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D. Lehnert, Konstitutionalismus in Europa (Christina Reimann)

Francia-Recensio 2016/3 19.‒21. Jahrhundert ‒ Époque contemporaine

Detlef Lehnert, Konstitutionalismus in Europa. Entwicklung und Interpretation, Köln, Weimar, Wien (Böhlau) 2014, 352 S. (Historische Demokratieforschung. Schriften der Hugo-Preuß-Stiftung und der Paul-Löbe-Stiftung, 7), ISBN 978-3-412-22234-5, EUR 42,90.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Christina Reimann, Göteborg/Berlin

Cet ouvrage collectif rassemble 18 contributions relativement courtes d’historiens – surtout de spécialistes d’histoire constitutionnelle – de juristes et de politologues, dont une femme seulement. Elles sont réparties sur quatre chapitres: un premier chapitre contenant des textes conceptuels; un second qui représente les différentes disciplines réfléchissant sur le constitutionnalisme; un troisième portant sur le concept de culture constitutionnelle et un quatrième chapitre traitant d’histoires constitutionnelles nationales. Le grand nombre d’articles oblige à ne pas les reprendre un par un, mais à dégager quelques lignes de force et à livrer une analyse transversale du volume.

L’intention de l’ouvrage paraît – il n’y a ni introduction ni conclusion qui le préciserait – être double et pertinente: présenter le bilan ainsi que les perspectives d’une recherche interdisciplinaire sur le constitutionnalisme et contribuer à une histoire de longue durée des constitutions en Europe incluant le processus de constitutionnalisation de l’Union européenne. Cette histoire, telle est la thèse du volume qui s’inscrit ainsi dans le courant culturaliste des études constitutionnelles, ne devrait pas se concevoir uniquement dans une perspective légaliste. Le troisième chapitre, qui présente le concept de culture constitutionnelle comme débat interdisciplinaire, est effectivement la première vue d’ensemble des approches des différentes disciplines. Mis à part celui de Hans Boldt sur la constitution de la république de Weimar, les textes ici rassemblés ont été présentés lors du colloque »Culture constitutionnelle en Europe – histoire et temps présent«tenu à l’institut Dimitris-Tsatsos à Hagen en 2005.

La contribution de Reinhard Blänkner, surtout, apporte de nouveaux éléments au débat en mettant l’accent sur la nécessaire historisation de »la constitution«. Car, selon l’historien, la culture constitutionnelle est un phénomène éphémère à situer entre la fin du XVIIIe et le début du XIXe siècle où la constitution représenta le centre de gravitation de la culture politique avant que l’idée d’État-nation l’en évince. Alors que le juriste Peter Häberle reprend les idées-forces de son concept élaboré dans les années 1980 autour d’une acception plutôt essentialiste de la »culture«, le politologue Hans Vorländer fournit une réflexion sur la relation entre les sciences politiques et les approches culturalistes. Selon lui, les questions »de l’ordre bon et juste«(p. 190) auraient été négligées en raison de la préoccupation plus empiriste des sciences politiques de ces dernières années. Mais l’intérêt pour les constitutions reviendrait grâce au cultural turn et au retour avec celui-ci des approches interprétatives-herméneutiques.

Par cette considération, Vorländer rejoint d’autres auteurs du volume qui s’intéressent à l’histoire de la science constitutionnelle (Verfassungswissenschaft) et à sa place au sein des différentes disciplines. Le politologue Detlef Lehnert observe le renouveau d’une science politique intéressée par les ordres constitués (»verfasste Ordnungen«) qui s’opposerait à la recherche sur la gouvernance avec son accent empiriste sur les processus politiques. Dans une première version écrite de son discours d’habilitation de 1974, l’historien Hartwig Brandt voit l’histoire constitutionnelle écrasée par le marxisme et intégrée malgré elle dans une »histoire sociale diffuse«(p. 163). Ce texte, qui déplore la fin d’une histoire constitutionnelle autonome et conçue comme histoire des structures, entre dans un dialogue original avec celui de l’historien Ewald Grothe qui retrace l’historiographie de l’histoire constitutionnelle. Selon lui, l’approche structurelle, par l’accent qu’elle met, entre autres, sur la création de catégories, les comparaisons et l’analyse de processus, mérite toujours une place à côté d’études culturalistes. Il aurait été souhaitable que cette autoréflexion sur la Verfassungswissenschaf très présente dans le volume – le texte du juriste Dian Schefold porte sur l’orientation scientifique de la Staatsrechtslehreet de l’histoire constitutionnelle – soit intégrée dans le concept de constitutionnalisme. Pourtant, la fonction que remplit ce concept dans ce volume n’est pas évidente.

