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    J. Chapoutot, J. Vigreux (dir.), Des soldats noirs face au Reich (Arlette Capdepuy)

    Francia-Recensio 2016/3 19.‒21. Jahrhundert ‒ Époque contemporaine

    Johann Chapoutot, Jean Vigreux, (dir.), Des soldats noirs face au Reich. Les massacres racistes de 1940, Paris (Presses universitaires de France) 2015, 176 p., ISBN 978-2-13-062169-0, EUR 20,00.

    rezensiert von/compte rendu rédigé par

    Arlette Capdepuy, Bordeaux

    Que des colonies qu’on rejetait aux dernières pages des atlas scolaires se soient levées pour défendre la métropole asservie, cela la France ne doit pas oublier écrivait déjà Henri Laurentie en 1945, dans la préface à »L’Empire au combat«. Le livre publié sous la direction de Johann Chapoutot et de Jean Vigreux rappelle un point rarement évoqué: parmi ces soldats coloniaux venus défendre la métropole, certains sont tombés en mai et juin 1940, victimes de massacres racistes. Cinq historiens développent chacun une thématique particulière ce qui permet d’aborder tous les enjeux de la question.

    Julien Fargettas rappelle l’origine des compagnies de tirailleurs sénégalais. Soldat volontaire jusqu’à 1914, il a fallu ensuite attirer le tirailleur par les promesses de la propagande puis user de la contrainte quand la conscription se met en place en Afrique en 1919. L’historien s’attache à expliquer l’évolution des représentations que Français et Allemands se font des soldats noirs. Force indispensable et appréciée des Français entre 1914–1918 quand la guerre fait coexister dans les tranchées tous les soldats, les tirailleurs participent à l’occupation de la Rhénanie en 1923 – une présence qui renforce l’hostilité déjà grande des Allemands à leur encontre et qui les conduit à les rejeter pour des exactions réelles ou supposées. Dès 1938, devant la menace grandissante de la guerre, des compagnies de tirailleurs sont de nouveau amenées en France. À l’issue des combats désastreux de mai 1940, des soldats allemands se livrent à des exécutions sommaires de soldats noirs dans une mise en scène manichéenne. Les Frontstalags sont créés en zone Sud pour emprisonner tous ceux (Noirs, Maghrébins, Vietnamiens, Malgaches) qui ne sauraient être tolérés sur le sol allemand.

    Johan Chapoutot considère que les Allemands ont outrepassé le racisme qui était au XIXe siècle un fonds commun à tous les peuples occidentaux colonisateurs pour en faire une spécificité du nazisme. La révulsion raciste serait née en 1900, quand les Allemands sont agressés par les nationalistes chinois et que les puissances coloniales confient à l’armée allemande le commandement du corps expéditionnaire: »Sus à l’ennemi, écrasez le! Pas de pitié! Pas de prisonniers!«s’exclame Guillaume II. La Grande Guerre, avec l’occupation de la Rhénanie, opère alors la catalyse du racisme anti-Noir qui conduit tout droit en 1940 aux massacres de soldats noirs vaincus. Dans l’idéologie nazie, les Noirs sont placés en bas de l’échelle sociale à une place particulière puisqu’ils peuvent être tolérés comme travailleurs s’ils sont soumis aux maîtres alors que les Juifs doivent disparaître.

    Raffael M. Scheck aborde en deux articles le sort des prisonniers coloniaux. Très limités jusqu’à la fin mai 1940, les massacres se multiplient en juin, en deux vagues, avec une brutalité et une violence pulsionnelles de la part d’officiers et de soldats révulsés par la présence des soldats noirs, assassinés parfois avec leurs officiers blancs. Ces massacres s’expliqueraient: par la nature des combats dans des régions où il est difficile de contrôler et gérer des prisonniers; comme des représailles contre de mauvais traitements infligés à des prisonniers allemands; surtout, ils sont l’expression du fanatisme idéologique des nazis. Les guerres menées dans les colonies allemandes d’Afrique à la fin du XIXe siècle auraient laissé dans la mémoire allemande la représentation du soldat noir sauvage, une image amplifiée par la guerre dans les tranchées et les exactions commises pendant l’occupation de la Ruhr, effaçant la barbarie allemande elle-même. La propagande raciste de Goebbels a pu alors se déchaîner après 1933 contre des soldats désignés comme »des bêtes meurtrières«, »une racaille qu’on devait gazer«, »des bêtes noires à abattre après leur capture«. L’historien met en garde contre toute généralisation, certains officiers, certaines divisions, ayant respecté la convention de Genève. Cette attitude opposée pose bien la question de la responsabilité allemande.

