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    A. Donges, Die Vereinigte Stahlwerke AG im Nationalsozialismus (Jean-François Eck)

    Francia-Recensio 2016/2 19.‒21. Jahrhundert ‒ Époque contemporaine

    Alexander Donges, Die Vereinigte Stahlwerke AG im Nationalsozialismus. Konzernpolitik zwischen Marktwirtschaft und Staatswirtschaft, Paderborn, München, Wien, Zürich (Ferdinand Schöningh) 2014, 440 S. (Familie – Unternehmen – Öffentlichkeit: Thyssen im 20. Jahrhundert, 1), ISBN 978-3-506-76628-1, EUR 49,90.

    rezensiert von/compte rendu rédigé par

    Jean-François Eck, Lille


    Issu d’une thèse soutenue en 2013 devant l’université de Mannheim, placée sous la direction du professeur Christoph Buchheim, puis, après sa disparition, sous celle du professeur Jonas Scherner, cet ouvrage comble une lacune. Il n’existait pas de travail de synthèse sur les Vereinigte Stahlwerke AG (Aciéries réunies) durant le IIIe Reich. Leur fondation en 1926, puis leurs premières années d’existence sous la république de Weimar avaient été étudiées par Alfred Reckendrees qui en avait souligné la portée sous l’angle de la modernisation et de la rationalisation. Mais leur évolution ultérieure demeurait mal connue, malgré l’importance de ce groupe qui fut, on le sait, à la tête de son secteur en Europe et dépassé seulement, au niveau mondial, par United Steel, et la place emblématique qu’il occupa dans l’économie de guerre, expliquant sa dissolution décidée par les autorités d’occupation après la défaite de l’Allemagne. Les Aciéries réunies ont-elles répondu aux attentes placées en elles par leurs fondateurs? Sont-elles demeurées mono-productrices de fer et d’acier ou ont-elles amorcé une diversification? Quels ont été leurs rapports avec l’État qui, pour éviter une faillite menaçante lors de la crise des années 1930, avait pris une importante participation dans leur capital? Quel rôle ont-elles joué durant la guerre, notamment en ce qui concerne l’exploitation des territoires conquis?

    À toutes ces questions et à d’autres, Donges s’efforce d’apporter des réponses précises grâce aux ressources archivistiques et à une historiographie qu’il possède dans ses moindres développements, en Allemagne et à l’étranger, tout au moins dans sa dimension anglo-saxonne, car les travaux réalisés ailleurs, notamment en France, restent absents. Comme l’indique le sous-titre adopté, il insiste prioritairement sur les rapports entre les Aciéries réunies et l’État. Contrairement à la tendance historiographique illustrée par Peter Hayes, Richard Overy ou Gerhard Mollin, il estime, à travers le cas des Aciéries réunies, que le régime nazi, bien loin de priver le grand capitalisme de sa liberté de décision, a témoigné à son égard d’une relative tolérance. L’État a rétrocédé au Konzern une partie des actions acquises à la fin de la république de Weimar. Puis, lorsqu’en 1937, les Reichswerke Hermann Göring nouvellement créées ont recouru à l’expropriation pour s’emparer de certains gisements miniers des Aciéries réunies, cette décision, même si elle a suscité la protestation de dirigeants comme Albert Vögler et Ernst Poensgen, représentait moins une manifestation d’hostilité contre elles que l’application d’une résolution prise en fonction de considérations stratégiques. Il s’agissait de procurer aux Reichswerke, le plus loin possible des frontières, les bases nécessaires à la future économie de guerre. D’ailleurs, les gisements en cause, du fait de leur faible teneur en fer, n’avaient qu’une médiocre valeur. En s’en emparant, les Reichswerke Hermann Göring n’ont guère nui aux intérêts des Aciéries réunies. D’autres historiens l’avaient déjà suggéré.

    Donges va plus loin. Étendant le propos, il montre que les relations ultérieures entre Aciéries réunies et Reichswerke furent peu conflictuelles. Ainsi, en décembre 1938, quelques mois après l’Anschluss, les Reichswerke ont racheté aux Aciéries réunies leur participation dans le groupe sidérurgique autrichien Alpine Montan à un prix élevé permettant aux vendeurs d’utiliser la somme reçue pour la modernisation de leurs installations. Les rapports entre nazisme et grand capital sont donc marqués par la complexité. Certes, en 1939, la rupture entre Fritz Thyssen, le plus gros actionnaire des Aciéries réunies, et le nazisme, puis sa tentative de fuite à l’étranger ont entraîné la confiscation de ses biens par l’État prussien. Mais ce dernier est demeuré durant toute la guerre un actionnaire passif des Aciéries réunies, se refusant à intervenir dans leurs décisions.

