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    L. Laumonier, Solitudes et solidarités en ville (Vincent Challet)

    Francia-Recensio 2016/2 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

    Lucie Laumonier, Solitudes et solidarités en ville. Montpellier, mi XIIIe–fin XVe siècles, Turnhout (Brepols) 2015, 425 p., 6 ill., 17 tabl. (Histoires de famille. La parenté au Moyen Age, 20), ISBN 978-2-503-55499-0, EUR 79,00.

    rezensiert von/compte rendu rédigé par

    Vincent Challet, Montpellier

    Issu d’une thèse soutenue sous la direction de Geneviève Dumas et de Daniel Le Blévec, l’ouvrage de Lucie Laumonier s’inscrit dans une longue lignée de recherches conduites sur la population médiévale montpelliéraine – et en particulier sur les femmes –, à partir d’une riche documentation urbaine faisant la part belle aux compoix, testaments et autres actes notariés ou encore registres de comptabilité. Autant de sources déjà largement explorées par les travaux, entre autres, de Kathryn Reyerson, Anne-Catherine Marin-Rambier, Leah Othis-Cour ou encore Cécile Béghin-Le Gourriérec qui, toutes, avaient su dégager les principaux contours de la population montpelliéraine et avaient porté une attention toute particulière au rôle, notamment économique, des femmes dans cette société urbaine. Or, à l’aune des travaux antérieurs, force est de constater que l’ouvrage de Lucie Laumonier n’apporte guère de renouvellement, peut-être parce qu’il était difficile d’apporter des éclairages neufs à partir d’une documentation relativement connue, sans doute aussi parce que l’entreprise souffre de défauts méthodologiques qui la grèvent dès l’origine.

    C’est qu’en effet l'auteure entend placer au centre de son projet de recherche les personnes seules, soit un groupe qui n’existe pas en soi dans les sources et qui se révèle d’une construction largement artificielle à la lecture de l’ouvrage, d’autant que l'auteure adopte, pour le faire, un plan épousant strictement les âges de la vie, étudiant successivement les enfants, les adolescents, les jeunes, les adultes et enfin les personnes âgés, plan dont la simplicité nuit évidemment à la problématisation. Cet effet d’agglutination d’individus d’âges, de conditions et de statuts fort différents conduit l'auteure à vouloir embrasser d’un seul regard des situations très hétérogènes, ce qu’elle ne peut manquer de reconnaître elle-même: »de profondes divergences apparaissent déjà entre ces solitudes de l’ordre du genre et du milieu économique, du réseau familial«(p. 104). Mais cet aveu n’est-il pas en lui-même un constat d’échec? Il est en effet loin d’être évident que l’on puisse regrouper au sein d’une même catégorie un enfant exposé pris en charge par les nourrices du consulat, une riche veuve vivant avec ses enfants adultes au sein de son ostal, un pauvre homme impotent s’en allant finir ses jours au sein de l’un des hôpitaux montpelliérains ou encore un jeune venant se placer en apprentissage. Autant de situations qui correspondent à des instants, à des parcours de vie et à des conditions économiques très différentes les unes des autres. Ceci d’autant plus que la solitude ne constitue pas – à quelques exceptions près – un état véritable mais plutôt une situation transitoire que les habitants n’éprouvent que durant un laps de temps limité, si bien qu’il est difficile de penser que le passage, même bref, par une situation de solitude, transforme à ce point un individu qu’il le fasse entrer dans une catégorie particulière.

    Se pose en outre une autre difficulté qui tient à la polysémie du terme de solitude, lequel renvoie tout à la fois à un certain isolement physique et au sentiment qui peut en découler. Lucie Laumonier tente bien de prendre en considération les deux significations mais le passage qu’elle opère de l’un à l’autre se fait trop souvent sans véritable précaution méthodologique: peut-on ainsi écrire que si Bernat Thomas s’est marié à trois reprises, c’est parce qu’il désire »voir sa maison emplie de vie, retrouver une femme et des enfants lorsqu’il y retourne après une journée de travail«(p. 270)? Peut-être, après tout, mais l’on mesure là toute la difficulté qu’il y a à prétendre interroger des émotions à partir de comportements largement normés ou de simples actes notariés. D’autant que l'auteure n’hésite nullement à esquisser des tendances à partir d’un corpus singulièrement réduit puisqu’elle fonde nombre d’analyses sur un ensemble regroupant 564 testaments répartis sur près de 250 ans – entre 1250 et 1499 – ce qui donne un ratio de 2,25 testaments par an pour une ville qui a pu compter jusqu’à 35 000 ou 40 000 habitants à son apogée démographique. Ainsi peut-on lire par exemple que »la solitude dans la vieillesse concernerait […] 9% des testateurs vieillissants«(p. 49), mais c’est pour constater aussitôt que ces 9% de testateurs correspondent à un seul testament sur un corpus documentaire réduit à onze unités! Difficile, on en conviendra aisément, de tirer des conclusions très sûres à partir de chiffres aussi faibles surtout si l’on y ajoute le fait que l'auteure semble considérer le comportement des populations qu’elle étudie comme une sorte d’invariant, presque déconnecté d’un contexte politique et social qu’elle ne maîtrise qu’imparfaitement, accumulant les références bibliographiques à l’historiographie anglo-saxonne de la parenté mais ignorant, paradoxalement, les plus récents renouvellements de l’histoire montpelliéraine.

