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R. Rist, Popes and Jews (John Tolan)

Francia-Recensio 2016/3 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

Rebecca Rist, Popes and Jews, 1095–1291, Oxford (Oxford University Press) 2016, XXVIII–323 p., 2 maps, ISBN 978-0-19-871798-0, GBP 65,00.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

John Tolan, Konstanz

Cet ouvrage est destiné avant tout à un public d’étudiants anglophones, pour qui il servira de synthèse fort utile des relations entre la papauté et les juifs européens pendant trois siècles. L’auteur montre qu’il n’y avait pas une »politique pontificale«réfléchie envers les juifs ou le judaïsme, que la plupart des nombreuses bulles pontificales traitant de juifs ou du judaïsme étaient issues en réponse à des demandes de prélats, de princes, voire de communautés juives elles-mêmes. Dans ces textes, qui varient selon les auteurs et les contextes, on voit deux préoccupations dominantes: d’abord, la protection des juifs face à des violences et persécutions et ensuite le maintien des juifs dans une place sociale inférieure, au »service«des chrétiens.

Divers papes promulguèrent des bulles »Sicut Iudeis«, affirmant les droits de juifs à détenir des lieux de culte, à pratiquer leur rites, et à être libre de toute menace de violence. En même temps, divers papes et conciles réitèrent des restrictions pour empêcher les juifs d’accéder à des fonctions d’autorité sur les chrétiens et pour tenter d’éviter la promiscuité entre juifs et chrétiens qui pourrait mener aux relations sexuelles ou, pire, à l’apostasie de chrétiens. Un sujet qui posa un problème particulier était l’usure (qu’elle soit pratiquée, du reste, par des juifs ou par des chrétiens). Ici l’auteur nous livre une exposition très claire d’un sujet d’une grande complexité: on voit les évolutions et les tergiversations des politiques papales envers la pratique du prêt à intérêt, où on passe d’une interdiction globale à une proscription de l’»usure immodérée«, puis à des exemptions spécifiques pour des croisés endettés.

Il s’agit, le plus souvent, de sujets bien étudiés déjà, et l’auteur dépend souvent (et parfois un peu trop) sur quelques travaux clefs. Dans un chapitre synthétique bien utile sur les juifs de Rome et leurs relations avec les papes, elle dépend presqu’exclusivement sur la thèse sur le sujet de Marie Therese Champagne1et sur l’article classique d’Amnon Linder2sur les rencontres rituels entre les papes et les juifs romains. De longs passages d’autres chapitres sont surtout des paraphrases de bulles déjà éditées, traduites et étudiées par Shlomo Simonsohn3et Solomon Grayzel4, sans tenir compte des travaux récents. Par exemple, elle cite divers canons de conciles et décrétales interdisant l’emploi de serviteurs chrétiens dans les maisons des juifs; mais elle ne cite pas les travaux d’Elisheva Baumgarten, qui étudie ce même sujet du point de vue des textes rabbiniques.

Son troisième chapitre traite de l’impact des croisades sur les juifs (et sur les politiques pontificales envers les juifs). Là encore, elle fournit des analyses claires et bien utiles, mais néglige des travaux importants. Elle tend par exemple à présenter les croisés qui tuèrent des juifs en Rhénanie comme des »unruly mobs«, alors qu’en fait certains des chevaliers menaient des troupes bien disciplinées pour attaquer des juiveries de manière tout à fait délibérée. Parfois elle avance des affirmations douteuses sans argumentation suffisante: dire par exemple que les juifs étaient »clearly regarded as subject to ecclesiastical authority«simplifie bien trop les débats au sein de l’Église et ignore totalement le point de vue des rois et autres pouvoirs laïcs qui contestaient de telles affirmations d’autorité. Ou, pour prendre l’exemple de l’imposition du port du badge aux juifs anglais en 1218, puis la réaffirmation de cette obligation par les évêques anglais à Oxford en 1222, elle se contente de résumer ces textes, ignorants les travaux faits sur ce qui était en fait un bras de fer mémorable entre les évêques anglais qui, appuyés par des lettres pontificales, cherchaient à obliger les juifs à porter leurs badges, et le roi Henri III, qui préférait taxer les juifs pour leur permettre d’en être dispensés. En 1222, l’archevêque de Canterbury et l’évêque de Lincoln, pour obliger les juifs à respecter ces interdictions, prononçaient l’excommunication contre les chrétiens qui faisaient du commerce avec les juifs récalcitrants; ceux-ci s’en plaignent au roi qui menace de prison tout chrétien qui refuse de vendre aux juifs. Ce contexte apporte des nuances aux analyses de Rist, le sujet pourtant bien mis en lumière par Henry Gerald Richardson en 19605.

