Direkt zum Inhalt | Direkt zur Navigation

    H. Gittos, S. Hamilton (ed.), Understanding Medieval Liturgy (Alain Rauwel)

    Francia-Recensio 2016/3 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

    Helen Gittos, Sarah Hamilton (ed.), Understanding Medieval Liturgy. Essays in Interpretation, Farnham, Surrey (Ashgate Publishing) 2016, XVI–332 p., 8 b/w ill., ISBN 978-1-4094-5150-1, EUR 81,60.

    rezensiert von/compte rendu rédigé par

    Alain Rauwel, Dijon

    La parution, depuis une vingtaine d’années, de plusieurs ouvrages du type reader ou companion sur les questions de liturgie ancienne et médiévale manifeste bien l’entrée en force de ce qui était naguère encore un loisir pour chanoines lettrés dans le mainstream des sciences historiques. La force du volume dirigé par Helen Gittos et Sarah Hamilton est de donner à entendre un écho fidèle des diverses formes d’intérêt pour la liturgie dans le monde académique anglo-saxon contemporain (sur onze auteurs, cinq enseignent aux États-Unis, quatre en Grande-Bretagne, une au Danemark mais avec une bibliographie anglaise; seule une historienne française ouvre le livre sur un autre univers culturel).

    On pourrait ainsi considérer l’équipe d’»Understanding Medieval Liturgy« comme composée de »nouveaux entrants« dans le champ des études liturgiques. De façon assez compréhensible, plusieurs éprouvent comme une nécessité à marquer le territoire en critiquant l’héritage. Il semble ainsi de bon ton de souligner les limites des éditions de référence, comme le fait Henry Parkes pour le »Pontifical romano-germanique« de Vogel et Elze. Être conscient des biais méthodologiques ou idéologiques qui marquent de grandes entreprises anciennes est assurément une exigence absolue de méthode. Mais la somme de Vogel et Elze, comme les volumes de la Bradshaw Society(et comme Migne!), a l’immense mérite d’exister et de permettre le travail! La tendance d’une certaine »nouvelle philologie« à réclamer toujours plus de collations, de comparaisons, d’amendements a pour effet principal, par les délais prodigieux qu’elle exige, de bloquer toute enquête au motif que l’on n’a pas encore – et que l’on n’aura sans doute jamais – l’édition parfaite.

    Plusieurs des chapitres de l’ouvrage résument, de manière utile pour les étudiants, des recherches déjà largement publiées et connues: c’est le cas des travaux de Frederick Paxton sur les rites de la mort, de Sarah Hamilton sur la pénitence et l’excommunication, de Florence Chave-Mahir sur l’exorcisme, de Louis Hamilton sur la dédicace, de Carolyn Malone sur les liens entre architecture et liturgie à l’exemple de Saint-Bénigne de Dijon et de la cathédrale de Wells. On sera sensible à la dimension exceptionnelle (en un sens un peu différent des belles études tridentines coordonnées naguère par Bernard Dompnier) des rites visés. Elle est d’ailleurs revendiquée d’emblée, et aurait du coup gagné à figurer dans le titre, pour éviter toute ambigüité: les »occasional rites« sont l’objet des études collectées. Les dédicaces d’églises sont rares, en effet, et l’on n’a pas tous les jours à exorciser un possédé ou à exclure solennellement un pécheur public. La répétitivité, qui est pourtant une dimension constitutive de la ritualité, ne se laisse guère apercevoir dans ce choix. L’image donnée, même délibérément, n’en serait-elle pas quelque peu faussée? C’est l’éternel retour des heures canoniales chantées par les clercs astreints au chœur, la célébration quotidienne de la messe pour les vivants et les morts, qui donnent sa texture à la temporalité de l’Église ancienne.

    Peut-être la présence massive de la notion de »performance« dans les ritual studies anglo-saxonnes explique-t-elle en partie ce déséquilibre – qui est un déséquilibre de la recherche, pas seulement de la table des matières du présent volume. Pour donner tout son essor à une analyse en termes de performance, le caractère spectaculaire des actions examinées, s’il ne s’impose pas absolument, facilite le travail. Ce n’est pas que des apports notables ne soient à attendre de cette méthode, à commencer par une critique serrée du recours aux seuls documents normatifs, dont on mesure mieux aujourd’hui à quel point ils font à chaque événement liturgique l’objet d’une négociation implicite entre le prescrit, l’attendu et le possible. Mais la cohérence globale du système peut, là aussi, passer par pertes et profits. On en veut pour preuve la place une fois de plus exagérée accordée, notamment dans le dernier chapitre, à la liturgie comme préhistoire du théâtre. Quem quaeritis, que d’abus on aura commis en ton nom! Sans compter que, partis d’un si bon pied, les auteurs suggèrent toute une série de réévaluations: il faudrait majorer le rôle de l’improvisation, des laïcs, des langues vernaculaires – il faudrait même considérer la correspondance d’Héloïse et Abélard comme un possible texte liturgique! Les idées neuves sont bienvenues, à condition toutefois de garder contact avec l’évidence d’une liturgie qui demeure intégralement latine dans un monde qui l’est de moins en moins, exclusivement cléricale aussi, et dont l’essence même est normative. La »liberté considérable« dans la pratique, les »très faibles aspirations à l’uniformité« que croient déceler les auteurs sont tout autant une vue de l’esprit que la parfaite régularité fantasmée jadis par les liturgistes cléricaux. De la »manuscript evidence« si vigoureusement réclamée on fait en somme, aujourd’hui comme hier, ce que l’on veut; des occurrences peu attestées, des paraliturgies propres à des milieux spécifiques et restreints, n’ont pas à être montées en épingle.

    »Understanding Medieval Liturgy« est, à n’en pas douter, une manifestation du bel enthousiasme manifesté par les savants anglophones pour les études liturgiques. Il convient de s’en féliciter. Il convient d’espérer aussi que les secteurs très circonscrits dont ils s’occupent ici seront davantage reliés, dans l’avenir, aux massifs principaux du vaste ensemble liturgique, de manière à prendre une plus juste mesure du champ rituel chrétien, de son étendue, de sa structure et des questions qu’il pose.

    Lizenzhinweis: Dieser Beitrag unterliegt der Creative-Commons-Lizenz Namensnennung-Keine kommerzielle Nutzung-Keine Bearbeitung (CC-BY-NC-ND), darf also unter diesen Bedingungen elektronisch benutzt, übermittelt, ausgedruckt und zum Download bereitgestellt werden. Den Text der Lizenz erreichen Sie hier: https://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/4.0/

    PSJ Metadata
    Alain Rauwel
    Understanding Medieval Liturgy
    Essays in Interpretation
    fr
    CC-BY-NC-ND 4.0
    Frühes Mittelalter (600-1050), Hohes Mittelalter (1050-1350), Spätes Mittelalter (1350-1500)
    Europa nördlich und westlich der Italienischen Halbinsel / Alte Welt
    Kirchen- und Religionsgeschichte
    Mittelalter
    600-1500
    Liturgie (4036050-7), Katholische Kirche (2009545-4)
    PDF document gittos_rauwel.doc.pdf — PDF document, 328 KB
    H. Gittos, S. Hamilton (ed.), Understanding Medieval Liturgy (Alain Rauwel)
    In: Francia-Recensio 2016/3 | Mittelalter – Moyen Âge (500–1500) | ISSN: 2425-3510
    URL: https://prae.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2016-3/ma/gittos_rauwel
    Veröffentlicht am: 20.09.2016 12:17
    Zugriff vom: 28.09.2020 10:06
    abgelegt unter: