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    T. Bremer, W. Fink, T. Nicklas (Hg.), Patriotismus – Kosmopolitismus – Nationalismus (Pauline Pujo)

    Francia-Recensio 2016/3 Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500–1815)

    Thomas Bremer, Wolfgang Fink, Thomas Nicklas (Hg.), Patriotismus – Kosmopolitismus – Nationalismus. Entstehung und Entwicklung einer deutschen Gemengelage 1756–1815. Vierzehn Studien zu Ehren von Françoise Knopper, Halle an der Saale (Universitätsverlag Halle-Wittenberg) 2013, 277 S. (Wissensdiskurse im 17. und 18. Jahrhundert/Discours et savoirs aux XVIIe et XVIIIe siècles, 3), ISBN 978-3-86977-084-0, EUR 58,00.

    rezensiert von/compte rendu rédigé par

    Pauline Pujo, Paris

    Ce recueil d’articles, dirigé par un romaniste et professeur de lettres à l’université Martin-Luther de Halle-Wittenberg, par un germaniste de l’université Lumière-Lyon 2 et un germaniste et historien de l’université Reims-Champagne-Ardenne, propose de se pencher sur la période qui va du début de la guerre de Sept Ans à la fin des guerres napoléoniennes. Les trois notions mises en avant dans le titre, »patriotisme«, »cosmopolitisme«et »nationalisme«, sont abordées à travers une partie de l’histoire intellectuelle et des débats théoriques qui ont marqué l’espace germanophone durant la période.

    Une longue introduction dresse dans un premier temps un très riche bilan des nombreuses recherches menées les trente dernières années sur la montée du sentiment national et sur les nationalismes à l’orée du XIXe siècle allemand. On y voit les trois éditeurs conjuguer leurs efforts et leur érudition pour en synthétiser les résultats tout en rendant compte de l’extrême diversité des formes de nationalisme ou de sentiments nationaux. Mêlant de très nombreuses citations tirées des ouvrages de Gonthier-Louis Fink, Helmut Berding, Otto Dann, Hans-Ulrich Wehler, Thomas Nipperdey ou Michael Jeismann, pour n’en citer que quelques-uns, ils livrent un état de la recherche que l’on pourrait presque considérer comme la matrice d’un manuel très complet destiné à des étudiants de licence ou de master. La tension entre patriotisme d’empire et sentiment national pour de nouveaux États territoriaux comme la Prusse, la problématique confessionnelle, la longue et complexe réception de Montesquieu puis de Herder dans la définition de l’Allemagne comme nation culturelle par opposition à la France comme nation politique, le cosmopolitisme des Lumières enfin, constituent un arrière-plan dressé ici avec précision.

    Ce que soulignent le titre et l’introduction de l’ouvrage, ce qu’illustrent les articles, c’est la multiplicité des facettes de ces nationalismes ou sentiments nationaux, l’imbrication des aspects libéraux et conservateurs ou encore l’impossibilité d’une opposition diamétrale entre Lumières et romantisme. Cette complexité est soulignée dans le titre par le terme de »Gemengelage«, qui désigne au sens premier le bocage où s’enchevêtrent de multiples parcelles de terrain selon un ordre constitué au fil du temps. C’est pour cette raison que les trois éditeurs semblent ne s’être plus contentés de la simple notion de nationalisme, mais qu’ils lui ont préféré trois pôles, patriotisme, cosmopolitisme et nationalisme. En plus d’associer les trois notions, le volume enregistre certaines réévaluations au niveau de la chronologie de l’histoire des idées, comme la récente mise au jour d’un nationalisme des Lumières suscité par la guerre de Sept Ans1, ou encore l’héritage du cosmopolitisme des Lumières bien au-delà de 18002. L’ensemble des contributions est nourri des recherches sur les lieux de mémoire, sur l’histoire des concepts, ou encore sur les transferts culturels et l’histoire croisée3. Le recueil permet ainsi d’opérer une heureuse synthèse de plusieurs apports méthodologiques, bien que la tendance à ranger les grands auteurs du côté de l’histoire des idées et les auteurs mineurs du côté de l’histoire des mentalités paraisse contestable4.

    On peut de plus regretter un certain déséquilibre entre les trois notions du titre: si la part belle est faite au nationalisme5et au cosmopolitisme6, la notion de patriotisme est, quant à elle, moins profondément examinée dans l’introduction, qui ne cite pas les travaux de Rudolf Vierhaus7, et apparaît dans les contributions essentiellement comme l’ancienne forme d’attachement à des marqueurs d’identité nationale8. La définition propre aux Lumières allemandes du patriotisme comme engagement pour le bien de la communauté – qui peut soit verser dans le nationalisme, soit se fonder sur des valeurs politiques et morales universelles – est certes également présente dans le volume. Y accorder encore plus d’attention aurait peut-être permis de dépasser les oppositions classiques rappelées en introduction ou d’aller au-delà du simple constat d’une complexité.

