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    B. Bousmanne, T. Van Hemelryck, C. Van Hoorebeeck (dir.), Textes historiques (Gilbert Fournier)

    Francia-Recensio 2016/3 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

    Bernard Bousmanne, Tania Van Hemelryck, Céline Van Hoorebeeck (éd.), Textes historiques. Manuscrits conservés à la Bibliothèque royale de Belgique La Librairie des ducs de Bourgogne, Turnhout (Brepols) 2015, 434 p. (La Librairie des ducs de Bourgogne, 5), ISBN 978-2-503-52990-5, EUR 68,00.

    rezensiert von/compte rendu rédigé par

    Gilbert Fournier, Paris

    Inaugurée en 2000, la collection »La Librairie des ducs de Bourgogne« (LDB) compte à l’heure actuelle cinq volumes. Décrivant les manuscrits ducaux conservés à la Bibliothèque royale de Belgique, ils abordent successivement les textes religieux (vol. 1), didactiques (vol. 2, 2003), littéraires (vol. 3, 2006) et historiques (vol. 4, 2009). Le présent volume est le second et dernier tome consacré aux textes historiques ce qui suffit à dire l’importance de cette matière à la cour de Bourgogne. L’histoire représente près du cinquième des quelques 900 manuscrits que compte la librairie ducale au lendemain de la mort de Philippe le Bon, vers 1467–14691.

    Le premier opus renferme les productions historiographiques de grande envergure, essentiellement sous le règne de Philippe le Bon (1419–1467); le second rassemble les œuvres historiques plus modestes, sinon plus délaissées. Aux témoins de la culture historique bourguignonne »francocentrique«2, parmi d’autres les belles copies des »Grandes Chroniques de France« (LDB, IV, p. 87–111) et des »Chroniques de France, d’Angleterre, de Flandre, de Lille et de Tournai« (LDB, IV, p. 115–117), succèdent quelques-uns des principaux textes de la littérature dite »bourguignonne«: l’»Histoire de la Toison d’or« de Guillaume Fillastre (LDB, V, p. 105–112), les »Fleurs des histoires« de Jean Mansel (LDB, V, p. 131–150), le »Recoeil des Histoires de Troyes« de Raoul Lefèvre (LDB, V, p. 161–175), l’»Exposition sur vérité mal prise« de Georges Chastelain (LDB, V, p. 289–293) et la fameuse »Mappemonde spirituelle« de Jean Germain (LDB, V, p. 272–275). L’»idéologie« cède le pas à l’actualité politique immédiate avec notamment le »Discours sur le tyrannicide« de Jean Petit (LDB, V, p. 254–256) ou les déclarations diplomatiques qui forment la première section du manuscrit KBR 10487–90, f. 1r–51v (LDB, V, p. 261–265). La règle connaît bien évidemment des exceptions. Il n’empêche que le volume fait la part belle aux »faiseurs de livre« attachés à la cour des ducs de Bourgogne, la cohorte des »translatteurs, grans clercs, expers orateurs, ystoriens et escripvains«, tels les traducteurs-adaptateurs Jean Miélot (LDB, V, p. 113–118) et Jean Wauquelin (LDB, V, p. 247–253).

    À l’instar des volumes précédents, le dernier volume de la LDB produit son lot de »textes généraux destinés à mieux appréhender la richesse et la complexité« de la bibliothèque ducale. Anne Dubois (p. 71–85) dresse le catalogue des méthodes scientifiques susceptibles d’aider à l’étude des manuscrits médiévaux et des miniatures. Dominique Vanwijnsberghe (p. 11–53) offre une synthèse de grand style de la commande ducale sur un peu plus d’un siècle, de Philippe le Hardi (1364–1404) à Charles le Téméraire (1467–1477). Il décline successivement ses centres (Paris, Mons, Lille, Bruges) et ses acteurs (Jean Wauquelin, Dreux Jehan, Jean le Tavernier, Lieven van Lathem, Loyset Liédet, Jean Hennecart). Les enlumineurs s’y taillent la part du lion. Le »changement de cap radical« initié par l’avènement de Philippe le Bon (1419–1467) est particulièrement mis en évidence. Une fois bien assise la politique territoriale du duché, le Grand duc enrichit après 1446 sa librairie par de prestigieuses commandes passées à des artisans issus non plus de France, comme ses prédécesseurs Philippe le Hardi et Jean sans Peur, mais de ses territoires septentrionaux. Comme nulle autre, la bibliophilie de Philippe le Bon a contribué au rayonnement de l’art de l’enluminure dans les anciens Pays-Bas, notamment les centres de production »flamands«, Bruges en particulier.

