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A. Praus, Das Ende einer Ausnahme (Anne-Marie Corbin)

Francia-Recensio 2016/1 19.–20. Jahrhundert – Époque contemporaine

Angelika Praus, Das Ende einer Ausnahme. Frankreich und die Zeitenwende 1989/90, Marburg (Tectum Verlag) 2014, 539 S., ISBN 978-3-8288-3308-1, EUR 39,95.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Anne-Marie Corbin, Paris

Des images sont ancrées dans la mémoire collective de l’Allemagne fédérale et de la France: de Gaulle et Adenauer à Reims, Mitterrand et Kohl devant les tombes de Verdun. Selon Angelika Praus, ces images appartiennent à un monde disparu où la France occupait une position de pouvoir, qui n’existe plus depuis la chute du Mur en 1989, l’unification de l’Allemagne en 1990 et le processus de globalisation qui s’est alors mis en place.

L’ouvrage d’Angelika Praus est l’aboutissement de sa thèse de doctorat qui a pour thème la fin de »l’exception française«, thématisée par de Gaulle après la Seconde Guerre mondiale et poursuivie tout au long des »trente glorieuses«. Dès le début des années 1970, la fin de la croissance que l’on pouvait estimer sans limite avait déjà entamé la foi en l’extension de la puissance française dans le monde. François Furet, Jacques Julliard et Pierre Rosanvallon avaient déjà en 1988 fait le point sur ce sujet en appréhendant ses composantes de politique interne et son aspect sociétal. Déjà fragilisé par cette évolution, Mitterrand craignant de surcroît le renforcement de la puissance allemande combattit la dynamique de la réunification et refusa notamment en décembre 1989 de passer la Porte de Brandebourg en compagnie de Helmut Kohl. Ceci n’est pas étonnant dans la mesure où Mitterrand aurait – selon Angelika Praus – tenté depuis 1981 de perpétrer le mythe de cette »exception française« en s’alignant étonnamment sur les positions prises par de Gaulle. Les dirigeants français auraient ensuite tenté de continuer à imposer ce paradigme alors même que la réalité historique et la vision de l’avenir qui auraient dû s’imposer apportaient un démenti flagrant à de tels espoirs.

L’ouvrage d’Angelika Praus est structuré de manière chronologique avec une première partie consacrée à de Gaulle, les trois suivantes à Mitterrand et la dernière à ses successeurs, ce qui lui permet de couvrir la période de l’après-guerre à aujourd’hui. Les documents analysés sont issus de la presse française (»Le Monde«, »Le Point«, »Le Figaro«) et allemande (»Frankfurter Allgemeine Zeitung«et»Süddeutsche Zeitung«) et essentiellement des discours et allocutions des premiers ministres et chefs d’État français, de leurs conférences de presse depuis la fin des années 1940 consultables sur Internet www.vie-publique.fr/discourset http://basedoc.diplomatie.gouv.fr. Ainsi Angelika Praus n’a pas estimé nécessaire de travailler dans des archives et s’est contentée de confronter les documents réunis à ceux publiés en 2011 par Maurice Vaïsse et Christian Wenkel1.Elle a également pris en compte des souvenirs et autres témoignages autobiographiques de témoins de l’époque et fait un usage réduit d’ouvrages d’historiens traitant de la période concernée.

Ce constat du déclin international de la France, elle en attribue la plus grande responsabilité à François Mitterrand, affolé en 1989 par l’imminence de l’éclatement du bloc oriental et la possibilité qu’une grande Allemagne puisse resurgir. Pour écarter cette menace et les dangers qui en découleraient, Mitterrand tenta de se réfugier dans le passé. Il évoqua la grandeur passée de la France et sa légitimité à occuper une position dominante dans le monde, incapable qu’il était de visions réalistes. Il chercha à manipuler ses partenaires européens en des doubles ou des triples jeux, visant à conserver ainsi une certaine liberté de manœuvre.

Ses successeurs ne se seraient pas davantage montrés à la hauteur de leur tâche. Certes Jacques Chirac aurait enfin reconnu en 1995 la responsabilité de l’État français dans la répression et l’anéantissement des juifs, un tournant dans un travail de mémoire français, longuement différé: le silence pesa longtemps sur la collaboration de la France de Vichy lors des rafles et de la déportation, notamment en 1942. Chirac fut aussi le premier président français à se rendre officiellement en Algérie et à évoquer la colonisation et la guerre, un thème repris en 2007 par Nicolas Sarkozy pour dénoncer la répression brutale et les massacres de Sétif. Enchaînant sur la responsabilité de la France au cours de la Seconde Guerre mondiale, Sarkozy reconnaissait en tant que président la nécessité de réparer financièrement de tels »dommages«, annonçait sa volonté de poursuivre avec l’Allemagne un travail commun de mémoire et abandonnait ainsi la thèse de l’»exception française«. François Hollande alla plus loin encore que ses prédécesseurs en mettant l’accent sur la répression sanglante des victimes d’Algérie et la situation des harkis. Quant à la réintégration de l’OTAN par la France, engagée par Sarkozy, cela signifia un pas supplémentaire vers un adieu à la fameuse »exception française« que Hollande ne put remettre en cause. Mais Angelika Praus estime que tout ceci a porté atteinte à une affirmation française déjà bien ébranlée par la crise économique qui nécessitait en particulier une réduction drastique des effectifs militaires en dépit de l’engagement des forces françaises au Mali. Cependant, il faut bien dire que les synthèses effectuées pour la période qui débute avec la présidence de Chirac (p. 385–477) sont trop confuses dans leur volonté de raccourcis, empruntés à divers ouvrages.

Il eût été utile de définir le concept de »unification«de l’Allemagne (p. 292), la grande peur de Mitterrand, pourtant jamais à l’ordre du jour pour Willy Brandt ou Helmut Kohl.

Quant au premier chapitre traitant de la puissance de la France au XVIIeet au XVIIIesiècle en six pages, c’était une gageure qu’Angelika Praus n’est pas parvenue à soutenir. Elle y mélange la volonté d’hégémonie française depuis la fin de la guerre de Trente Ans en 1648, les débuts de la politique coloniale, les acquis de la Révolution française et l’émergence d’une culture, destinée à être exportée au-delà des frontières, tout ce qui alimenta le terreau de la fameuse »exception française«.

Cependant, c’est un ouvrage qui a le mérite d’analyser des documents disponibles sur Internet et donc aisément consultables en les intégrant dans les réflexions de quelques historiens.

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PSJ Metadata
Anne-Marie Corbin
DeuDeutsches Historisches Institut Paristsches Historisches Institut Paris
Das Ende einer Ausnahme
Frankreich und die Zeitenwende 1989/90
fr
CC-BY-NC-ND 4.0
Neuere Zeitgeschichte (1945-heute)
Deutschland / Mitteleuropa allgemein
Politikgeschichte
20. Jh.
1989-1990
Mitterrand, François (118582887), Regierungsstil (4177415-2), Wiedervereinigung Deutschland (4235034-7), Frankreich (4018145-5), Großmacht (4125218-4), Selbstverständnis (4054438-2), Wirtschafts- und Währungsunion (4309802-2), Außenpolitik (4003846-4), Deutschland (4011882-4)
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A. Praus, Das Ende einer Ausnahme (Anne-Marie Corbin)
In: Francia-Recensio 2016/1 | 19.-21. Jahrhundert - Époque contemporaine | ISSN: 2425-3510
URL: https://prae.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2016-1/zg/praus_corbin
Veröffentlicht am: 12.04.2016 13:00
Zugriff vom: 20.01.2020 15:26
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