    Le volume n’en demeure pas moins un recueil de fines analyses qui documentent avec précision la richesse des débats d’idées dans l’espace germanophone entre 1756 et 1815, tant à travers leur dimension confessionnelle9qu’à travers leur héritage vivant du XIXesiècle à nos jours10. Une fois n’est pas coutume, peut-être aurait-il été intéressant de terminer le recueil par une conclusion/ouverture qu’appelle l’ordonnancement chronologique des contributions. Ce sont en effet d’autres notions encore qui émergent au fil de la lecture, notamment celle d’»Europe«11ou de »république«12.

    2 Tristan Coignard, Louis Lourme, Politique et cosmopolitique, Pessac 2016.

    3 Par exemple dans: Ludolf Pelizaeus, »Sieben Könige und Wahlherren«. Die osmanische politische Perspektive auf das ›Dritte Deutschland‹ im 18. Jahrhundert, p. 31–48; Gérard Laudin, Gaulois et Germains dans l’historiographie du XVIIIe siècle en France et dans l’Empire. Quelques exemples précoces d’histoire croisée de Bodin à Buat-Nançay, p. 49‑70.

    4 Notamment dans l’article de Christophe Losfeld, Cosmopolitisme, patriotisme et représentation. Le journal de voyage de Georg Heinrich von Berenhorst comme document de l’histoire des mentalités, p. 93–108, qui met par ailleurs au jour une source passionnante.

    5 Par exemple, dans Marcus Conrad, Universalhistorie – Reichshistorie – Nationalgeschichte. Entstehung und Aufnahme der deutschen Geschichte im Rahmen der Allgemeinen Welthistorie, p. 71–92; Alain Ruiz, »Ce bon Saint-Empire romain, comment tient-il encore?« Cosmopolitisme, Reichspatriotismus et sentiment national en Allemagne d’avant 1789 à l’époque du congrès de Rastadt (1797–1799), p. 189–216.

    6 Par exemple, dans: Jean Mondot, La judéité de Nathan et le triomphe de l’universel, p. 109–118; Thomas Bremer, Wie wird man Kosmopolit? Zur argumentativen Funktion der Reisebeschreibung bei Kant, p. 157–172; Anne-Marie Saint-Gille, »Den Tempel des Janus auf immer schließen ...«. Karl Salomo Zachariaes Beitrag zur Friedensdiskussion um 1800, p. 217–232.

    7 Rudolf Vierhaus (dir.) Deutsche patriotische und gemeinnützige Gesellschaften. Vorträge gehalten anläßlich des 4. Wolfenbütteler Symposions vom 6.–9. September 1977 in der Herzog-August-Bibliothek, Munich 1980.

    8 Par exemple, dans: Thomas Nicklas, Die historisch-literarische Figur des »Götz von Berlichingen« zwischen reichsadligem Patriotismus und deutschem Nationalismus, p. 119‑134; Anne Sommerlat, Die Erschaffung einer nordischen Gedichtsammlung als patriotisches Manifest: Karl August Kütners Kurona (1793), p. 173–188.

    9 Wolfgang Fink, Diskontinuität der Aufklärung oder anthropologische Differenzen? Anmerkungen zur Debatte zwischen Friedrich Nicolai und Johann Pezzl, p. 135‑156.

    10 François Genton, Tradition, Charisma, Legalität in Schillers späten Dramen oder: Schreiben nach 1789, p. 233–246; Gérard Raulet, Monarchie, Republik und Demokratie. Die unbequeme Botschaft der politischen Romantik (und eine aktuelle Debatte), p. 247–260; Tristan Coignard, Wie kann ein Weltbürger seine Ideale umsetzen? Ansätze einer Antwort in Heinrich Laubes Roman Das junge Europa (1833–1837), p. 261‑277.

    11 Par exemple, dans les articles d’Anne-Marie Saint-Gille et de Tristan Coignard.

    12 Par exemple, dans l’article de Gérard Raulet.

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    PSJ Metadata
    Pauline Pujo
    Patriotismus – Kosmopolitismus – Nationalismus
    Entstehung und Entwicklung einer deutschen Gemengelage 1756–1815. Vierzehn Studien zu Ehren von Françoise Knopper
    fr
    CC-BY-NC-ND 4.0
    Frühe Neuzeit (1500-1789), Neuzeit / Neuere Geschichte (1789-1918)
    Deutschland / Mitteleuropa allgemein
    Ideen- und Geistesgeschichte, Politikgeschichte
    18. Jh., 19. Jh.
    1756-1815
    Deutschland (4011882-4), Patriotismus (4132835-8), Weltbürgertum (4189574-5)
    PDF document bremer_pujo.doc.pdf — PDF document, 354 KB
    T. Bremer, W. Fink, T. Nicklas (Hg.), Patriotismus – Kosmopolitismus – Nationalismus (Pauline Pujo)
    In: Francia-Recensio 2016/3 | Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500-1815) | ISSN: 2425-3510
    URL: https://prae.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2016-3/fn/bremer_pujo
    Veröffentlicht am: 20.09.2016 12:24
    Zugriff vom: 17.02.2020 19:30
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