines en Afrique de l’Ouest francophone, à un moment où la souveraineté étatique était centrale, plusieurs ONG internationales arrivent à s’inscrire durablement dans le paysage politique de la zone sahélienne, prenant à leur compte certaines fonctions régaliennes.

    Mann caractérise le poids politique des organisations non-étatiques émergeant dans les années 1960, par le terme de »nongovernmentality«. Reprenant le célèbre concept foucaldien, l’auteur interroge cette »non-gouvernementalité« comme l’expression d’une rationalité politique dans lesquels certaines fonctions de gouvernement sont prises en charge par des organisations justement non-gouvernementales, et échappe donc par là même aux activités et à la souveraineté de l’État.

    L’auteur inscrit cette problématique dans une chronologie qui débute à la veille des indépendances, à l’origine de la formation des États postcoloniaux africains, et qui va jusque dans les années 1970. Bien qu’il tire ses exemples essentiellement du Mali – terrain qu’il connaît bien –, Mann retrace l’érosion lente de la souveraineté étatique dans un espace plus large: la zone sahélienne. Le Sahel offre un espace d’intenses mobilités d’hommes et de marchandises, de souverainetés inégales qui laisse découvrir un potentiel heuristique surprenant pour analyser les évolutions des affinités politiques et les nouvelles formes de politiques »postcoloniales« dans la zone. Le Sahel est ainsi envisagé par l’auteur non pas simplement comme un lieu, un endroit, mais avant tout comme un objet de gouvernance, et d’intervention, de la part des États ou d’ONG.

    Le livre se construit autour de quatre thématiques regroupées en trois parties chronologiques, composées chacune de deux chapitres. La première partie s’intéresse à l’émergence et l’évolution des parcours politiques des élites nationales au Mali au tournant des années 1950, dans une période que l’on a pu qualifier d’»État colonial tardif«. La seconde partie se concentre essentiellement sur les politiques et les mouvements migratoires des Maliens dans les années 1960 et 1970. Enfin, la dernière partie se focalise sur l’émergence des ONG et d’autres organisations internationales de secours et les implications et conséquences politiques qui en ont découlé dans la zone sahélienne.

    Le chapitre premier propose comme point de départ, une plongée dans la carrière incroyable de Mamadou Madiera Keita, un militant anticolonial qui devint l’assistant du célèbre anthropologue Georges Balandier dans les années 1950. À travers ce parcours de carrière, l’auteur montre comment la société malienne est devenue un objet de gouvernement dans un contexte d’émergence des mouvements anticoloniaux entre 1946 et les indépendances. Dans un second chapitre, Mann s’intéresse plus particulièrement aux acteurs qui ont définit cette société, et ce, dans un moment politique particulier en AOF, à partir de 1946, au lendemain de la suppression du régime de l’indigénat et de l’accession de la citoyenneté à tous les anciens »sujets« coloniaux.

    Les deux chapitres suivants – la seconde partie de l’ouvrage – se focalisent plus précisément sur les questions de citoyenneté et de sentiment d’appartenance à une communauté nationale au travers des parcours de migrants maliens en France et au Soudan dans le contexte de la décolonisation. Le chapitre trois s’intéresse aux migrations internes à la zone sahélienne, de l’Ouest vers l’Est, au Soudan qui constitue une terre d’émigration pour des milliers de maliens. Le chapitre quatre prend comme point de départ le cas d’une migration plus »classique«, Sud-Nord, du Mali vers la France. Cette comparaison entre les migrations vers le Soudan et vers la France peut surprendre. Cependant, l’auteur, en inscrivant ces mobilités sur le long terme, propose une entrée originale pour réfléchir à la formation politique et citoyenne après les indépendances, et plus largement à leurs usages et leurs significations.

    Enfin, la dernière partie propose d’analyser l’arrivée de l’intervention humanitaire et des mouvements de défense des droits de l’homme dans la zone sahélienne au tournant des années 1970. Le chapitre cinq, au titre provocateur de »gouverner la famine«, interroge la relation entre autorités politiques locales et mobilisations politiques internationales lors de la terrible sécheresse au Sahel en 1973–1974, ainsi que la crise et la réponse humanitaire que cela a engendré. L’auteur voit dans cette famine un épisode important de l’histoire internationale, qui transforme la zone sahélienne en véritable zone de gouvernance. Enfin, le chapitre six prend le cadre des actions d’Amnesty International au Mali à propos du traitement des prisonniers politiques pour montrer plus largement l’impact d’un certain nombre d’ONG de défense des droits humains sur le jeu politique et la sensibilisation des populations à ces thèmes.

    Dans un style narratif rythmé, ponctué d’anecdotes personnelles, Grégory Mann propose une étude à la fois intrigante et provocante sur la reconfiguration des frontières politiques dans la zone sahélienne, du début des années 1950 à la fin des années 1970. Il montre de manière convaincante comment certains acteurs non-étatiques se sont mis à gouverner au détriment de certains États de la région. Par l’originalité de son entrée, à la fois problématique, mais aussi géographique et chronologique, l’auteur soulève des questionnements centraux sur la formation des États postcoloniaux africains mais aussi sur les modes de gouvernement en postcolonie.

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    PSJ Metadata
    Romain Tiquet
    Deutsches Historisches Institut Paris
    From Empires to NGOs in the West African Sahel
    The Road to Nongovernmentality
    fr
    CC-BY-NC-ND 3.0
    Neuere Zeitgeschichte (1945-heute)
    Westafrika, Wüste Sahara, Sahel
    Politikgeschichte, Sozial- und Kulturgeschichte
    20. Jh.
    1960-1980
    Französisch-Westafrika (4071423-8), Entkolonialisierung (4070860-3), Sahel (4076953-7), Transnationale Politik (7595654-8), Nichtstaatliche Organisation (4131014-7), Bürgerrechtsbewegung (4146878-8)
    PDF document mann_tiquet.doc.pdf — PDF document, 267 KB
    G. Mann, From Empires to NGOs in the West African Sahel (Romain Tiquet)
    In: Francia-Recensio 2016/1 | 19.-21. Jahrhundert - Époque contemporaine | ISSN: 2425-3510
    URL: https://prae.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2016-1/zg/mann_tiquet
    Veröffentlicht am: 12.04.2016 13:00
    Zugriff vom: 20.01.2020 15:47
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