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T. Schröder-Stapper, Fürstäbtissinnen (Christophe Duhamelle)

Francia-Recensio 2016/3 Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500–1815)

Teresa Schröder-Stapper, Fürstäbtissinnen. Frühneuzeitliche Stiftsherrschaften zwischen Verwandtschaft, Lokalgewalten und Reichsverband, Köln, Weimar, Wien (Böhlau) 2015, X–632 S., 7 farb. Abb. (Symbolische Kommunikation in der Vormoderne, 7), ISBN 978-3-412-22485-1, EUR 79,90.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Christophe Duhamelle, Paris

Les appréciables renouvellements apportés à la connaissance de l’Allemagne moderne par l’histoire du genre concernent aussi le pouvoir et la place particulière qu’y tiennent les princesses, en particulier par leurs réseaux de communication. Toutes ne sont cependant pas »consortes« ou régnantes en quelque sorte par accident – veuvage ou absence d’héritier masculin. Certaines princesses furent élues et gouvernèrent des principautés où le pouvoir était exclusivement féminin: onze territoires ecclésiastiques, abbayes d’autant plus étonnantes que quatre étaient protestantes. Trois d’entre elles, Herford (calviniste), Quedlinburg (luthérienne) et Essen (catholique) font l’objet de ce riche ouvrage, centré sur l’exercice du pouvoir des princesses-abbesses.

Pourtant, l’aspect »genré«apparaît étonnamment peu au cours du livre. S’efface-t-il de l’horizon de l’auteure, des sources, ou bien le type de pouvoir princier dont il s’agit est-il plus déterminant que le sexe de celle qui l’exerce? Car c’est bien avant tout un exemple fascinant d’exercice du pouvoir dans des micro-principautés de l’Empire que nous livre Teresa Schröder-Stappe. Ces derniers ont souvent une superficie de moins d’1,5 kilomètre carré (ou Meile carrée? On trouve les deux versions, p. 161 et p. 506–507, ce qui n’est pas la même chose, bien que dans les deux cas ce ne soit pas grand-chose). La question à laquelle s’attache le livre devient dès lors celle-ci: comment de minuscules principautés électives sont-elles, face aux puissants princes voisins, et singulièrement le Brandebourg-Prusse, qui les envahit plusieurs fois, parvenues à perdurer et auquel, de surcroît, nombre de princesses-abbesses sont apparentées (notices biographiques de toutes les abbesses et coadjutrices p. 519–530)?

L’auteure décline la réponse en trois grands volets: l’insertion des abbesses dans des réseaux parentélaires princiers, auxquels elles doivent leur élection, leurs soutiens, mais aussi de pesantes influences, une »quasi-médiatisation […] au travers de la dynastisation« (p. 100); l’exercice local du pouvoir, lutte constante pour imposer sur des micro-territoires traversés de pouvoirs concurrents une autorité sourcilleuse, qu’exprime avec orgueil en 1704 l’abbesse d’Herford, désireuse dit-elle »jura territoriala et episcopalia […] ohne restriction souverainement zu exerciren« (p. 280–281); l’inscription enfin dans le complexe appareil de prérogatives et de représentation qu’est le Saint-Empire, dont l’empereur, les cercles, la diète (où les abbesses ont voix et séance) et les tribunaux forment les rouages majeurs – une inscription absolument vitale pour les petits territoires, et entretenue avec fièvre, comme en témoigne la présence dans les archives de Quedlinburg de plus de cent volumes de relations de la diète (p. 400).

Être une princesse-abbesse est une lutte menée à plusieurs échelles, avec science et procrastination, et parfois pour des causes qui font les délices et l’étonnement des historiens du Saint-Empire – ainsi de cette querelle qui mobilise une commission impériale autour de quelques reliques, alors même que tous les protagonistes sont protestants (p. 461–462). Entomologie d’un monde absurde et suranné? C’est bien plutôt un système complexe, fait de droits, d’équilibres et de défi du faible au fort, qui apparaît ici, dans son pétrissage permanent et pluriel de notions aussi apparemment évidentes, pour l’historiographie de la »modernité«, que la coïncidence entre territorialité et pouvoir, que la légitimité de la force, ou que la singularité du prince. Car les principautés ecclésiastiques féminines font aussi apparaître la haute noblesse impériale non comme un aréopage de »souverains« en petit, mais bien comme une société aristocratique où les liens transversaux, ainsi que la répartition des rôles entre différentes positions familiales, sont aussi essentiels à la compréhension du pouvoir que la catégorie du »prince territorial«. Cette complexité, qui fait de tout territoire, même minuscule, l’élément d’un vaste héritage collectif, est exprimée avec acuité par une de ces abbesses, conjurant l’électeur de Brandebourg de ne pas mésuser de sa force: »ce que votre dilection prend à une principauté-abbaye, elle se le prend à elle-même et à ses descendants« (p. 145). En ce sens, se plonger dans ces minuscules et fragiles territoires pour étudier l’Empire revient, mutatis mutandis, à se pencher sur Nassau, aux Bahamas, pour comprendre le capitalisme actuel: la marge révèle parfois le système.