    D’autres questions sont également traitées dans ce volume. Ainsi, la part importante prise par les Aciéries réunies à partir de 1936 à la production d’hydrocarbures de synthèse à base de charbon et de lignite, à travers la Gelsenberg Benzin AG, filiale dont la moitié du capital était en leur possession, semble très révélatrice de la confiance mise par les grands groupes dans les vertus de l’autarcie prônée par le régime. Ou encore la lente modernisation des installations sidérurgiques du groupe, majoritairement situées dans la Ruhr: bien loin de la volonté rationalisatrice qui en avait motivé la naissance, les Aciéries réunies n’étaient toujours pas parvenues à la veille de la Seconde Guerre mondiale à résorber les capacités de production excédentaires, ce qui souligne le poids de la crise qui, durant les années 1930, les avait fortement aggravées. Cela n’a pas empêché pour autant le groupe de procéder à de grands investissements comme le train de laminage à larges bandes et à chaud inauguré en 1937 à Dinslaken, selon une technologie transférée des États-Unis, premier équipement de ce type existant en Europe.

    En ce qui concerne la diversification vers d’autres secteurs, seule voie d’avenir pour la sidérurgie, les Aciéries réunies ne semblent guère l’avoir recherchée, contrairement à d’autres groupes comme Krupp. Elles ont revendu la Demag (Deutsche Maschinenfabrik AG) dix ans après sa fondation et, quoique possédant des participations dans des groupes de construction mécanique, comme Hanomag ou BMW, elles sont restées avant tout productrices de produits de base. Enfin, l’ouvrage comporte aussi une dimension sociale. Il analyse très en détail les relations qui se sont nouées entre les dirigeants, à l’intérieur du groupe mais aussi dans l’ensemble de la sidérurgie allemande, selon leur génération d’appartenance et leur itinéraire professionnel. Il souligne le contraste entre ceux qui effectuaient toute leur carrière à l’intérieur du même secteur et ceux qui profitaient de leurs relations politiques pour réaliser ailleurs de brillantes ascensions. On retrouve ici des analyses déjà présentes chez d’autres auteurs, parmi lesquels Hervé Joly dont l’ouvrage sur le patronat allemand de 1933 à 19891aurait mérité d’être consulté.

    Ce livre incite donc à la réflexion sur de multiples sujets. Clairement écrit, il comporte de nombreux graphiques, tableaux statistiques et schémas qui mettent en valeur les points fondamentaux de la démonstration. Quelques détails nuisent à la qualité de l’ensemble comme par exemple, à propos de la reprise durant la guerre par les Aciéries réunies des installations sidérurgiques de Lorraine et du Luxembourg, l’allusion à Théodore Laurent comme »un industriel français«, sans autre indication qui aurait permis de le situer dans le monde patronal de son temps. Mais il s’agit là d’une imperfection mineure, même si elle choque un peu le lecteur français. Pour tous ceux qui s’intéressent au fonctionnement des grandes industries de base sous le nazisme, le livre d’Alexandre Donges s’avère une lecture stimulante et, sur bien des points, indispensable.



    1 Hervé Joly, Patrons d'Allemagne. Sociologie d’une élite industrielle1933–1989.

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    PSJ Metadata
    Jean-François Eck
    Die Vereinigte Stahlwerke AG im Nationalsozialismus
    Konzernpolitik zwischen Marktwirtschaft und Staatswirtschaft
    fr
    CC-BY-NC-ND 4.0
    Zeitgeschichte (1918-1945)
    Deutschland / Mitteleuropa allgemein
    Wirtschaftsgeschichte
    1930 - 1939, 1940 - 1949
    1933-1945
    Vereinigte Stahlwerke (4202515-1)
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    A. Donges, Die Vereinigte Stahlwerke AG im Nationalsozialismus (Jean-François Eck)
    In: Francia-Recensio 2016/2 | 19.–21. Jahrhundert – Époque contemporaine | ISSN: 2425-3510
    URL: https://prae.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2016-2/zg/donges_eck
    Veröffentlicht am: 07.06.2016 16:30
    Zugriff vom: 22.02.2020 16:38
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