    Enfin Michiel Verweij (p. 55–70) étudie la place des textes latins dans la bibliothèque des ducs de Bourgogne. Cette contribution mérite à plus d’un titre notre attention tant le vernaculaire prédomine dans les bibliothèques nobiliaires au Pays-Bas à la fin du Moyen Âge3. Les résultats d’un premier examen sur la base des anciens inventaires édités par Joseph Barrois (1830) ne sont guère encourageants de l’aveu même de l’auteur. Le nombre des textes évolue parallèlement à l’enrichissement de la bibliothèque ducale: il atteint son sommet avec Philippe le Bon (148 manuscrits latins) et il stagne sous Charles le Téméraire. Le fonds liturgique est de loin le plus abondant, suivent les textes classiques, patristiques et médiévaux. La domination de la morale est prégnante, tant parmi les auteurs classiques (Cicéron et Sénèque) que médiévaux, avec les traités d’éthique gouvernementale, le »Speculum regum« d’Alvaro Pelayo (LDB, II, p. 145–150) en particulier. Cette matière donne aussi lieu à la traduction française du »De regimine principum« de Gilles de Rome (vers 1243–1316) et autres miroirs des princes4. La Terre sainte et, plus généralement, l’Orient sont pareillement bien représentés en latin et en français5. Les projets de croisade de Philippe le Bon au lendemain de la prise de Constantinople par les Turcs en 1453 n’y sont pas indifférents. Enfin, l’auteur évoque un groupe de trois manuscrits qui attestent pour au moins deux d’entre eux les relations diplomatiques avec l’Italie, »suggèrent un lien livresque entre la Bourgogne et Milan« et invitent à s’interroger au sujet de l’influence de l’humanisme à la cour et dans la librairie ducales. Modeste et tardive, »il faudra attendre l’avènement de Philippe le Beau [en 1482] pour trouver un ouvrage vraiment humaniste dans la bibliothèque de Bourgogne«. L’université de Louvain pourrait avoir joué un rôle dans l’imprégnation humaniste de la cour6.

    Les réflexions de Michiel Verweij nous inspirent trois remarques. La première concerne la définition de l’humanisme adoptée par l’auteur qui est exclusivement linguistique: la belle langue latine puisée aux auteurs latins (p. 55). Or il conviendrait peut-être de considérer à nouveaux frais le phénomène de la traduction en français qui fut l’un des modes d’appropriation privilégié du savoir à la cour de Bourgogne. Le »Romuleon« de Benvenuto da Imola et le »Libellus de sanitate conservanda« de Guido Parato, deux des manuscrits milanais, ont été traduits par Jean Miélot7. Pour la même raison, l’auteur néglige le premier humanisme français qui est présent dans la bibliothèque ducale: le manuscrit KBR 10306-07 est entièrement de la main de Jean de Montreuil (on ignore comment le volume est entré dans les collections des ducs de Bourgogne; LDB, V, p. 229–239) et le manuscrit KBR 10777 produit la traduction française de Jean Lebègue du »De bello punico« de Leonardo Bruni (LDB, V, p. 266–271). Enfin, notre dernière observation touche les livres imprimés. Leur prise en compte permettrait sans doute de mieux appréhender la pénétration de la littérature humaniste dans la librairie ducale. Il semblerait toutefois qu’aucune source ne garde le souvenir de la présence de livres imprimés dans la bibliothèque de Bourgogne.

    Pour finir, le cinquième volume de la LDB propose les descriptions soignées et abondamment commentées de trente-six manuscrits (p. 87–296), un dossier iconographique qui réserve peu de surprises (p. 297–320), divers index et une riche bibliographie.

    1 Graeme Small, Clio à la cour de Bourgogne au XVème siècle, dans: LDB, IV, p. 11–23, en part., p. 11–13.

    2 Ibid., p. 19–20.

    3 Hanno Wijsman, La librairie des ducs de Bourgogne et les bibliothèques de la noblesse dans les Pays-Bas (1400–1550), dans: LDB, II, p. 9–37, en part., p. 22–24.

    4 Sur les traductions françaises du traité de Gilles de Rome, voir LDB, II, p. 54–60 (version Jean Wauquelin) et p. 111–114 (version Henri de Gauchy); sur les miroirs, voir LDB, II, p. 107–110 (Anonyme, Liber de informatione principum, version française de Jean Golein) et p. 197–201 (Gilbert de Lannoy, L’Instruction d’un jeune prince).

    5 Voir à titre d’exemple le »Directorium ad passagium faciendum« de Guillaume Adam ou Raimond Étienne et la »Descriptio terre sancte« de Burchard du Mont-Sion et leur traduction vernaculaire dans: LDB, V, p. 113–118, 128–130.

    6 Ailleurs l’auteur est plus catégorique: »l’humanisme était étranger à la mentalité des princes bourguignons, contrairement aux cours italiennes de l’époque«, voir: LDB, V, p. 118.

    7 LDB, V, en part., p. 65, 117, 207–210. Cette piste est suggérée par Charlotte Belayew au sujet du premier humanisme français, voir ibid., p. 269.

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    PSJ Metadata
    Gilbert Fournier
    Textes historiques
    Manuscrits conservés à la Bibliothèque royale de Belgique. Volume V: Textes historiques
    fr
    CC-BY-NC-ND 4.0
    Spätes Mittelalter (1350-1500), Neuzeit / Neuere Geschichte (1789-1918)
    Europa, Frankreich und Monaco
    Bibliotheks- und Informationswissenschaft (Allgemeinbibliographien)
    Mittelalter, Neuzeit bis 1900
    1400-1900
    Burgund (4129468-3), Herzog (4159676-6), Bibliothek (4006439-6), Bibliothèque Royale Albert I. (4069693-5)
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    B. Bousmanne, T. Van Hemelryck, C. Van Hoorebeeck (dir.), Textes historiques (Gilbert Fournier)
    In: Francia-Recensio 2016/3 | Mittelalter – Moyen Âge (500–1500) | ISSN: 2425-3510
    URL: https://prae.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2016-3/ma/bousmanne_fournier
    Veröffentlicht am: 20.09.2016 12:16
    Zugriff vom: 19.06.2019 01:13
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