Encore faut-il ne pas s’y perdre. L’ouvrage de Teresa Schröder-Stapper ne parvient pas toujours à conjurer ce danger. D’une grande limpidité, le plan a l’inconvénient de faire revenir plusieurs fois le même thème ou le même conflit, »saucissonné« selon qu’il concerne l’une ou l’autre des parties. Or, le propre d’un système fractal comme l’Empire est précisément que chaque conflit met en jeu tous les aspects et toutes les échelles de l’exercice du pouvoir – ainsi de cette élection de l’abbesse d’un lopin princier qui mobilise en 1701 le corps évangélique, et même l’Angleterre, pour peu que l’empereur fasse mine d’user de son droit de ne pas la confirmer (p. 489).

Dans l’ensemble très riche et bien exploité mis en œuvre par l’auteure, on discerne donc des chemins de traverse qui auraient pu donner lieu à une réflexion plus concentrée. Ainsi, le poids non négligeable des principautés ecclésiastiques dans l’Empire ne constitue pas uniquement une »ressource«secondaire pour les stratégies familiales de l’aristocratie d’Empire; elle leur confère aussi un tour particulier, celui des liens privilégiés, formant quasiment des dynasties parallèles, entre ces princes prélats, oncles et neveux, tantes et nièces, frères et sœurs – liens dont l’ouvrage offre plusieurs exemples, parmi lesquels celui, étonnant, de cette abbesse et de cet archevêque-électeur de Trèves de la dynastie saxonne, frère et sœur, mais vivant en symbiose et se donnant, dans leur correspondance, l’adresse réciproque de »mon mari« et »ma chère femme« (p. 101).

Autre exemple de fil récurrent, mais insuffisamment noué: la Schutzherrschaft, cette avouerie en France dès longtemps obsolète, mais qui dans l’Empire demeure l’une de ces »prérogatives« figées par la pluralité des pouvoirs, invoquées à temps et à contretemps par les différents acteurs en fonction des nécessités du moment, et aptes à alimenter dans d’incessants conflits un débat sur la notion même de territoire unifié. Notons enfin que la question de la dimension spirituelle de ces princesses-abbesses – certes bien plus princesses qu’abbesses – n’est pour ainsi dire pas posée.

Bien qu’il mobilise une bibliographie abondante, l’ouvrage reste enfin un peu enfermé sur son objet. Trop peu soucieux des diverses aristocraties ecclésiastiques de l’Empire et d’ailleurs, il néglige également, de manière surprenante, le seul autre ouvrage à avoir regardé d’aussi près la culture politique de micro-territoires ecclésiastiques, dont celui de la princesse-abbesse de Thorn1.

Ces quelques réserves faites, le livre de Teresa Schröder-Stapper – fruit d’une thèse effectuée à Münster sous la direction de Barbara Stollberg-Rilinger – est une contribution importante, car précise, à la connaissance des sociétés politiques du Saint-Empire moderne. Bien qu’il n’en exploite pas toutes les potentialités, il démontre les bénéfices qu’apporte l’étude localisée de ses formes les plus »aberrantes« à la compréhension de ce système, emblématique de l’époque moderne par sa singularité même.

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PSJ Metadata
Christophe Duhamelle
Fürstäbtissinnen
Frühneuzeitliche Stiftsherrschaften zwischen Verwandtschaft, Lokalgewalten und Reichsverband
fr
CC-BY-NC-ND 4.0
Frühe Neuzeit (1500-1789), Neuzeit / Neuere Geschichte (1789-1918)
Deutschland / Mitteleuropa allgemein
Siedlungs-, Stadt- und Ortsgeschichte
Neuzeit bis 1900
1500-1900
Stift Essen (4199037-7), Stift Quedlinburg (5195774-7), Marienkirche / Stift (7781922-6), Fürstäbtissin (4593632-8), Herrschaft (4024596-2)
PDF document schroeder-stapper_duhamelle.doc.pdf — PDF document, 342 KB
T. Schröder-Stapper, Fürstäbtissinnen (Christophe Duhamelle)
In: Francia-Recensio 2016/3 | Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500-1815) | ISSN: 2425-3510
URL: https://prae.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2016-3/fn/schroeder-stapper_duhamelle
Veröffentlicht am: 20.09.2016 12:25
Zugriff vom: 17.02.2020 10:25
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