Les passages les plus intéressants sont ceux dans lesquels l’auteur donne des points de vue de juifs médiévaux sur la papauté, s’appuyant sur des textes en hébreu peu utilisés auparavant dans cette perspective. Elle met en lumière, par exemple, différentes légendes hébraïques du XIIeet XIIIe siècle à propos du »pape juif«, un prélat d’origine juive qui serait venu au sommet de l’Église jusqu’au moment qu’on lui révèle ses origines et qu’il prononce son retour à la foi de ces ancêtres. Rist montre comment divers auteurs juifs insistent sur le rôle positif joué par divers papes dans la protection des communautés juives en même temps qu’ils polémiquent contre la conception de la succession de saint Pierre comme base de l’autorité des papes. Plus surprenant, c’est le rôle que prend la papauté dans divers tracts messianiques. Dans certains d’entre eux, on imagine que le Messie viendra à Rome où, grâce à ses prédications et à ses miracles, il convaincra le pape et ses prélats qu’il est l’envoyé de Dieu.

En étrange miroir à certains textes apocalyptiques chrétiens, on imagine la conversion de l’autre à la vraie foi à la fin des temps. Divers auteurs juifs et chrétiens affirmaient qu’au Latran se trouvaient des »trésors du temple« que les armées de Titus auraient ramenés lors du sac du temple de Jérusalem (y compris, pour certains, l’arche d’alliance). Ces légendes permettent aux papes d’affirmer que le Latran était le nouveau saint des saints, héritier du temple de Jérusalem; il est dommage que l’auteur n’ait pas regardé plus en détail les auteurs juifs pour voir le rôle que ces reliques jouent dans leurs récits. Ce sont dans ces passages sur les textes hébreux que l’auteur apporte du nouveau, et on ne peut que souhaiter qu’elle continue et approfondisse l’étude de ces textes dans de prochaines publications.

1 Marie Therese Champagne, The Relationship Between the Papacy and the Jews in Twelfth-Century Rome: Papal Attitudes Toward Biblical Judaism and Contemporary European Jewry, thèse de doctorat, Lousiana State University, 2005.

2 Amnon Linder, »The Jews too were not absent … carrying Moses’s Law on their shoulders«: The Ritual Encounter of Pope and Jews from the Middle Ages to Modern Times, dans: The Jewish Quarterly Review 99/3 (2009), p. 323–395.

3 Shlomo Simonsohn, The Apostolic See and the Jews. Addenda, Corrigenda, Bibliography and Indexes, t. III (Studies and Texts, 109–110), Toronto 1991, ici t. I.

4 Solomon Grayzel, »The Papal Bull ›Sicut Iudeis‹«, dans: Meir Ben-Horin, Bernard D. Weinryb, Solomon Zeitlin (dir.), Studies and Essays in Honour of Abraham B. Neuman, Philadelphia, Leiden 1962, p. 243–280.

5 Henry Gerald Richardson, English Jewry under Angevin Kings, London 1960.

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PSJ Metadata
John Tolan
Popes and Jews
1095–1291
fr
CC-BY-NC-ND 4.0
Frühes Mittelalter (600-1050), Hohes Mittelalter (1050-1350)
Europa
Kirchen- und Religionsgeschichte
6. - 12. Jh.
1095-1291
Europa (4015701-5), Papst (4044561-6), Juden (4028808-0)
PDF document rist_tolan.doc.pdf — PDF document, 435 KB
R. Rist, Popes and Jews (John Tolan)
In: Francia-Recensio 2016/3 | Mittelalter – Moyen Âge (500–1500) | ISSN: 2425-3510
URL: https://prae.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2016-3/ma/rist_tolan
Veröffentlicht am: 20.09.2016 12:20
Zugriff vom: 07.08.2020 14:36
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