Le constitutionnalisme, explique le résumé du livre, s’entendrait d’une part de manière historique et descriptive relative aux monarchies constitutionnelles. D’autre part, ce terme engloberait »le caractère constitutionnel des cultures politiques« de l’Europe contemporaine. Étonnamment, le terme ne se voit pas davantage explicité et problématisé, alors qu’il a connu une vague immense de conceptualisations et de réflexions ces dernières années. Tout en se comprenant comme interdisciplinaire, le volume ne considère pas cette bibliographie abondante, surtout anglo-saxonne, ce qui est d’autant plus surprenant que celle-ci a un fort penchant au transnationalisme qui est ici également mis en avant. Il semble que, plutôt que le constitutionnalisme dans toutes ses acceptions, ce soit l’aspect évolutionniste des systèmes constitutionnels – la notion de »Verfassungswandel« est très récurrent – et les processus de constitutionnalisation qui constituent les axes transversaux du volume. Les textes conceptuels, en particulier, tournent autour des questions de transformation d’ordres constitutionnels. Hans Vorländer, en présentant l’Union européenne comme un ordre régi par des normes fondamentales, donc constitutionnel, remet en question la relation quasiment fusionnelle entre les concepts d’État et de constitution – une approche courante dans les constitutionalism studies.

La juriste Kathrin Groh regarde l’évolution des méthodes d’interprétation constitutionnelle comme un processus de constitutionnalisation, et l’historien Peter Brandt s’intéresse, lui aussi, aux processus de constitutionnalisation en Europe. Son argument central – mais un peu banal – est que, pour concevoir l’avenir de l’Union européenne, il est indispensable de comprendre l’histoire constitutionnelle européenne en sa dimension transnationale. De même, Detlef Lehnert argumente que la fameuse controverse entre Ernst-Rudolf Huber et Ernst-Wolfgang Böckenförde sur le caractère soit sui generis soit transitoire de la monarchie constitutionnelle allemande perdrait toute son acuité si on la plaçait dans son contexte européen.

Vu ces plaidoyers, il est étonnant que le deuxième chapitre ne se réfère qu’au cas allemand et que parmi les histoires constitutionnelles nationales deux sur cinq traitent du cas allemand. Il est également regrettable que, de même que dans tant d’autres ouvrages collectifs, »l’approche transnationale« sur l’histoire constitutionnelle européenne se résume à une collection de récits d’histoires nationales. Il faut donc conclure que ce volume n’honore pas sa double promesse de traiter à la fois du constitutionnalisme et de sa dimension européenne. Néanmoins, les contributions dont le critère de sélection n’est malheureusement pas explicité développent des idées originales concernant les études constitutionnelles qui, il faut le dire, ne sont pas des plus à la mode mais qui méritent recevoir de nouvelles impulsions.

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PSJ Metadata
Christina Reimann
Konstitutionalismus in Europa
Entwicklung und Interpretation
fr
CC-BY-NC-ND 4.0
Neuzeit / Neuere Geschichte (1789-1918), Zeitgeschichte (1918-1945), Neuere Zeitgeschichte (1945-heute)
Europa
Politikgeschichte
19. Jh., 20. Jh., 21. Jh.
1800-2015
Europa (4015701-5), Konstitutionalismus (4165087-6)
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D. Lehnert, Konstitutionalismus in Europa (Christina Reimann)
In: Francia-Recensio 2016/3 | 19.-21. Jahrhundert - Époque contemporaine | ISSN: 2425-3510
URL: https://prae.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2016-3/zg/lehnert_reimann
Veröffentlicht am: 20.09.2016 12:33
Zugriff vom: 07.08.2020 14:58
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