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P. Collowald, J’ai vu naître l’Europe (Mauve Carbonell)

Francia-Recensio 2016/3 19.‒21. Jahrhundert ‒ Époque contemporaine

Paul Collowald, J’ai vu naître l’Europe. De Strasbourg à Bruxelles, le parcours d’un pionnier de la construction européenne. Entretiens avec Sophie Allaux-Izoard, Strasbourg (La Nuée bleue) 2014, 155 p. (Figures d’Alsace), ISBN 978-2-7165-0849-0, EUR 20,00.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Mauve Carbonell, Aix-en-Provence

L’ouvrage de souvenirs de Paul Collowald ne constitue pas des mémoires à proprement parler mais prend la forme d’un entretien au long cours avec Sophie Allaux-Izoard, dont il n’est pas précisé à quel titre (journaliste? historienne?) elle interroge Collowald. La préface de Jacques Delors, président de la Commission européenne de 1985 à 1995, annonce le témoignage d’un homme qui »a tout vécu, observé, commenté«(p. 11). Dans l’avant-propos, Allaux-Izoard relate sa rencontre avec Collowald et le souhait d’en recueillir la mémoire européenne. L’enquêtrice donne, dès les premières pages la tonalité de l’ouvrage: une construction européenne »creuset à partir duquel pourrait advenir une vie plus humaine à destination de l’humanité entière«, et des fondateurs »[qui] n’avaient pas désespéré du monde […], avaient osé la paix«(p. 14). L’introduction de Collowald qui suit va dans le même sens: égrener les souvenirs de »l’aventure européenne«dont il fut témoin et convaincre de la nécessité présente et future du projet européen.

Les cinq chapitres de l’ouvrage suivent un déroulé chrono-thématique ayant pour cœur la relation, réelle et de filiation intellectuelle, spirituelle et politique, de Paul Collowald avec Robert Schuman. La carrière de Collowald dans les différentes institutions européennes couvre la période allant de 1958 à 1988. Il occupe trente années durant le poste clé de l’information à la Commission européenne puis, en fin de carrière, au Parlement européen où l’a appelé le démocrate-chrétien Pierre Pfimlin, président du Parlement européen de 1984 à 1987. Collowald puise dans son engagement de jeunesse des années 1940 auprès du FEC (Foyer de l’étudiant catholique) puis des ICS (Intellectuels chrétiens-sociaux) les prémisses de son européisme. En 1949, la rencontre du jeune journaliste au »Nouvel Alsacien« avec Robert Schuman est déterminante. Elle est présentée comme un moment fondateur personnel auquel l’auteur se réfère à plusieurs reprises et rejoint, à quelques mois d’intervalle, l’événement public qu’est la déclaration du 9 mai 1950, pierre angulaire de la réflexion historique de Collowald tout au long de l’ouvrage.

Outre les souvenirs qui jalonnent le texte, les rencontres (Robert Schuman, Pierre Pfimlin, historiens), les événements marquants (déclaration du 9 mai 1950, sommet de La Haye, 1969), Collowald souhaite dépasser la subjectivité inhérente à ces souvenirs pour »restaurer la mémoire«(chapitre 2, p. 41) et avancer dans les pas des historiens. À la fois acteur engagé, témoin et historien, Collowald se positionne de multiple façon. Le pari est osé. Le lecteur est convaincu par le témoignage de l’acteur – souhaiterait même en savoir plus sur le développement des services presse et information communautaires –, moins peut-être par l’argumentaire, sous forme d’éloge, faisant d’un Robert Schuman la figure centrale de l’ouvrage et de la construction européenne. Pour Collowald, Schuman n’a pas été célébré à la mesure de son action, par exemple lors de l’absence de représentants de l’État et du gouvernement à ses obsèques en 1963 (p. 57). Schuman serait l’oublié de la mémoire française et européenne. Collowald semble assez éloigné de l’historiographie de ces dernières années, qui questionne la construction européenne à travers la notion même de »père fondateur«, les mythes des origines, les symboles associés et la mémoire européenne. Collowald propose donc de »rétablir des faits historiques«(p. 67) et »restaurer la mémoire«, collective et institutionnelle, nationale et européenne, d’infléchir la politique mémorielle pour accorder à Schuman et au 9 mai la place qu’ils méritent. Cet excès de mémoire, cette revendication d’une mémoire européenne à réécrire est presque surprenante pour le journaliste, étudiant de Paul Ricœur à Strasbourg, qu’est Paul Collowald!

Ce témoignage documenté, précis, minutieux et volontaire est intéressant dans sa dimension personnelle qui permet au lecteur de suivre le parcours d’un acteur direct d’un projet en cours de réalisation dont personne, dans les premières années, ne savait s’il allait perdurer avec succès ou non. Là aussi, on aimerait en savoir plus sur le contenu des postes occupés, le fonctionnement des services communautaires, de leur naissance jusqu’à leur développement dans les années 1980, les évolutions constatées. En revanche, la démonstration historique et mémorielle, certes documentée et argumentée, est trop partielle et partiale – en particulier la mise en avant permanente de Robert Schuman – et l’historien ne peut que regretter l’absence de mention du contexte européen et international, politique et économique, le manque de mise en perspective et de recul sur un sujet qui, cela ne fait aucun doute, tient très à cœur aux auteurs.

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Mauve Carbonell
J’ai vu naître l’Europe
De Strasbourg à Bruxelles, le parcours d’un pionnier de la construction européenne. Entretiens avec Sophie Allaux-Izoard
fr
CC-BY-NC-ND 4.0
Neuere Zeitgeschichte (1945-heute)
Europa
Politikgeschichte
20. Jh., 2000 - 2009
1900-2010
Collowald, Paul (1067061711), Europäische Integration (4071013-0), Biografie (4006804-3)
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P. Collowald, J’ai vu naître l’Europe (Mauve Carbonell)
In: Francia-Recensio 2016/3 | 19.-21. Jahrhundert - Époque contemporaine | ISSN: 2425-3510
URL: https://prae.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2016-3/zg/collowald_carbonell
Veröffentlicht am: 20.09.2016 12:31
Zugriff vom: 23.02.2020 21:05
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