    Sur 90 000/100 000 soldats coloniaux faits prisonniers, 1500 à 3000 ont été massacrés. Contre l’ordre de Hitler, environ 40 000 ont été envoyés dans des camps en Allemagne avec des prisonniers français et britanniques avant d’être renvoyés en France et installés dans des Frontstalags avec un traitement très variable. Si les Nord-Africains ont bénéficié de conditions spéciales, la situation des soldats noirs s’est elle aussi stabilisée en raison du faible nombre de sentinelles constituées d’hommes âgés peu enclins à tirer sur eux. Certains médecins ont libéré des malades plus ou moins authentiques comme Léopold Senghor. De novembre 1942 à juin 1944, les prisonniers noirs ont été rassemblés dans de vastes camps qui demandaient moins de gardiens. Sur les 30 000 prisonniers coloniaux qui restaient dans les camps, la moitié a été libérée à l’été et l’automne 1944. L’autre moitié a été transférée en Allemagne dans des conditions difficilement supportables. Peu sont arrivés qui ont pu tester les camps allemands, fin 1944 et début 1945. Certains ont pu rejoindre l’armée américaine –au moment où l’armée française est »blanchie«; d’autres ont atteint les camps de la Côte d’Azur. De là, retour à Dakar…

    Pour Claire Andrieu, l’idée que la Wehrmacht aurait conduit une »guerre normale« à l’Ouest par rapport à »la guerre monstrueuse«sur le front Est, avec des soldats qui se conduisent »dans un esprit irréprochable«, »comme il convient à un soldat allemand«, ne résiste pas à l’analyse. Les crimes commis en mai-juin 1940 et qui sont »légitimés«par des soi-disant exactions commises par des soldats français, sont l’expression de l’idéologie nationale-socialiste qui imprégnait la Wehrmacht et des critères racistes de l’organisation de la société: avec de haut en bas de la pyramide, les Allemands, »race de seigneurs«, les peuples nordiques, les Français, les Slaves, les Noirs, les Juifs. Il a fallu attendre les années 1980 pour que les travaux d’historiens présentent une analyse critique des actions de la Wehrmacht. Claire Andrieu argumente cette participation de »soldats ordinaires« à des massacres. Une position qui casse le mythe d’une Wehrmacht »propre«ce qui est encore contestée outre-Rhin puisque l’exposition sur la Wehrmacht inaugurée en 1995, a dû fermer en 1999.

    Jean Vigreux conclut sur la mémoire des massacres. Le 11 novembre 1943, l’évolution de la guerre, l’installation du CFLN à Alger, l’unification de la Résistance intérieure, l’essor des maquis incitent la population à rendre un hommage courageux aux quarante-trois tirailleurs assassinés le 18 juin 1940 à Clamecy. Pour la première fois depuis 1940, dans une France toujours occupée, un geste courageux de citoyens français rappelle la participation des colonies aux guerres. Il marque le début de la reconnaissance de ceux qui sont tombés; il établit un lien avec les idéaux de la IIIe République et exprime la dette que la France a envers ses colonies.

    L’intérêt de l’ouvrage est de faire ressurgir des massacres restés longtemps dans l’oubli. Contre toute dénégation ou refoulement, il rappelle des faits. Il analyse la complexité du racisme allemand anti-Noir. Il permet de comprendre. Il rappelle aussi l’attitude de Français qui, dès 1943, ont défié les autorités pour rendre hommage à des soldats noirs qui avaient été parmi les premières victimes de soldats allemands. Le livre constitue un formidable outil pour un travail de mémoire sur un sujet peu connu. Il doit conduire à s’interroger aussi sur un passé qui concerne les rapports des Français avec leurs soldats des colonies d’Afrique. Ce n’est pas le moindre de ses mérites de contribuer à reprendre une question sensible.

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    PSJ Metadata
    Arlette Capdepuy
    Des soldats noirs face au Reich
    Les massacres racistes de 1940
    fr
    CC-BY-NC-ND 4.0
    Zeitgeschichte (1918-1945)
    Frankreich und Monaco, Deutschland / Mitteleuropa allgemein, Westafrika, Wüste Sahara, Sahel
    Militär- und Kriegsgeschichte
    20. Jh.
    1900-2000
    Frankreich (4018145-5), Armee (4143024-4), Kolonialtruppe (4164714-2), Senegalesen (4363744-9), Weltkrieg 1939-1945 (4079167-1), Kriegsgefangener (4033131-3), Deutschland (4011882-4)
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    J. Chapoutot, J. Vigreux (dir.), Des soldats noirs face au Reich (Arlette Capdepuy)
    In: Francia-Recensio 2016/3 | 19.-21. Jahrhundert - Époque contemporaine | ISSN: 2425-3510
    URL: https://prae.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2016-3/zg/chapoutot_capdepuy
    Veröffentlicht am: 20.09.2016 12:31
    Zugriff vom: 08.07.2020 05:41
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