    Au final, et sans doute parce que l'auteure entend embrasser des champs d’étude très différents, l’ouvrage peine à se démarquer d’une certaine superficialité confirmant ainsi l’adage qui veut que »qui trop embrasse mal étreint«. À titre d’exemple, les pages consacrées aux enfants abandonnés n’apportent rien de très neuf aux recherches de Léa Othis-Cour de même que le développement consacré aux hôpitaux montpelliérains ne bouscule guère l’image dessinée par les travaux, pourtant anciens, d’Alexandre Germain alors qu’il y avait là un vrai sujet à creuser, mais tout autre à vrai dire, celui de la mainmise du consulat sur les œuvres de charité. Comme l’écrit l'auteure dans sa conclusion, »il existe un rapport net entre pauvreté, solitude et isolement social«(p. 346) à Montpellier comme dans les autres centres urbains. Certes! Mais qui en doutait vraiment?

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    PSJ Metadata
    Vincent Challet
    Solitudes et solidarités en ville
    Montpellier, mi XIIIe–fin XVe siècles
    fr
    CC-BY-NC-ND 3.0
    Hohes Mittelalter (1050-1350), Spätes Mittelalter (1350-1500)
    Frankreich und Monaco
    Siedlungs-, Stadt- und Ortsgeschichte, Sozial- und Kulturgeschichte
    Mittelalter
    1200-1500
    Frankreich (4018145-5), Montpellier (4040185-6), Einsamkeit (4013921-9), Gemeinschaft (4020015-2), Mittelalter (4129108-6)
    PDF document laumonier_challet.doc.pdf — PDF document, 325 KB
    L. Laumonier, Solitudes et solidarités en ville (Vincent Challet)
    In: Francia-Recensio 2016/2 | Mittelalter – Moyen Âge (500–1500) | ISSN: 2425-3510
    URL: https://prae.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2016-2/ma/laumonier_challet
    Veröffentlicht am: 07.06.2016 15:57
    Zugriff vom: 30.11.2020 02:31
    abgelegt unter:
    Rolf Große
    Rolf Große sagt
    29.07.2016 21:06

    Gegendarstellung von/réponse au compte rendu rédigée par
    Geneviève Dumas, professeur à l’université de Sherbrooke (Québec), et Daniel Le Blévec, professeur émérite à l’université Paul-Valéry, Montpellier

    Qu’un compte rendu d’ouvrage soit à 100% à charge sans qu’aucun élément ne trouve grâce aux yeux du recenseur-censeur paraît a priori suspect. Il ne peut qu’interroger le lecteur et le rendre méfiant. Que les points critiqués soient précisément ceux qui ont fait l’objet des plus remarquables éloges de la part du jury de la thèse dont cet ouvrage est issu, ainsi que dans les nombreux rapports d’évaluation qui ont suivi – au point de lui valoir un 1er prix d’histoire – renforce encore l’impression étrange qu’un problème personnel taraude l’auteur de ce compte rendu. Mais finalement tout s’éclaire quand on sait que recenseur et recensée appartiennent à la même université, à la même équipe de recherche et à la même école doctorale! Depuis quand confie-t-on des comptes rendus à quelqu’un qu’autant de liens institutionnels relient à l’auteur du livre à recenser? La déontologie la plus élémentaire s’y oppose formellement. Aussi s’étonnera-t-on que la revue qui a publié ce texte malveillant et agressif ne se soit pas elle-même interrogée sur la légitimité du procédé, sur le risque inhérent de partialité, sans compter le choix surprenant d’un recenseur qui n’est nullement spécialiste d’histoire de la famille ni de la sociabilité médiévale, thèmes de l’ouvrage! Que celui-ci ait accepté, contrairement aux usages qui prévalent dans le milieu universitaire, en dit long sur ses intentions … On aura donc compris, vu les arguments contra présentés, qu’il s’agit là d’un règlement de comptes sans aucun fondement scientifique.

    Rolf Große
    Rolf Große sagt
    04.08.2016 22:43

    Gegendarstellung von/réponse rédigée par
    Vincent Challet, Montpellier

    Le lecteur qui aura pris soin de jeter un coup d’œil sur la réponse suscitée par ce compte rendu ne pourra manquer d’être surpris par son ton extrêmement agressif et la charge totalement infondée qu’elle constitue. Que des directeurs de thèse s’empressent de voler au secours de l’une de leurs étudiantes n’a rien que de louable en soi. De même, qu’un compte rendu puisse, sur des bases scientifiques, susciter un véritable débat, rien de plus légitime d’autant qu’un compte rendu ne saurait être, in fine, rien de plus que le ressenti de son auteur. Mais qu’une réponse s’apparente à une violente attaque ad hominem, voilà qui est plus troublant puisqu’il s’agit ici de s’en prendre nominalement à l’auteur du compte rendu plutôt que de répondre aux questions soulevées par la recension en supputant un règlement de comptes: décrédibiliser l’auteur pour délégitimer son propos, telle semble la ligne directrice de mes contradicteurs. Sauf qu’à relire le compte rendu, on serait bien en peine d’y déceler des critiques personnelles qui ne seraient pas fondées sur une argumentation scientifique. Certes, ne puis-je me pas targuer d’être un spécialiste de l’histoire de la famille mais au moins me fera-t-on le crédit de ne pas être totalement ignorant du Montpellier médiéval. Et le raisonnement qui voudrait qu’il eût mieux valu confier une telle recension à un historien de la famille très peu au fait des réalités et des spécificités montpelliéraines peut paraître étrange. Laissons donc, après tout, le lecteur trancher par lui-même en rappelant le beau mot de Beaumarchais: »Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur.«